Le théâtre Impérial de Fontainebleau restauré


3/9/14 - Restauration - Fontainebleau, château - Le théâtre Impérial du château de Fontainebleau a été construit en 1854-1855 mais n’a presque jamais servi sous le Second Empire, avant d’être complètement abandonné, demeurant intouché jusqu’à nos jours, ce qui a préservé son authenticité. Une restauration devenait néanmoins plus que nécessaire.


JPEG - 581.4 ko
1. Le théâtre Impérial du château de Fontainebleau
avant restauration
Photo : Château de Fontainebleau
JPEG - 709 ko
2. Le théâtre Impérial du château de Fontainebleau
après restauration
Photo : Château de Fontainebleau

La première phase de celle-ci s’est achevée récemment. Elle concernait la partie la plus belle, à savoir la salle (ill. 1 et 2) et certains espaces périphériques (vestibule et salons impériaux, circulations et escaliers). Ces travaux ont été rendus possibles grâce à un mécénat du Cheik Khalifa bin Zayed Al Nahyan, décidé au moment de la conclusion du contrat du Louvre Abu Dhabi.



Contenu restreint

Cette vidéo est d’accès restreint aux abonnés. Vous pouvez vous abonner ici.


Le chantier a mis du temps à démarrer. Les études, effectuées en 2007, furent terminées en 2008, par Jacques Moulin, qui était alors l’architecte en charge du château et que les lecteurs de La Tribune de l’Art connaissent bien. On ne peut - très subjectivement nous l’avouons, car nous ne l’avons pas vu - que se réjouir de l’abandon de son projet. Il est vrai qu’on lui avait demandé de prévoir une utilisation régulière du théâtre, ce qui aurait forcément entraîné de nombreux aménagements majeurs et irréversibles (surtout pour la scène1), et donc très discutables pour un monument resté « dans son jus » comme celui-ci.

JPEG - 592.3 ko
3. Balcon du théâtre Impérial de Fontainebleau
après restauration
Photo : Château de Fontainebleau

Après le départ de Jacques Moulins, le chantier a été confié par la présidence du château à l’architecte en chef des monuments historiques Patrick Ponsot. Le programme fut alors profondément modifié, puisqu’il fut décidé de « maintenir en l’état, sans aucun ajout, les installations scéniques anciennes », un choix très judicieux. Les spectacles y sont désormais possibles de manière exceptionnelle, mais en respectant les dispositifs existants. La salle est désormais incluse dans le parcours de visite.
L’architecte a réalisé un travail remarquable, en cherchant toujours à conserver au maximum les matériaux d’origine et sans se livrer à des interprétations ou à des reconstitutions douteuses (ill. 2 et 3).

Le théâtre possède également un ensemble de décors des XVIIIe et XIXe siècles qui sont toujours restés stockés sur la scène (ill. 4 et 5). Ces objets sont désormais très rares car beaucoup ont été détruits par l’usage, les incendies ou les modifications du goût. Ils ont été inventoriés (250 numéros), dépoussiérés et photographiés. Leurs provenances sont diverses, beaucoup venant du théâtre du château d’Eu, résidence de Louis-Philippe, d’autres du petit théâtre de Marie-Antoinette à Versailles.


JPEG - 316.6 ko
4. Le décor du Palais Gothique
Photo : Jean-Marc Manaï
JPEG - 180.8 ko
5. Le décor du Salon Riche
Photo : Jean-Marc Manaï

Le coût total de la restauration, toutes dépenses confondues, est de 9,6 millions d’euros, dont 4,5 ont été consacrés à la première phase. Les deuxième et troisième phases (scène et fin des espaces périphériques) commenceront lorsque le mécène aura versé le reste de la somme promise.

Si ce geste est remarquable et remarqué, il a été entaché d’un petit scandale dont d’ailleurs le Cheik n’est sans doute pas responsable car il ne l’avait apparemment pas demandé. C’est en effet le ministre de l’époque, Renaud Donnedieu de Vabres, qui a décidé de donner le nom du donateur au monument, transformant ainsi le théâtre Impérial en « théâtre Cheik Khalifa bin Zayed Al Nahyan » ! Un nom que nous emploierons ici pour la première et dernière fois. Imaginons une seconde que l’on transforme la galerie des Glaces à Versailles en « galerie Vinci » ? Ou que l’Hôtel de la Marine prenne le nom d’« hôtel Bouygues » ? Ou que Bill Gates décide de faire un gros chèque pour la restauration de Notre-Dame-de-Lorette qu’on rebaptiserait « église Bill Gates » ? C’est, évidemment, une décision indigne qui n’étonne pas de la part de Donnedieu de Vabres et, heureusement, il y a fort à parier que ce nom ne sera jamais employé, sinon dans quelques documents officiels. Baptiser un monument historique du nom du mécène qui le restaure est une limite qui ne devrait jamais être franchie, sous aucun prétexte.
Le théâtre Impérial a donc bénéficié de la générosité, bien réelle à cette occasion, de l’émir d’Abou Dhabi, ce qui lui a rendu sa splendeur passée.


Didier Rykner, mercredi 3 septembre 2014


Notes

1Mais aussi dans la salle où, par exemple, tous les fauteuils, d’origine auraient dû être remplacés.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Deux dessins acquis par le Frances Lehman Loeb Art Center

Article suivant dans Brèves : Un tableau de La Hyre menacé par les cierges de Notre-Dame de Paris