Le Temps des Collections et les Trésors enluminés de Normandie


Le Temps des collections. Ve Edition, Rouen, Musée des Beaux-Arts, musée des Antiquités et musée de la Céramique, du 25 novembre 2016 au 21 mai 2017.
Trésors enluminés de Normandie. Une (re)découverte, Rouen, musée des Antiquités, du 9 décembre 2016 au 19 mars 2017.

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1. Charles Mozin (1806-1862)
Marine, vers 1850
Huile sur bois - 18,8 x 24,3 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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Le Temps des Collections, organisé chaque année par le Musée des Beaux-Arts de Rouen, est un événement paradoxal : attirer les visiteurs dans les collections permanentes avec plusieurs expositions temporaires ! C’est, en tout cas, une véritable réussite dont pour l’instant trop peu de musées se sont encore inspirés. Car ces expositions-dossiers sont construites autour du fonds du musée et mettent en valeur des objets qui ne sont pas toujours visibles. Elles attirent ainsi le public avec des œuvres des collections permanentes, ce qui constitue un des défis des musées aujourd’hui, en ces temps où l’événement prend trop souvent le pas sur le travail de long terme. Nous n’avions pas parlé de l’édition 2015-2016 qui nous avait paru moins réussie que les autres. La cinquième édition, qui se poursuit actuellement, tient au contraire toutes ses promesses.


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2. Hubert Robert (1733-1808)
Le passage du gué, vers 1760
Sanguine - 34 x 43 cm
Collection particulière
Photo : D. R.
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3. Hubert Robert (1733-1808)
Cuisines du Palais de justice,
vers 1758
Sanguine - 33,8 x 46,2 cm
Collection particulière
Photo : D. R.
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Les musées de Rouen sont, il faut le dire, d’une étonnante richesse, d’autant que ceux-ci bénéficient à nouveau, après le don Baderou - regrettons à ce propos que cette extraordinaire donation n’ait jamais fait l’objet d’un catalogue exhaustif - de l’apport d’une nouvelle collection dont plusieurs pièces sont déjà entrées au musée tandis que d’autres y arriveront bientôt.


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4. Alexandre-Denis Abel de Pujol (1785-1861)
Etude de femme agenouillée, vers 1814
Crayon noir, fusain et rehauts
de craie blanche - 53,6 x 38,6 cm
Collection particulière
Photo : D. R.
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5. Henri Bellery-Desfontaines (1867-1909)
Le Centaure
Planche II de Poèmes en prose
par Maurice de Guérin, 1901
Gouache et aquarelle - 34,5 x 26,3 cm
Collection particulière : D. R.
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Les généreux mécènes sont un frère et une sœur, Daniel et Jean-Claude Delauney, collectionneurs et eux-même descendants d’un grand donateur des Musées de Rouen, Louis Deglatigny. L’exposition présentée dans le cadre du Temps des Collections montre des œuvres déjà offertes (sachant qu’elles se partagent entre le Musée des Beaux-Arts, le Musée des Antiquités et le Musée de la Céramique) et d’autres qui leur seront bientôt données. Nous ne pouvons ici être exhaustif et il faut espérer qu’un ouvrage répertoriera intégralement la donation. Nous nous contenterons de signaler une jolie Marine de Charles Mozin (ill. 1), plusieurs grandes feuilles d’Hubert Robert (ill. 2 et 3), dont deux font déjà partie des collections du musée, une superbe étude de femme agenouillée par Abel de Pujol (ill. 4), des dessins de Théodore Caruelle d’Aligny, Charles Mozin, Paul-Albert Baudoüin, des céramiques de Rouen, de l’orfèvrerie, de superbes livres illustrés par Maurice Denis et Henri Bellery-Desfontaines (ill. 5), ou encore sept médaillons en céramique représentant divers personnages historiques, produits par l’atelier de Louis-Léon de Blancas entre 1759 et 1768 (ill. 6 et 7). Ces objets sont rarissimes puisque seuls sept autres étaient déjà connus, dont un, figurant Louis XV, était conservé au Musée de la Céramique. Ces œuvres seront données à ce musée à l’issue de l’exposition.


