Le petit-fils d’Henri Martin s’oppose à la vente du cycle de Béziers, au nom du droit moral


10/6/08 – Patrimoine – Béziers, Chambre de commerce et d’industrie – Nous avons révélé, sur La Tribune de l’Art, la vente à venir, à Londres, d’un cycle peint par Henri Martin en 1932 pour la Chambre de commerce et d’industrie de Béziers (voir les articles du 29/5/08 et du 3/6/08).

Cyrille Martin, petit-fils de l’artiste et détenteur du droit moral, nous a fait savoir qu’il s’opposait formellement au démantèlement et à la vente de cet ensemble. Il en a fait part à la Chambre de commerce et d’industrie concernée, à Christie’s et au Ministère de la Culture. Rappelons que le droit moral est perpétuel, inaliénable et imprescriptible. Il comprend un droit au respect de l’œuvre, manifestement bafoué dans cette affaire qui va dénaturer gravement cet ensemble d’Henri Martin, d’abord en l’enlevant de l’endroit pour lequel il a été conçu, ensuite en le dispersant, chaque tableau devant être vendu séparément.

Au mois d’avril 2008 Christie’s Paris avait demandé à Cyrille Martin un certificat d’authenticité. Ce dernier s’était alors inquiété de la provenance de l’ensemble et la maison de vente lui avait affirmé que le vendeur « [ne savait pas] si ces tableaux ornaient une pièce conçue avec eux à l’époque »... Christie’s France semble donc, à ce moment, avoir été abusé par le vendeur, à savoir la Chambre de commerce et d’industrie de Béziers, qui était passée par un intermédiaire et qui a donc sciemment caché la vérité sur l’origine du cycle, non seulement auprès du petit-fils de l’artiste mais aussi probablement auprès du musée d’Orsay chargé de donner l’autorisation de sortie.
Il n’empêche que Christie’s Londres, en charge de la vente, a retrouvé tout l’historique, largement décrit dans le catalogue. Il est vrai que le certificat d’authenticité et l’autorisation de sortie avaient déjà été délivrés.

Il paraît étonnant qu’il y ait si peu de réaction au niveau des autorités nationales comme locales. Il ne s’agit pas de la vente d’un bien privé, mais d’un décor d’un bâtiment public. La région Languedoc-Roussillon, qui communique tant sur son implication dans la conservation de son patrimoine, et qui chapeaute plusieurs musées et monuments historiques, peut-elle regarder impuissante, sans broncher et dans l’indifférence, vendre et disperser une part importante de son patrimoine ?


Didier Rykner, mardi 10 juin 2008





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