Le Städel Museum de Francfort fête ses 200 ans


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1. Städel Museum de Francfort
Photo : Didier Rykner

2/11/15 - Exposition - Francfort, Städel Museum - Le Städel Museum de Francfort (ill. 1) a 200 ans. Et pour fêter cet anniversaire, il a décidé de confronter, dans ses salles, quelques-uns de ses tableaux phares (et quelques dessins) avec des œuvres « invitées ». L’idée est bonne, et donne parfois des comparaisons intéressantes. Dans quelques cas cependant, le prêt est si prestigieux (on pense à L’Annonciation de Jan van Eyck de la National Gallery de Washington) qu’on se demande s’il est bien raisonnable de faire voyager des tableaux aussi fragiles uniquement dans ce but.

Ce point entendu, l’exposition est un prétexte pour découvrir les richesses du Städel, et son histoire qui en fait un musée un peu différent du reste des musées allemands. Car à la différence des autres, il s’agit d’un musée privé, fondé par un banquier du nom de Städel1, en 1815 donc. Il fonctionne un peu sur le modèle des musées américains, avec un « board » qui définit sa politique.

Parmi les grands chefs-d’œuvre du musée, on compte L’Aveuglement de Samson de Rembrandt, un artiste d’ailleurs particulièrement bien représenté dans ses collections. La comparaison avec Judith tuant Holopherne d’Artemisia Gentileschi, de Capodimonte, rappelle celle qu’avait organisée le Van Gogh Museum (voir l’article) entre Rembrandt et Caravage (l’œuvre du Städel en faisait d’ailleurs partie). Même si le luminisme caravagesque a, selon nous, peu à voir avec celui de Rembrandt, il est manifeste que l’attitude d’un des soldats qui maintient Samson est très proche de celle de la servante dans le tableau de Judith. Est-ce suffisant pour affirmer que le premier aurait pu voir l’œuvre de la seconde ? Cela nous semble très hypothétique.
La plupart des tableaux majeurs de la collection sont ainsi confrontées à d’autres œuvres. Cela fonctionne parfois, comme pour le célébrissime portrait de Goethe par Tischbein (ill. 2), accroché non loin d’esquisses préparatoires et d’une interprétation par Warhol, cela fonctionne aussi, par nature, pour Le Géographe de Vermeer qui, s’il ne retrouve pas son pendant du Louvre (L’Astronome), est présenté aux côtés de la Jeune femme lisant une lettre du même Vermeer conservé à Dublin. Le Pyrame et Thisbé de Poussin, et bien d’autres chefs-d’œuvre encore sont inclus dans cette exposition qui n’en est pas vraiment une.

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2. Johann Heintrich Wilhelm Tischbein (1751–1829)
Goethe dans la campagne romaine, 1787
Huile sur toile - 164 x 207
Francfort, Städel Museum
Photo : Didier Rykner

Malgré un budget d’acquisition très faible, le Städel réussit – comme les musées américains – à mobiliser des mécènes pour s’enrichir. Nous avons parlé de ces acquisitions récentes qui sont toutes accrochées aux cimaises, et qui s’avèrent aussi séduisantes en vrai que sur photos : L’Assomption de Guido Reni et le grand dessin de Degas (voir la brève du 28/1/15), confronté à un autre Degas venu d’une collection privée, le Saint Jacques le Majeur de Ribera (voir la brève du 8/12/14, le Vilhelm Hammershøi (voir la brève du 25/10/12), rejoint pour l’occasion par plusieurs tableaux de ce peintre représentant ces intérieurs vides et silencieux dont il s’était fait une spécialité, le Portrait de Jules II par Raphaël et son atelier (voir la brève du 6/12/11) ou encore un Guerchin (voir la brève du 8/2/11)…
Notons enfin que le musée de Francfort, l’un de ceux en Allemagne qui s’intéresse le plus à la peinture ancienne, prépare pour l’année prochaine une grande rétrospective consacrée au maniérisme florentin.

Site du Städel Museum

Sous la direction de Max Hollein, Masterworks in Dialogue. Eminent guests for the anniversary, 2015, Städel Museum 280 p., 34,90 €.


Didier Rykner, lundi 2 novembre 2015


Notes

1Aucun rapport donc avec « Stadt » (« ville » en allemand), ce n’est pas un musée communal.





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