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6. Atelier de Louis-Léon-Félicité de Brancas,
comte de Lauraguais
Christ, Alexander Pope,
Jean-Philippe Rameau, Henri IV,
Vierge, Isaac Newton, Louis XV
et Maximilien de Béthune, duc de Sully

(médaillons), vers 1764
Porcelaine dure
Collection particulière
Rouen, musée des Beaux-Arts
et musée de la céramique
Photo : D.R.
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7. Atelier de Louis-Léon-Félicité de Brancas,
comte de Lauraguais
Christ, Alexander Pope,
Jean-Philippe Rameau, Henri IV,
Vierge, Isaac Newton, Louis XV
et Maximilien de Béthune, duc de Sully

(médaillons), vers 1764
Porcelaine dure
Collection particulière
Rouen, musée des Beaux-Arts
et musée de la céramique
Photo : D.R.
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8. Jean-Francis Auburtin (1866-1930)
Centaure et falaises, vers 1900
Gouache et pastel - 18,4 x 55 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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Cette donation en cours n’est pas la seule largesse dont ont pu bénéficier les musées rouennais désormais associés pleinement au Temps des collections puisqu’ils ont été réunis au Musée des Beaux-Arts depuis leur passage récent sous la tutelle de la métropole. Le Musée Le Secq des Tournelles a en effet reçu un autre ensemble de 91 instruments de poids et mesures offert par Jérôme et Marie-France Dunod dont une large sélection est ici présentée.
Malgré un budget d’acquisition qui était encore récemment égal à zéro (cette situation a pu fort heureusement changer l’année dernière grâce à la métropole), les musées rouennais se sont donc fortement enrichis, d’autant que Le Temps des Collections permet de découvrir d’autres nouveautés.
C’est ainsi que neuf œuvres symbolistes du peintre Jean-Francis Auburtin (ill. 8 à 16) ont été offertes par ses descendants, Monsieur et Madame Quentin. Il s’agit de trois tableaux et de six dessins, gouaches et pastels qui sont ici exposés en compagnie d’autres œuvres de même provenance. Élève de Jules Lefebvre et de Benjamin-Constant, Auburtin fut néanmoins fortement marqué par l’art de Pierre Puvis de Chavannes. Comme lui, il fut un abondant décorateur et ses peintures murales peuvent se voir à Paris (Sorbonne, Conseil d’État), à Marseille (escalier du Museum au Palais Longchamp où Puvis décora l’escalier symétrique du Musée des Beaux-Arts) et Lyon (Faculté de droit et de lettres). Ses peintures montrent un monde fantastique rempli de nymphes, de sirènes et de centaures.


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9. Jean-Francis Auburtin (1866-1930)
Pins, ciel rose, vers 1898
Encre noire et gouache - 20 x 27 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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10. Jean-Francis Auburtin (1866-1930)
La Forêt et la Mer, Salon de 1907
Huile sur toile - 114,7 x 163,1 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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11. Jean-Francis Auburtin (1866-1930)
La grotte bleue, vers 1910
Gouache - 36,5 x 61 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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12. Jean-Francis Auburtin (1866-1930)
Nocturne, 1905
Huile sur toile - 113 x 160,2 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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13. Jean-Francis Auburtin (1866-1930)
Nymphes et centaures au clair de lune
(projet de décor), vers 1900
Gouache - 27,2 x 46,2 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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14. Jean-Francis Auburtin (1866-1930)
Paysage symboliste, vers 1895-1900
Huile sur toile - 50 x 100 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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15. Jean-Francis Auburtin (1866-1930)
Sanguine au centaure, vers 1900-1905
Sanguine et lavis de sanguine - 64,8 x 55,3 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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16. Jean-Francis Auburtin (1866-1930)
Portrait de Pascaline Mallet,
vers 1909
Gouache et fusain - 62,5 x 37,5 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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D’autres dons encore s’ajoutent à ceux-ci, déjà très importants. L’Association des Amis des Musées de la Ville de Rouen a ainsi offert un pastel (ill. 17) de François-Bruno Deshays de Colleville, frère cadet - et beaucoup moins connu - de Jean-Baptiste Deshays (acquis auprès de Pierre Brost, Arts et Antiquités). La femme représentée, non identifiée, a été dessinée en 1787. Il s’agit de la seule œuvre de cet artiste conservée à Rouen, pourtant sa ville natale. Il faut dire qu’on ne connaît de lui que deux dessins, quatre pastels et une vingtaine de toiles.
La même association a offert un tableau, acheté galerie Ratton-Ladrière, de Philippe-Auguste Jeanron représentant David et Goliath (ill. 18), qui est un évident pendant (à moins qu’il ne s’agisse d’une série dont d’autres éléments seraient à redécouvrir) d’une Décollation de saint Jean-Baptiste que possédait déjà le musée. Sur Jeanron, nous renvoyons à notre recension de la rétrospective que lui a consacrée le Musée de Calais en 2004.


