Le stade Art Déco de Bordeaux menacé par les fast food et le bétonnage


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1. Quartier du Stade Lescure
Vue aérienne
Photo : D. R.

Le 12 juin 1938 était inauguré le stade Lescure de Bordeaux par un Brésil/Tchécoslovaquie de la troisième coupe du Monde de football. Match particulièrement violent, déjà !, avec fractures, blessures et expulsions, ce que la « Petite Gironde » du lendemain traduira sobrement par un « match épique dans un stade moderne ».
Le 26 novembre 2015, 77 ans plus tard, la mairie annonce une destruction subtilement camouflée en préservation d’éléments patrimoniaux de ce « stade moderne ». Et en profite pour réduire de 40% la surface du stade annexe pour y construire 320 logements. En supprimant au passage une des rares piste d’athlétisme de 400 m que compte l’agglomération. Tout en prétendant qu’elle y conserve les m2 de terrains sportifs.

Les lieux menacés en 2015

En haut à gauche (ill. 1), le trapèze du stade Lescure et du stade annexe d’athlétisme avec sa piste de 400 m, en bas à droite le triangle du remarquable quartier Art déco. Séparée par la diagonale de l’avenue du parc de Lescure. A trois heure, sur la place ronde centrale : le château de la propriété des Johnston, famille d’origine écossaise qui verra David Johnston, alors maire de Bordeaux, recevoir l’écrivain Stendhal, en 1838, dans ce qui état alors… une chartreuse.

Un autre maire : Adrien Marquet, élu en 1925, va imposer dans la « ville de pierre du XVIIIe » un autre style : celui des « Arts décoratifs ». Bordeaux se couvre d’une multitude de réalisations appréciées de tous et restées emblématiques : la bourse du travail, le tri postal, les abattoirs, la très remarquable - et imitée - piscine Judaïque, de multiples écoles, des bains douches, une cité universitaire, des squares et le plus important de tous : le nouveau stade de Lescure. L’esthétique « Art nouveau » des années 1900 n’a pas séduit les bordelais. L’Art déco des années 1920 1940 aura un grand succès ici : les monuments et les maisons individuelles empruntant les éléments du style Art déco se multiplient à Bordeaux, parfois en quartiers entiers homogènes comme dans le triangle jouxtant le stade.

Adrien Marquet va confier à un architecte bordelais novateur : Raoul Jourde, le projet de son nouveau stade. En 1934 il rend sa copie. Ce stade sera polyvalent : vélodrome d’abord (car c’était le sport le plus populaire alors) et sports collectifs (rugby et football). Adrien Marquet veut un stade emblématique pour sa ville comme le fut l’autre grand stade Art déco français : Gerland à Lyon construit par Tony Garnier quelques années plus tôt. Mais précisons tout de suite que Gerland a été plusieurs fois transformé et finalement dénaturé par l’aménagement de 4 tribunes couvertes qui ont fait disparaître le stade Art déco d’origine. Lescure est resté quasi intact depuis 77 ans. Seuls les gradins ont été agrandis en 1988, mais l’architecte Dupuis a habilement conservé les magnifiques perspectives et l’esthétique du stade. Notre beau stade a d’ailleurs été pris pour modèle des grands équipements sportifs de la période 1920-40 à la cité de l’architecture et du patrimoine du Palais de Chaillot (ex Musée des monuments français).

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2. Raoul Jourde (1889-1959)
Le stade Lescure en 1937
Photo : D. R.

Jourde va construire un stade original, ne ressemblant pas aux autres stades de l’époque généralement composés de 2 tribunes en face à face reliés par des virages découverts (cf Yves du Manoir à Colombes 1924). Tout le stade est couvert grâce à l’idée géniale d’une petite voute fine en béton (= le voutain) couvrant l’intégralité des gradins par un très important porte à faux, sans avoir besoin du moindre pilier de soutien au milieu des spectateurs. Cette solution technique est osée pour l’époque, c’est même une première mondiale, imitée ailleurs. La stabilité de l’ensemble est assurée par un double cintrage du voutain en large et en long. La répétition des voutains ajoute en plus un rendu esthétique magnifique. Le béton Art déco devient très beau, constat qui ne va pas de soi à Bordeaux : la ville de pierre. Lescure, c’est donc une technique innovante doublée d’un magnifique rendu esthétique. C’est aujourd’hui le seul stade Art déco intact restant en France (ill. 2).

