Les conservateurs sortent de leur réserve


26/1/08 – Musées – France L’Association générale des conservateurs des collections publiques de France organisait mercredi 23 janvier 2008 une conférence de presse. Que les conservateurs français s’expriment publiquement est une chose assez rare pour qu’on la signale, d’autant que Christophe Vital, le président de l’association, a laissé entendre clairement que celle-ci comptait bien, désormais, s’impliquer davantage dans les débats touchant la profession. Le devoir de réserve, individuel, ne s’applique pas de la même manière lorsqu’il s’agit de s’exprimer au nom d’une association représentative.

Les sujets étaient multiples. Le premier consistait en une défense stricte de l’inaliénabilité1 , ce qui n’est pas pour nous surprendre. Leurs arguments sont ceux que nous avons largement développés sur le site, soulignant également que le modèle américain, différent du nôtre, est basé sur une histoire des collections très différente de la nôtre.
En réponse à la question d’un journaliste, il a été affirmé que : « la location des œuvres est inacceptable. »
Autre sujet : la gratuité, dont on sait qu’elle est actuellement testée dans 14 musées nationaux. Pour l’AGCCPF, celle-ci n’est qu’un aspect de la politique des publics. Elle doit être examinée en tenant compte notamment des moyens qui leur sont accordés. Les droits d’entrée sont indispensables au fonctionnement de certains musées.

La conférence de presse a abordé un sujet sur lequel nous aurons probablement à revenir. On sait déjà que de nombreux postes de conservateurs sont vacants. La situation risque de s’aggraver rapidement, puisque d’ici 2012, 52% des conservateurs titulaires auront atteint 60 ans, et qu’il faudrait créer 400 postes au concours en 5 ans pour les remplacer ! Or, même si en 2007 et en 2008, jamais le nombre de postes proposés au concours n’a été aussi important (29 pour la spécialité musée cette année), il manquera à ce rythme 250 conservateurs en 2012. Cette situation qui sera bientôt dramatique pour les musées français se double d’une pénurie de crédits. Ont été en effet évoqués à la fois la concentration des financements sur quelques musées nationaux et les grands projets au détriment de la province, les budgets en baisse au niveau national ou européen et les retards dans le versement des subventions de l’Etat ainsi que l’affaiblissement des DRAC et de la DMF. Sur ce dernier point, l’association attend de connaître quelles seront les modalités de la réorganisation du Ministère de la Culture.

Compte-tenu de ce constat très sombre, l’association souhaite lancer un grand débat national sur les musées en travaillant de concert avec les autres associations, parmi lesquelles l’ICOM France, la Fédération des Ecomusées et des Musées de Société, l’Association des Bibliothécaires et Attachés de Conservation des Collectivités territoriales...
Un livre blanc sera établi et des assises nationales seront organisées. Il s’agira notamment d’aboutir à un renouvellement suffisant de la profession, de lancer des programmes de mise à niveau pour la conservation des collections, de favoriser les échanges de dépôts entre musées et plus généralement de mettre en œuvre une véritable politique pour les musées en France.


Didier Rykner, samedi 26 janvier 2008


P.-S.

Le livre blanc des conservateurs a été publié en février 2011 (voir l’article).


Notes

1Dans Libération du 24 janvier 2008, Vincent Noce a publié en avant-première quelques conclusions de ce rapport qui ne devrait être rendu public que le 6 février. Jacques Rigaud a fait un communiqué via l’AFP où il se montre encore plus précis. Comme La Tribune de l’Art n’a pas pour habitude de commenter les informations en seconde main, nous analyserons en détail le rapport lorsque celui-ci sera publié en soulignant peut-être une certaine incohérence entre le constat et les préconisations.





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