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17. François-Bruno Deshays de Colleville
(1732-1815)
Portrait de femme, 1787
Pastel sur papier marouflé sur toile - 61 x 50 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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18. Philippe-Auguste Jeanron (1808-1877)
David et Goliath, vers 1846
Huile sur toile marouflée sur panneau - 50,2 x 60,9 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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Signalons enfin quelques achats : une étude pour un bronze conservé au musée, Éloa sœur des anges par le sculpteur Philippe Zaccharie1 (ill. 19), la préemption à Paris, le 16 juin 2016 (SVV Jean-Emmanuel Prunier), d’un tableau d’Édouard Charpentier pour 3000 € hors frais (ill. 20), artiste à peu près inconnu, qui montre l’ancien couvent des Visitandines qui abritait alors le Musée des Antiquités (qui y est toujours) et une partie de ce qui deviendra plus tard le Musée de la Céramique. Dans cette vue, qui date entre 1872 et 1875, plusieurs œuvres des musées sont identifiables.


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19. Philippe Zacharie (1849-1915)
Eloa, la soeur des anges, 1868 (?)
Crayon noir - 41 x 27 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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20. Édouard Charpentier (1846- ?)
Le Musée de Rouen, vue du cloître,
entre 1872 et 1875
Huile sur toile - 59,3 x 43 cm
Rouen, musée des Antiquités
Photo : Musée des Antiquités de Rouen
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Plusieurs expositions organisées autour des collections permanentes s’ajoutent à celles montrant les nouvelles acquisitions. Celle consacrée à la figure de Henri III dans l’art est sans doute la moins réussie, sans doute faute d’œuvres suffisamment marquantes. Le prétexte en est le don par Henri Salomon d’un Portrait d’Henri III d’après Jean Decourt ou Étienne Dumonstier, un tableau intéressant par son iconographie mais d’une qualité assez faible.
Au contraire, le dossier dédié aux trompe-l’œil est très réussi. Autour de quelques œuvres rouennaises (deux Louis-Léopold Boilly, un François Jouvenet récemment acquis de la galerie Charvet à Paris - ill. 21 - et un Cornelis Norbertus Gijsbrechts - ill. 22), Diederik Backhuÿs a réuni un petit ensemble de tableaux de spécialistes de ce genre (notamment Gaspard Gresly et Dominique Doncre) qui le résume bien. On notera particulièrement deux œuvres de Bachelier et d’Oudry qui montrent que de la Hollande du XVIIe à la France du XVIIIe, une véritable tradition se poursuivit. Un tableau américain du XIXe siècle aurait pu conclure cet accrochage en démontrant tout ce que les peintres du Nouveau Monde doivent à leurs prédécesseurs européens (voir par exemple cet article).


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21. François Jouvenet (1688/1694-1756)
Trompe-l’œil à la vitre brisée et à l’estampe
d’après Saint Antoine de Padoue adorant
l’Enfant Jésus d’Anthony van Dyck
, 1738
Huile sur papier marouflé sur carton - 44,6 x 34,7 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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22. Cornelis Norbertus Gijsbrechts (1630-après 1675)
Armoire en trompe-l’œil, 1665
Huile sur toile - 69 x 59 cm
Rouen, musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rouen
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L’un des tableaux les plus prestigieux de Rouen est son Caravage. Un accrochage est organisé qui regroupe autour de cette La Flagellation plusieurs peintures présentant formellement des similitudes de composition ainsi que plusieurs dessins anciens appartenant au cabinet des arts graphiques du musée. Si pouvoir admirer ces derniers justifie ce dossier, nous avouerons que la prose qui l’entoure, qui fait l’objet d’une publication à part dont un extrait est publié dans le catalogue du Temps des Collections, nous laisse perplexe. Il s’agit d’un dialogue entre un historien de l’art, Giovanni Carieri, et un historien de la religion, Pierre-Antoine Fabre sur le thème du « hors champ ». Une prose qui nous paraît à la fois un peu prétentieuse et parfaitement absconse. Faute de comprendre, nous ne commenterons pas davantage.