Le voile de béton conçu par Jourde (ill. 3) ondule partout : courbes, arrondis, cintres et même croisées d’ogives dans les galeries de circulation. L’idée si innovante en 1934 des voutains devra pourtant être améliorée techniquement par l’ingénieur italien Dabbeni qui en réduira les dimensions et intercalera des raidisseurs pour assurer leur pérennité.


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3. Raoul Jourde (1889-1959)
Stade Lescure de Bordeaux, virage sud
Carte postale ancienne
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4. Jacques d’Welles (1883-1970)
Façade arrière de la tribune d’honneur
Bordeaux, Stade Lescure
Photo : Vincent Nicolle

Lescure c’est aussi d’autres éléments patrimoniaux majeurs comme les sept magnifiques escaliers « à la Rialto » dus à un autre architecte : Jacques d’Welles et qui permettent de rejoindre, depuis le sol, la galerie de circulation desservant les places des gradins.

La façade arrière de la tribune d’honneur met en valeur la qualité esthétique exceptionnelle de ce stade. Outre le magnifique escalier « vénitien » (ill. 4), juste bon à détruire selon la mairie, ou peut évoquer également des arcades lombardes comme à… Chambord, avec les ouvertures répétées de la galerie de circulation. On y remarque les descentes pluviales rythmées et joliment traitées en pseudo piliers avec chapiteaux. Et l’arrière incurvé des béquilles soutenant les gradins, forme un nouveau porte à faux répondant à celui des voutains au dessus. La volumétrie d’ensemble est splendide. Et même les grilles d’origine sont belles !
Notre stade fourmille encore d’autres éléments patrimoniaux menacés par le projet de notre mairie. La différence de dimensions des voutains est joliment traitée par Jourde (ill. 5 et 6) qui intercale des postes de vigie en proue d’hydravion (de l’époque).


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5. Raoul Jourde (1889-1959)
Projet pour le stade Lescure
Bordeaux, Archives municipales
Photo : Archives municipales de Bordeaux
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6. Raoul Jourde (1889-1959)
Stade Lescure de Bordeaux, virage sud
Carte postale ancienne

Trois des entrées du stade sont signalées par deux pylônes visibles de loin et une arche monumentale. Cette dernière étant agrémentée par quatre colonnes en mosaïque représentant des corps d’athlètes colossaux, dus à René Buthaud, bien dans le goût de l’époque. Les perspectives internes du stade sont somptueuses.
Ainsi cette multitude d’éléments architecturaux rendus très décoratifs, rattache l’esthétique de ce stade au vocabulaire de l’Art déco.

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7. Jacques d’Welles (1883-1970)
Annexe du stade Lescure de Bordeaux
Photo : Vincent Nicolle

L’annexe sportive très fréquentée (entre 500 et 1000 pratiquants par jour) est aussi, quand à elle, menacée d’être réduite en petit square pour chiens, pour laisser la place à 320 logements. Les sportifs entrent dans ce stade par ce magnifique petit forum romain art déco (ill. 7), resté dans son état d’origine depuis 1938. L’entrée est bien signalée par un pylône dû à l’architecte Jacques d’Welles.

Le quartier alentour, le triangle de l’ill.1, est lui aussi remarquable par son homogénéité architecturale. Cette originalité esthétique saute aux yeux dès qu’on y entre. Environ 250 maisons ont été construite en 20 ans (1920-1940). On s’amuse à y retrouver deux pastiches de chartreuses tant le XVIIIe siècle conserve la cote en 1925. Au départ éclectiques, l’architecture et la décoration des maisons deviennent Art déco avec la géométrisation des décors, l’utilisation du méplat pour les décorations figuratives (roses…) et géométriques : lignes droites avec motifs plus Art déco : palmettes, barres de chocolat. Les fenêtres deviennent bien reconnaissables avec anse de panier, impostes et petits bois. Œil de bœuf avec encadrement hexagonal par exemple. Le fer forgé prend une place importante et reprend les motifs décoratifs de la pierre. La voiture se généralise alors et dans cet environnement bourgeois, les architectes doivent ajouter un garage, ce qui bouleverse le plan masse. L’étage à habiter est renvoyé au premier. On y accède par un escalier extérieur avec piliers ou intérieur par une entrée de prestige avec décoration en méplat. La décoration extérieure disparaît totalement dans les dernières maisons du quartier, place des Cèdres, de style paquebot avec avancées arrondies, façon bow window. L’architecte de ces maisons concevait aussi l’intérieur : les typiques carrelages en ciment très décorés (qui reviennent heureusement à la mode) étaient choisis par les futurs propriétaires. Les pièces de réception étaient entourées de corniches en staff à motifs Art déco cachant un éclairage indirect. Les lustres typés cachant les ampoules derrières des verreries stylisés en dessous de rosaces géométrisées. Les parquets montés sur sable, sont en lattes de pitchpin clair avec des nœuds bien visibles. L’acier inoxydable – nouveauté technique – est utilisé dans les rampes d’escaliers ou le mobilier. Les miroirs biseautés largement utilisés. Les vides sanitaires sont généralisés et assèchent les maisons ce qui est bien utile à Bordeaux. Les maisons ont désormais une salle de bain par chambre et des toilettes sur chaque niveau. Les jardins de l’arrière forment un véritable parc intérieur au pâté de maisons.

