Le Rijksmuseum achète chez Christie’s le bronze d’Adriaen de Vries


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Adriaen de Vries (vers 1556-1626)
Figure bachique portant un globe, 1626
Bronze - H. 109 cm
Amsterdam, Rijksmuseum
Photo : Christie’s

13/12/14 - Acquisition - Amsterdam, Rijksmuseum - C’est le Rijksmuseum d’Amsterdam qui, pour la somme record de 27,9 millions de dollars (frais compris), a emporté la sculpture en bronze d’Adrian de Vries, représentant une Figure bachique supportant le globe, vendue par Christie’s New York il y a deux jours.

Cette œuvre inédite a été identifiée récemment dans la cour du château de Sankt Martin en Autriche près de Graz, où elle se trouvait au moins depuis 1700 environ comme en témoigne une gravure. Elle est signée et datée de 1626, soit l’année même de la mort de l’artiste à Prague où il était devenu, depuis le début du siècle, le sculpteur de l’empereur Rodolphe II. Il s’agit donc d’une de ses dernières créations.
L’iconographie est originale et reste en grande partie mystérieuse puisque les seuls personnages mythologiques portant le monde sont Atlas et Hercule. Or, la présence dans sa chevelure et à ses pieds de feuilles de vigne et de grappes de raisins fait penser davantage à un personnage bachique. Il est possible que cette figure ne soit à l’origine qu’une partie destinée à un monument plus important, et que le globe ait été rajouté postérieurement, à moins qu’il ne remplace un autre attribut, par exemple un tonneau de vin1. Sur son site internet, le musée néerlandais préfère identifier plus simplement la figure avec Atlas. Il ne possédait jusqu’à présent qu’une œuvre d’Adriaen de Vries, un relief représentant Bacchus et Ariane, mais exposait un Triton prêté par le Nationalmuseum de Stockholm.

Cet achat extraordinaire du Rijksmuseum nous suggère deux remarques. La première : l’Autriche a laissé partir un chef-d’œuvre qui faisait manifestement partir de son histoire. Il est regrettable que cette sculpture conservée dans un monument historique ait pu sortir de ce pays même si l’on se réjouit néanmoins qu’elle ait pu être acheté par un musée européen.
L’autre réflexion concerne les musées français, notamment le Louvre, et le ministère de la Culture. Alors que plusieurs tableaux majeurs conservés dans des collections privées sont actuellement menacés d’exportation, peut-être devraient-ils prendre exemple sur le Rijksmuseum capable de mobiliser rapidement plus de 22 millions d’euros pour acquérir cette œuvre dans une vente aux enchères aux États-Unis. Pourquoi ce qui est possible aux Pays-Bas est-il manifestement inenvisageable en France où on ne se rappelle pas qu’un achat aussi brillant, pour un tel montant, ait jamais pu être effectué dans une vente aux enchères2) ?


Didier Rykner, samedi 13 décembre 2014


Notes

1Ces hypothèses sont celles de la notice du catalogue de vente Christie’s.

2Rappelons toutefois l’achat - par Axa - pour le Louvre - du Joseph Vernet à Londres pour 6,3 millions d’euros (voir la brève du 4/7/12).





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