
Frédéric Mitterrand pendant la conférence
de presse annonçant le plan musées
9 septembre 2010
Photo : Didier Rykner
Alors que nous nous interrogions encore récemment sur l’inaction du ministre de la Culture (voir notre éditorial), celui-ci semble vouloir nous démentir en présentant aujourd’hui un « Plan Musées en régions » (en réalité, le terme « régions » est de trop puisque des musées parisiens en font partie). Frédéric Mitterrand affirme en effet « le rôle majeur tenu par les musées dans l’aménagement du territoire » [...]. Il souhaite ainsi apporter, sur trois ans, 70 millions d’euros supplémentaires de l’Etat pour aider un certain nombre de projets dans 79 musées, en affirmant que ce montant « sera obtenu par redéploiement au sein du ministère sans léser personne ». L’exercice semble complexe même si 70 millions d’euros, sur un budget global d’environ 2,8 milliards, reste un chiffre modeste.
Comme l’a fait remarquer une journaliste lors de la conférence de presse, 70 millions divisés par trois ans et par 79 musées, cela ne fait pas beaucoup pour chacun1. Le ministre a répondu qu’il s’agissait de rajouter un peu d’argent pour des projets déjà budgétés, soulignant que les sommes ne seraient pas réparties de manière égale, mais que certains recevraient davantage que d’autres. Le dossier de presse précise que le niveau d’intervention sera modulé et adapté en fonction du contexte. S’il s’agit de musées nationaux, l’Etat financera bien entendu tous les travaux. Pour les autres musées, soit l’Etat sera « partenaire », ce qui signifie qu’il participera à hauteur de 15 à 20 %, soit il sera « incitateur » en intervenant de manière plus significative, de 30 à 35 %.
On aurait tort de faire la fine bouche devant la relative modestie de ces crédits. Ce signe que le ministère se préoccupe des musées est important sur le plan symbolique. Frédéric Mitterrand a d’ailleurs raison en soulignant que ce coup de pouce pourrait servir de levier. L’intérêt marqué par l’Etat à certains projets peut effectivement inciter les collectivités locales à les soutenir davantage. Et de toute façon, en ces temps bien difficiles pour les musées et le patrimoine, tout budget supplémentaire est bon à prendre.
Encore faudra-t-il que les annonces soient suivies d’effet, que cet argent ne soit effectivement pas prélevé sur d’autres secteurs patrimoniaux et qu’il s’agisse réellement d’un budget supplémentaire. On se rappelle qu’actuellement sont affichés sur de nombreux monuments historiques le sigle de la « relance », alors qu’il s’agit dans bien des cas de chantiers déjà financés et qui n’ont reçu aucun argent en plus à ce titre.
Nous avons interrogé plusieurs conservateurs de musées figurant dans la liste donnée par le ministère. Si aucun d’entre eux n’était au courant du montant qui leur était alloué (nous avons même appris à certains qu’ils avaient été retenus), la plupart avaient entendu parler de ce plan et eu confirmation qu’il s’agirait bien d’argent supplémentaire. Nous resterons cependant particulièrement vigilant sur ce point. On remarquera par exemple que la participation de l’Etat initialement prévue pour l’agrandissement du Musée d’Art et d’Industrie André Diligent (La Piscine) à Roubaix, une ville fortement touchée par la crise et d’autant plus méritoire d’investir dans la culture2, était inférieure à celle (33 %) qui avait prévalue pour la construction du musée. Il est donc probable que dans ce cas précis le plan musées ne permettra au mieux que d’atteindre ce taux.
On ne donnera pas ici la liste de tous les établissements concernés qui sont aussi bien des musées des Beaux-Arts, que d’archéologie, de société, d’histoire... Nous avons déjà évoqué sur La Tribune de l’Art les projets de certains d’entre eux, comme celui d’Unterlinden à Colmar (voir l’article), du Musée Girodet à Montargis (voir l’article), du Musée des Terre-Neuvas et de la Pêche à Fécamp (voir l’article)... Nous étions au courant de plusieurs autres dont nous n’avions pas encore parlé sur le site (déménagement du Musée de Carpentras, de celui des Beaux-Arts de Reims ; rénovation et/ou agrandissement du Musée des Beaux-Arts de Dijon, du Musée de Pont-Aven, du Musée Courbet à Ornans, du Musée Historique lorrain, du Musée Toulouse-Lautrec à Albi, du Musée des Beaux-Arts de Nantes, du Musée des Beaux-Arts de Valence... ; création de réserves à Tours...). Nous ne connaissions pas certains d’entre eux comme celui qui verra la rénovation du Musée Bonnat à Bayonne, celle du Musée des Beaux-Arts d’Arras...
Avouons que la liste de tous ces chantiers impressionne même si nombre d’entre eux sont moins ambitieux qu’on pourrait le penser. On y compte notamment plusieurs musées faisant partie de Marseille Provence 2013 (c’est-à-dire « Marseille capitale européenne de la culture »). Or on sait, par exemple, que pour le Musée des Beaux-Arts de Marseille, le grand projet espéré qui permettrait à celui-ci de s’agrandir réellement et d’exposer une fraction beaucoup plus importante de ses collections ne verra pas le jour et qu’il faudra se contenter d’une rénovation a minima du Palais Longchamp. Des chantiers étaient même prévus depuis longtemps et toujours retardés. Espérons que ce plan musées permettra de débloquer enfin certaines situations et pour d’autres d’accélérer les travaux.
On voit donc se dessiner un paysage muséographique à deux vitesses. Certaines municipalités comprennent que les musées ne sont pas uniquement une charge et peuvent devenir un atout tandis que d’autres les ferment ou les laissent péricliter.
A ce propos, nous avons posé à Frédéric Mitterrand la question des musées fermés, en particulier de celui de l’Assistance Publique (voir l’article). Il a répondu, en soulignant qu’il n’était pas en charge directement de ce musée (ce qui est exact), qu’il était « en conversation sérieuse avec le ministère de la Santé » et qu’il s’occupait de ce dossier. Il a même cité l’exemple du Musée Hébert, fermé depuis de longues années, et a assuré que celui-ci bénéficierait bientôt de travaux qui permettraient sa réouverture sous l’égide du Musée d’Orsay à qui il est rattaché. Preuve que le ministre peut, parfois, répondre à des questions qui pourraient fâcher, sans trop employer la langue de bois. Finira-t-il par accepter notre demande d’interview ?
