Pour un large public, l’alliance de ces deux noms, « Le Nôtre » et « Versailles » ressort presque du cliché, surtout à l’époque actuelle où les publications sur les jardins, et notamment les jardins « historiques », se sont multipliées, en même temps que renaissaient les travaux de fond sur leurs auteurs, réels ou supposés . Or, l’une des principales qualités de ce livre est, sans aucun doute, de mettre un peu à mal le discours habituel (sur les splendeurs du « jardin à la française », sur la réussite « exceptionnelle » que constituent les jardins de Versailles, sur le génie de Le Nôtre, etc.) qui entoure Versailles et ses jardins, sujet presque inépuisable. En effet, le talent de son auteur, Michaël Brix, professeur d’histoire à la Fachhochschule de Munich, et de son éditeur, pour la version francaise , Nicolas Chaudun, a sans doute été ni de vouloir publier ni un manuel (aujourd’hui encore, on peut presque se contenter de celui de Louis XIV), ni de simplement accompagner, par quelques phrases ou un court texte d’introduction, une série de photos (le lieu s’y prête particulièrement). Ils ont pris un parti différent : essayer de présenter de façon aussi concise qu’aérée, le jardin - ou plutôt les jardins de Versailles - dans les étapes successives de leur élaboration et dans leurs différentes parties, sans pour autant solliciter excessivement l’amateur ou le lecteur non spécialiste par un contenu trop dense.
Après une très brève introduction, allant en quelque sorte du particulier au général, au fur et à mesure que son sujet prend de l’ampleur, Michael Brix étudie tout d’abord le parterre principal qui, dans son état initial, constituait en quelque sorte le dernier témoignage du parterre de broderie caractérisant les jardins de la première moitié du siècle. Puis dans une série de courts chapitres, allant de 5 à 20 pages, il étudie chacune des composantes du parc tel qu’il se présente à nous aujourd’hui. S’il prend en compte la campagne actuelle qui selon les cas va de la restitution à la reconstitution, il en souligne au passage les aspects positifs mais il n’a pas à prendre parti : son sujet est le jardin tel que l’a élaboré Le Nôtre vingt ans durant. De la même manière, si le choix qu’il fait dans les photos qu’il a prises au cours des années sert d’abord à appuyer son propos, il en restitue aussi certaines de ses beautés, parfois oubliées ou méconnues parce qu’elles sont à hauteur d’homme.
D’une façon générale, les livres consacrés aux jardins peuvent se répartir en deux grandes catégories : ce que nous appellerons ici le livre d’images et la publication scientifique, qui est, le plus souvent, plus modestement illustrée de dessins, de plans ou de quelques rares photos. Or, on a l’impression que dans ses différentes publications consacrées à Le Nôtre (ce Versailles a été précédé, en 2004, d’un Vaux-le-Vicomte au contenu un peu plus dense ), Michael Brix s’efforce de mêler le contenu scientifique et le plaisir de lecture procurés par un ouvrage bien conçu et assez bien illustré. Dés lors, si son livre sur Versailles apparaît plus synthétique que le précédent, c’est que nous ne sommes pas ici dans la démonstration d’une ou de plusieurs hypothèses, mais dans une volonté d’aiguiser la curiosité des lecteurs et, sans aucun doute, de leur permettre de visiter ou de retourner dans ces jardins avec d’autres yeux.
Michaël Brix, Le Nôtre à Versailles, Editions Nicolas Chaudun, 2010, 246 p., 39 €, ISBN : 2350390403
