Le nouveau louvre.fr


11/6/05 - Site Internet - Louvre - Depuis quelques jours, à grand renfort de publicité, le Louvre a mis en ligne une nouvelle version de son site Internet. Celle-ci laisse cependant l’observateur perplexe. Comment se justifient les sept millions d’euros qui, affirme le musée avec fierté, ont été nécessaires pour cette refonte ?

Depuis longtemps, le site du Louvre était pourtant excellent, offrant en particulier des bases de données fort utiles : tous les dessins conservés par le département des Arts graphiques sont en ligne, toutes les œuvres exposées des autres départements sont accessibles par la base Atlas1. Ce sont des instruments de travail irremplaçables. Mais qui ne sont pas nouveaux.

Parcourons donc rapidement ce Louvre.fr modernisé.

La section dédiée à l’histoire du palais et du musée est beaucoup trop succincte, et paradoxalement très longue à consulter, les quelques lignes de texte étant noyées dans une navigation compliquée. Les visites virtuelles (des panoramas filmés à 360° qui permettent de visualiser certaines salles) sont d’une grande pauvreté quand on les compare avec ceux d’autres musées (par exemple avec le Vatican) : aucune fonction ne permet de zoomer sur les objets ou d’avancer dans les salles. Et quand bien même ! cette fonctionnalité est de l’ordre du gadget. Bien inutile également la partie appelée Kaléidoscope, succession d’images sur un même thème, parfaitement représentative de notre époque de zapping. Les dossiers consacrés à des œuvres, dans une rubrique intitulée A la loupe, sont sans doute amusants et utiles pour le jeune public. Ces petites animations, proches de ce que l’on peut trouver sur des cédéroms, sont cependant rapidement lassantes, et longues à télécharger, même avec du haut débit. Certainement coûteuses à réaliser, il n’y en a pour le moment que trois sur le site (la première étant consacrée à l’inévitable Joconde !). Quand à la rubrique Nouvelles acquisitions, elle n’a toujours pas été mise à jour, et on y lit que le Louvre vient d’acheter un Saint Jérôme par Jan Cornelisz Vermeyen (voir brève du 2/11/03), une esquisse de Tanzio da Varallo (voir brève du 16/5/03) et un Ange de Fra Angelico (acquis en janvier 2002 (!) plus d’un an avant l’ouverture de La Tribune de l’Art). Les acquisitions du département des sculptures sont à peine mieux loties, puisque seul l’achat récent du Messerschmidt (voir brève du 27/1/05) est en ligne. Les autres datent de janvier 2003 ! Quant au plan interactif, avouons que son intérêt nous échappe par rapport à un plan non interactif.

Si l’on ajoute que la navigation du nouveau site est des plus complexes, on pourra donc se contenter de fréquenter ce site pour ses excellentes bases de données. Mais on se demandera longtemps quel était l’intérêt d’un tel projet, surtout lorsqu’on la rapporte au coût invraisemblable de sept millions d’euros. Qu’il s’agisse de mécénat (Crédit Lyonnais, Accenture,..) n’excuse rien : l’argent de ces entreprises aurait pu être utilisé à meilleur escient. Par exemple pour restaurer les salles du mobiler XVIIIe : sept millions d’euros, c’est à peu près ce que rapportera au Louvre l’opération d’Atlanta.


Didier Rykner, samedi 11 juin 2005


Notes

1. Il est pourtant regrettable que cette base ne comprenne que les œuvres exposées, et pas celles conservées en réserve. Le nouveau site n’a pas, semble-t-il, prévu de combler cette lacune.



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