Ce quartier si représentatif d’une période mériterait d’être mis en valeur par des panneaux explicatifs et mieux protégé de façon institutionnelle sur le plan local d’urbanisme. La création d’une ZPPAUP (zone de protection patrimoniale du patrimoine architectural urbain et paysager) serait très pertinente ici. Ni le stade ni le quartier, qui forment un ensemble homogène remarquable, ne semblent intéresser notre mairie qui paraît surtout soucieuse de ne pas entraver ici aussi, sa fièvre constructive. Elle néglige une évidence patrimoniale, attitude que tous les bordelais regretteront dans quelques années en le mettant au débit de la municipalité actuelle.

Le projet destructeur de la mairie

Le projet de l’architecte Ferret présenté en novembre 2015 sur commande et prescriptions destructrices de la mairie, car ce n’est pas l’architecte qui est en cause, détruit tout cet ensemble magnifique. Certes l’architecte présente subtilement son projet comme conservant des éléments patrimoniaux et la réduction de 40% de la surface du stade annexe avec disparition de la piste d’athlétisme de 400m, est aussi masqué par son discours : j’augmente les surfaces sportives mais en entassant tout. On passe d’un vrai stade d’athlétisme dans la verdure a un petit square en contre bas des nouveaux immeubles pour promener son chien.

Depuis 2011 la mairie à fait construire un nouveau stade Matmut Atlantique dont le financement par partenariat public privé à entrainé une belle polémique locale tant il paraît incertain aux yeux de tous les observateurs avisés. Stade de 42000 places, esthétiquement réussi, mais avec un public très inférieur aux prévisions surtout avec les résultats actuels de l’équipe de football locale. Donc qui va payer les loyers de ce stade surdimensionné ? Et demandé par L’UEFA et la FIFA dont chacun a pu apprécier depuis, le mécénat désintéressé. D’autres villes Nantes, Strasbourg ont refusé de reconstruire des stades, ayant estimé avoir d’autres choix budgétaires à faire. Il est probable que dans l’esprit de nos édiles le dépeçage de l’ancien stade Lescure permettra de palier au budget aventureux du nouveau.

D’ailleurs la concertation des riverains à l’automne 2013 avait placé en premier la conservation patrimoniale du stade Lescure. Puis de favoriser encore plus la pratique sportive dans le stade annexe. Les conclusions de cette concertation ne seront pas respectées par les services de la mairie déjà à l’affut de recettes nouvelles pour le nouveau stade en construction. La mairie plaque de sa seule initiative, dans notre quartier tranquille, un projet de centre commercial inutile et des ventes immobilières d’importance. De plus la mairie invente un postulat : tous les nouveaux équipements demandés (par personne…) doivent être financés par des ventes.

Cela tombe bien puisque les riverains ne demandent absolument aucun centre commercial ni aucune construction. L’existant convenant parfaitement à tous. La demande de traversée du périmètre du stade, que l’on doit contourner actuellement, peut se résumer à donner l’instruction au gardien de tourner la clé et d’ouvrir de 7 à 20h, la porte existante (l’ancienne entrée des cyclistes sur le vélodrome) donnant sur la rue Albert Thomas. Mais la mairie passe outre puisqu’il lui faut en réalité trouver de l’argent pour le nouveau stade.

Pour arriver à ses fins, la ville impose, en adoptant le projet Ferret (répétons que l’architecte n’est pas en cause), la destruction de Lescure tout en assurant du contraire : voici son propos : « les éléments de patrimoine reconnus sont préservés et utilisés » sic ! Qu’on en juge :

- en détruisant les 7 escaliers vénitiens entourant le stade c’est à dire des éléments patrimoniaux majeurs. Il suffit, selon le discours de la mairie, de ne pas les reconnaître comme tel et cela suffit pour les détruire.

- en construisant des planchers horizontaux dans les deux virages à la place des gradins inclinés. Ceci pour créer les conditions d’une autre utilisation. Planchers horizontaux soutenus évidemment par des murs verticaux qui dénatureront totalement les magnifiques perspectives actuelles à l’intérieur du stade. L’impact visuel de ces murs verticaux est soigneusement escamoté sur des plans bisounours de l’architecte.

