
1. Joseph-Marcellin Combette (1771-1840)
Christ en croix (fragment), 1836
Huile sur toile - 61 x 52 cm
Appartient à la commune de Poligny
Photo : Denis Coekelberghs
11/2/12 - Insolite - L’ignorance et la bêtise causent parfois de plus grandes destructions que la cupidité. Combien d’œuvres d’art de nos églises ont disparu de cette manière, détruites ou vendues illégalement dans l’indifférence générale et sans qu’aucune trace n’en soit gardée.
Cette histoire a failli arriver pour le tableau de Jean Malouel heureusement (mais chèrement) récemment acquis par le Louvre (voir la brève du 13/1/12). Celle que nous pouvons raconter ici se situe à un niveau de qualité certes infiniment moindre, mais le tableau concerné a, cette fois, presque entièrement disparu.
En 1972, un artiste peintre et collectionneur belge, Charles Vliegen (1903-1982), lors d’un voyage en France, visita la collégiale Saint-Hippolyte de Poligny et trouva l’édifice en travaux. Il tenait un journal de voyage et y écrivit ceci : « Poligny. 19.7.72.- Christ en croix par Joseph Marcellin Combette (1771-1840). Toile datée de 1836, décorait le chœur de l’église (voir photo église). Au cours d’un nettoyage de l’annexe gauche de la collégiale, 2 tableaux, dont celui ci-dessus entreposés (sic), ont été sacrifiés et mis en morceaux. J’ai pu de justesse obtenir un fragment (la tête du Christ). On m’avait offert de l’emporter en entier, mais la dimension trop grande n’en permettait pas le transport ».
Ceci nous a été signalé par Denis Coekelberghs, à qui Charles Vliegen offrit ce fragment quelques années plus tard, ainsi que la signature qui avait été également découpée. La dimension de ce second fragment, portant l’inscription « J.M. Combette f bat anno 1836 », 52 sur 3 cm, donne une idée des dimensions de l’œuvre disparue.

2. Joseph-Marcellin Combette (1771-1840)
Christ en croix, 1838
Huile sur toile - 194,5 x 129,5 cm
Montain, Eglise
Photo : J. L. Matthieu
Joseph-Marcellin Combette (1770-1840) est un peintre jurassien, élève à Paris du sculpteur Claude Dejoux (et peut-être de David), qui exposa deux fois au Salon en 1800 et 1801 avant de retourner s’installer à partir de 1804 en Franche-Comté où il fit toute sa carrière. Une exposition lui a été consacrée en 2009 au Musée des Beaux-Arts de Lons-le-Saunier1, Denis Coekelberghs a donc tenu à lui offrir cette tête de Christ (ill. 1). La conservatrice, Anne Dary, a bien sûr accepté, mais l’ironie de l’affaire est que ce don n’a pas eu besoin de passer en commission d’acquisition. En effet, l’œuvre détruite il y a quarante ans (sans que les responsables, peut-être décédés aujourd’hui, ait évidemment jamais été inquiétés pour ce forfait) n’ayant jamais fait l’objet d’un déclassement du domaine public, appartient toujours en réalité, bien que n’existant qu’à l’état de fragment, à la ville de Poligny. On notera que deux autres Christ en croix par Combette sont encore répertoriés et conservés, l’un datant de 1822, à l’église Saint-Just d’Arbois, l’autre de 1838, qui semble fort proche de ce que devait être celui de Poligny, accroché dans l’église de Montain (ill. 2).
Que va donc devenir ce Christ en croix, réduit à un buste ? La mairie de Poligny souhaite le conserver ! Si l’équipe municipale actuelle n’est évidemment pour rien dans le vandalisme qui a eu lieu il y a quarante ans, il y a tout de même une continuité de la gestion de la ville et de sa responsabilité en tant que personne morale. Et il est finalement assez choquant que celle-ci puisse revendiquer une œuvre qui a été presque entièrement détruite sous sa responsabilité et dont la sauvegarde très partielle n’a été due qu’à un privé. D’autant que le Musée de Poligny est fermé depuis 1939 (!), sans qu’aucun projet précis ne laisse entrevoir sa réouverture à un terme prévisible2.
Espérons au moins, si la municipalité conserve finalement cette tête de Christ de Joseph Combette, qu’elle aura le geste de remercier le donateur auquel ce titre est, d’une certaine manière, aujourd’hui dénié.