On ne quittera pas le musée sans signaler une initiative sans doute intéressante, mais dont le résultat est plutôt décevant : le choix effectué par un sondage sur internet de montrer dans une salle des tableaux des réserves. Intéressant car il permet de voir certaines œuvres rarement présentées. Décevant, et même un peu inquiétant, car celles qui ont été choisies sont en majorité des œuvres récentes, parfois médiocres, et très peu, voire quasiment pas de peintures anciennes. Il nous est difficile de commenter davantage cette tentative car nous ne savons pas parmi quelles toiles les votants ont dû choisir.

Cette année donc, en raison du regroupement des musées, Le Temps des Collection sort du Musée des Beaux-Arts. Celui de la Céramique reprend l’excellente exposition sur Masséot Abaquesne du Musée de la Renaissance à Écouen2 (voir la recension ici) et le Musée des Antiquités présente une découverte remarquable : la provenance royale et rémoise d’une intaille en cristal de roche représentant le Baptême du Christ. Ceci fait l’objet dans le catalogue d’un article détaillé de Nicolas Hatot. Et comme cet ouvrage constitue également une sorte de Bulletin des Musées de Rouen, il publie aussi une petite étude sur François Jouvenet par Diederik Bakhuÿs et l’identification d’un dessin d’Esprit-Antoine Gibelin par Isabelle Mayer-Michalon, ainsi qu’un catalogue des neuf tableaux M.N.R. du musée par Thierry Bajou.

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23. Lieven van Lathem (actif entre 1454 et 1493)
Livre d’heures à l’usage de Mayence
(Anvers ?), vers 1475
Parchemin - 11,8 x 8,5 cm
Rouen, Bibliothèque municipal Jacques Villon
Photo : Rouen, bibl.mun.
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Mais nous ne quitterons pas Rouen sans dire un mot, forcément insuffisant, de l’exposition d’enluminures que présente ce même Musée des Antiquités. Il s’agit, bien plus que d’une simple exposition, de l’occasion de publier le catalogue des manuscrits enluminés et des enluminures en feuilles conservés dans les musées normands. Si les œuvres de ce type des archives et les bibliothèques ont souvent fait l’objet de recensement et d’inventaires précis, il n’en va pas toujours de même pour les musées qui n’ont que rarement des collections importantes dans ce domaine. À ces œuvres au nombre d’une soixantaine3, dont la plupart sont présentées dans l’exposition, se sont ajoutées quelques-unes conservées à la Bnf et dans certaines institutions normandes hors musées (archives et bibliothèques), ainsi que les enluminures de la collection Dutuit du Musée du Petit Palais à Paris. Les Dutuit étaient en effet des Normands originaires de Rouen, et l’exposition s’ouvre ainsi plus largement à l’histoire des collections de cette région, ce qui permet de compenser la qualité un peu décevante des musées dans ce domaine. Le catalogue s’attache également aux étapes de la redécouvertes des enluminures au cours du XIXe siècle.

Parmi les plus belles miniatures ainsi proposées aux yeux du public (avec ce côté frustrant de ne voir qu’une enluminure par ouvrage, compensée au moins en partie par des bornes interactives permettant de feuilleter certains d’entre eux dans leur intégralité), nous retiendrons le Livre d’heures à l’usage de Mayence, contenant 49 miniatures exécutées par un artiste des anciens Pays-Bas méridionaux, Lieven van Lathem, dont on ne connaît en tout et pour tout qu’une quinzaine d’œuvres. Celle reproduite dans le catalogue (ill. 23), L’Enfer, montre un bec de rapace s’apprêtant à engloutir les damnés pendant qu’un ange combat les démons. Si ce type de représentation peut faire penser à Jérome Bosch, il faut remarquer que la date d’exécution de ce livre, très précoce (vers 1475), ne permet pas réellement d’y voir l’influence de celui-ci.