- les voutains de Jourde – éléments patrimoniaux majeurs de ce stade - ne sont pas davantage épargnés. Une fois construit le plancher horizontal, le projet Ferret ferme l’espace des voutains par un vitrage (dont il réduit l’armature pour ne pas effrayer). Ce qui lui permet de transformer le virage ouvert à l’air libre en espace fermé de restauration/réception. Les perspectives internes de Jourde appartiendront au passé.

- l’aspect intérieur du stade sera complètement transformé et les perspectives internes libres aujourd’hui, rencontreront des murs verticaux ou des parois vitrées. La beauté unique actuelle du stade sera perdue au profit de quelque chose de trivial et que l’on peut voir partout.

Sur l’ill. 8, on voit les belles perspectives actuelles depuis le virage nord. Cet espace splendide sera complétement modifié pour installer un centre commercial à kébabs et fast food et un restaurant/réception dans le virage sud, en fermant les perspectives des voutains. Ces perspectives magnifiques et uniques n’existeront plus.


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8. Raoul Jourde (1889-1959)
Stade Lescure de Bordeaux, virage nord
Carte postale ancienne
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9. Terrain de pelote basque (à gauche)
Piste d’athlétisme à droite
Stade Lescure de Bordeaux
Photo : Jean-Claude Pelet

Le stade annexe n’est pas mieux loti, puisque cette petite surface intensivement utilisée actuellement va être amputée de 40 % de sa surface pour construire des logements qui pourraient être édifiés ailleurs dans le quartier (casernes/friches inoccupées à 100 m, immenses anciens garages de bus à 500 m). Car c’est un équipement sportif de centre ville dans une ville qui est déficitaire en comparaison, tant en stades, qu’en pistes d’athlétisme à un moment où les marathons rencontrent un grand succès. La mairie explique pourtant vouloir conserver les surfaces actuelles des équipements sportifs voire les augmenter mais les entasse dans un nouveau bâtiment où la pratique d’un sport exclura l’autre. Et supprime la piste d’athlétisme éclairée de 400 m (ill. 9) pourtant l’élément le plus utilisé, pour construire le parking nécessaire aux 400 nouvelles voitures des nouveaux logements. 400 voitures de plus dans un quartier déjà surchargé à certaines heures ! Le terrain de pelote basque (ill. 9), à l’air libre comme il se doit, disparaitra pour construire un gymnase entassant tous les sports d’intérieur éparpillés dans le stade annexe. La particularité du Sud Ouest est effacée….

Le projet de la mairie, confié à l’architecte Pierre Ferret, comporte d’autres absurdités : 6500 m2 de commerces crées sans la moindre place de parking ! les riverains apprécieront. La disparition des grilles et barrières actuelles « pour libérer l’espace » est le prototype de la fausse bonne idée. Les barrières ont été bien utiles au stade de France le 13 novembre dernier. Sans barrières et grilles, cet immense espace deviendra le squat de référence qui manquait à Bordeaux pour trafics divers. Deux des statues/colonnes de Buthaud seront déplacées pour faire la place à un magasin qui viendra réduire la perspective à droite au pied de l’arche de d’Welles que l’on prétend pourtant « ouvrir ».

Conclusion

Ce projet de la mairie de Bordeaux est stupéfiant : elle n’hésite pas à détruire son plus grand monument Art déco. Bordeaux c’est le XVIIIè siècle, le vin et l’Art déco, présent partout ici et de très belle manière. L’Art déco, à Bordeaux, a la même présence, le même rayonnement, la même importance que le XVIIIè siècle. Notre mairie ne le sait pas et fait preuve d’une grande inculture en ignorant superbement cette période. Les nombreux artistes bordelais qui, dans toutes les disciplines artistiques, l’ont illustrée, sont absents de nos musées. On peut lui donner en exemple Vienne ou Nancy. En 1960 dans la capitale autrichienne, on ne parlait pas encore de la Sécession, mais de Marie Thérèse, Schönbrunn, Sissi et Strauss. On ne pouvait découvrir les réalisations de Los, Hoffmann, Otto Wagner, Klimt et Schiele, et même Mahler et Berg qu’avec difficulté1. Aujourd’hui, 50 ans plus tard, c’est l’inverse ; ce sont les réalisations des architectes et des peintres de la Vienne 1900 qui figurent en premier dans tous les circuits organisés. Vienne exploite maintenant à fond cette manne touristique qu’elle ignorait il y a 50 ans. L’architecte de Lescure, Raoul Jourde, était à Vienne en 1911. Les audaces de Lescure lui ont elles été inspirées par les audaces de la Sécession ? Ce serait trop beau.
On retrouve la même démarche patrimoniale à Nancy et ses retrouvailles avec son Art nouveau. Le centenaire de la création de l’école Art nouveau de Nancy fondée en 1899 par Émile Gallé fut l’occasion pour la ville, dirigée alors par André Rossinot, de redécouvrir les réalisations des artistes de l’école, les nombreuses maisons et monuments de cette esthétique. Elle s’est réapproprié astucieusement ce mouvement artistique, a mis en valeur ce patrimoine (grâce à des panneaux explicatifs) et a organisé leur découverte touristique par des circuits, un musée magnifique dans une maison étonnante complète le dispositif municipal. Elle a donc ajouté à son ancienne carte de visite XVIIIè siècle : la place Stanislas, un autre thème touristique remarquable, celui de l’Art nouveau. Et le succès touristique est majeur. Bordeaux pourrait faire de même car il y a matière ici avec les multiples monuments (dont le stade Lescure) et les maisons individuelles de l’ère Marquet. Bordeaux part presque de zéro pour illustrer les œuvres des artistes bordelais de la période. Lors d’une exposition aux magasins du Printemps à Paris en septembre 2015, on pouvait découvrir que la moitié des céramiques réputées Primavera (1912-1960) avaient été fabriquées et conçues à Bordeaux par la CAB (Céramique d’Art de Bordeaux) à Caudéran. On n’y trouve pourtant nulle trace de cette splendide production. Pourquoi devoir aller à Paris pour découvrir ce Bordeaux là ? La période dite « Art déco » est « la dernière période de l’histoire de l’architecture ou un style imposa ses formes, ses principes à toutes les productions humaines, de la petite cuillère au… stade municipal, de la voiture à l’habitation, de la peinture à l’habit de tous les jours, un équivalent en quelque sorte de l’unité esthétique qui se repère à la Renaissance. Une période ou tout était art et élégance, beauté et utilité. » selon Marc Saboya, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Bordeaux.

Certes on comprend bien que, compte tenu de la taille du monument Lescure, une municipalité hésite et pense avant tout à la charge de son entretien. Cette vue seulement comptable, est à court terme. Elle fait l’impasse sur les possibilités d’exploitation touristiques (stade et quartier) à moyen et long terme. Imaginons la même logique comptable pour les cathédrales. L’abbé Suger et l’évêque Maurice de Sully sont heureux de vous annoncer « que le gothique sera aussi huit siècles à suivre de travaux permanents… » D’autres nouvelles utilisations doivent être recherchées pour Lescure par un nouvel appel à projet postulant avant tout le respect du patrimoine existant (donc pas, comme lors de l’appel à projet de la mairie de juillet 2014, destructeur du stade et stade annexe). En matière de reconversion de bâtiments historiques, tout est possible, à condition de respecter son identité globale (l’inverse donc de ce qui est projeté). Napoléon n’avait pas pensé à la télévision pour son Fort Boyard qui est maintenant bien entretenu par elle. Jacques Chaban Delmas a sauvé de la destruction les immenses entrepôts Lainé et les a reconvertis. L’équipe municipale actuelle ne peut pas démolir un monument indiscutable, qu’elle est plutôt chargée moralement de protéger.

La qualité architecturale du stade Chaban Delmas/Lescure, sa conservation depuis 77 ans, fait de sa conservation une évidence : c’est un édifice « manifeste » de l’architecture du XXe siècle. Son évolution est possible en respectant la qualité objective de sa construction et l’intelligence de sa conception et sa remarquable intégrité. Aux architectes du XXIe siècle de tirer parti de sa monumentalité avec une imagination fertile mais modeste, sans atteinte à l’œuvre laissée par les générations d’avant. A la mairie actuelle de transmettre ce monument intact. Le stade annexe doit aussi continuer à exister tel quel, puisqu’il remplit parfaitement son rôle en favorisant la pratique sportive par tous. Une pétition en ligne a été lancée, que vous êtes invité à signer.


Jean-Claude Pelet, lundi 28 décembre 2015


Notes

1L’auteur de cet article peut témoigner par de nombreuses anecdotes personnelles de l’incompréhension des viennois à l’époque ! Il a été arrêté dans la Sparkasse d’Otto Wagner car smon comportement touristique admiratif et curieux fut estimé suspect dans un service public, qui est actuellement transformé en musée.





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