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24. Bréviaire de René II de Lorraine
Nancy, vers 1492-1493
Parchemin - 26,3 x 18,2 cm
Paris, Petit Palais,
musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Photo : IRHT
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25. Attavante degli Attavanti
(1452-1520/1525)
Crucifixion et scènes de la vie du Christ
Florence, 1483
Parchemin - 38 x 25 cm
Le Havre, musée André-Malraux
Photo : Le Havre, musée Malraux
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Les frères Dutuit avait un goût excellent pour les enluminures comme pour le reste. En témoigne par exemple cette Annonciation (ill. 24). L’artiste, Georges Trubert, travailla pour René II duc de Lorraine, le petit-fils du roi René. Au Musée André Malraux du Havre est conservée une Crucifixion (ill. 25) entourée de scènes de la vie du Christ à la manière d’une prédelle qui se prolongerait sur le côté, feuille malheureusement extraite d’un Missel appartenant à la bibliothèque municipale de Lyon. Le peintre, Attavante degli Attavanti, disposa d’un important atelier à Florence.


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26. Boèce dans sa cellule reçoit la visite d’allégories
Parchemin - 36 x 25,5
Paris, Petit Palais,
musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Photo : IRHT
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On signalera enfin - encore dans la collection Dutuit - une enluminure provenant d’un incunable (ill. 26), c’est-à-dire d’un ouvrage imprimé, montrant ainsi que la pratique des miniatures peintes dans les livres se poursuivit quelque temps après l’invention de l’imprimerie, transformant chaque ouvrage en œuvre unique. Il s’agit ici d’une illustration du De consolation Philosophiae de Boèce.


Commissaires de l’exposition Le Temps des Collections : Sylvain Amic
Commissaires de l’exposition Trésors enluminés de Normandie : Nicolas Hatot et Marie Jacob.


Sous la direction de Sylvain Amic, Le Temps des Collections. Ve édition 2016-2017, Silvana Editoriale, 2016, 192 p., 19,50 €. ISBN : 9788836634170.


Sous la direction de Nicolas Hatot et Marie Jacob, Trésors enluminés de Normandie. Une (re)découverte, Presses Universitaires de Rennes, 2016, 294 p., 28 €. ISBN : 978273551770.


Informations pratiques : Musée des Beaux-Arts, Esplanade Marcel-Duchamp, 76000 Rouen. Tél. : 02 35 71 28 40. Ouvert de 10 h à 18 h. Accès gratuit dans les collections permanentes et à l’exposition Le Temps des collections V.
Musée des Antiquités, 198, rue Beauvoisine ou rue Louis Ricard, 76000 Rouen. Tél. : 02 76 30 39 50. Ouvert du mardi au samedi de 10h à 12h15 et de 13h30 à 17h30. Le dimanche de 14h à 18h. Tarif unique : 4 €.
Musée de la Céramique, 1, rue Faucon ou 94, rue Jeanne d’Arc, 76000 Rouen. Tél. : 02 35 07 31 74. Ouvert de 14h à 18h (pour cause de travaux, certaines salles du musée de la Céramique sont fermées au public : salles des bustes des quatre saisons, du décor aux cinq couleurs, du cabinet de toilette et des boiseries du pavillon du musique). Tarif pour l’exposition Masséot Abaquesne, l’éclat de la faïence à la Renaissance : Tarif unique : 4 €.


Didier Rykner, vendredi 10 février 2017


Notes

1Acquis de la Galerie Christian Le Serbon lors de l’exposition organisée avec la Galerie Benoît de Lardemelle en novembre 2015.

2Addendum 11/2/17 : Pauline Madinier-Duée, conservatrice et commissaire de l’exposition Masséot Abaquesne à Rouen, nous signale que « l’exposition Abaquesne ne fait pas partie du Temps des collections et se termine le 3 avril. [Par ailleurs] l’étape rouennaise est différente dans son propos et sa muséographie de celle d’Écouen et s’en démarque par la présence des documents d’archives non exposés à Écouen, la remise en contexte de la marche de la Bâtie et des pièces de forme dans l’apothicairerie pour ne citer que quelques exemples. ». Il n’était pas dans notre objectif de refaire un article sur l’exposition (qui n’avait d’ailleurs pas été vue par le signataire de ces lignes, mais chroniquée par Bénédicte Bonnet Saint-Georges), raison pour laquelle nous nous contentions uniquement de signaler la présence de cette exposition à Rouen, et renvoyons pour l’artiste à la recension déjà écrite. Il est évident que les deux rétrospectives présentent des différences, comme toute exposition présentée à deux endroits différents.

335 manuscrits à peinture, 2 imprimés enluminés, 25 feuillets enluminés.





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