Le Mythe du retour. Les artistes scandinaves en France de 1889 à 1908 Contenu abonnés


Auteur : Vibeke Röstorp.

Au moment où les députés français votent pour autoriser un enseignement en anglais dans les universités françaises (et bientôt des thèses en anglais ?), les éditions de l’Université de Stockholm, avec pourtant l’appui de trois fondations suédoises, ont choisi de publier la thèse de Vibeke Röstorp en français. Certes, ce doctorat a été soutenu à l’Université de Paris IV en 2011 et traite d’un sujet qui concerne aussi la France ; ces arguments ne suffisent pourtant pas habituellement à privilégier notre langue dans les éditions étrangères (en particulier anglo-saxonnes) et le suédois n’étant pas une langue internationale, c’est parfois en anglais que les publications universitaires se font à Stockholm, mais, contrairement à certaines officines gouvernementales françaises qui s’inscrivent dans une tradition bien connue de défaitisme et qui pratiquent l’autodénigrement culturel avec délice, on considère encore au pays de Bernadotte la langue de Molière comme une « grande langue » : merci aux Suédois et acceptons-en la leçon.

Consacrée aux artistes « scandinaves », la thèse de Vibeke Röstorp utilise ce qualificatif dans son sens le plus strict puisqu’il désigne la Suède et la Norvège, réunies sous une même couronne de 1814 à 1905 et qui occupent la péninsule scandinave à proprement parler. C’est donc à dessein que ce travail exclut naturellement la Finlande, mais aussi le Danemark dont l’histoire culturelle est pourtant intimement liée à la Suède. On peut discuter cette question, mais la définition d’un sujet est souveraine lorsqu’elle est revendiquée et assumée. C’est ici le cas et le travail de Vibeke Röstorp découle de ses précédentes études consacrées à deux artistes suédois : Richard Bergh et Agnès Kjellberg de Frumerie, à laquelle elle a dévolu une remarquable communication en 2005 à la Société de l’Histoire de l’Art Français. Le beau titre de l’ouvrage désigne aussi beaucoup plus que la simple présence des artistes scandinaves en France ou les liens entre les deux cultures. Ce « Mythe du retour » recouvre bien un propos et une vraie « thèse », la contestation d’une historiographie qui aurait longtemps privilégié une vision inexacte : entre l’exposition universelle de 1889 « où triomphèrent de nombreux scandinaves » et 1908, date de l’arrivée à Paris d’élèves suédois et norvégiens d’Henri Matisse, les artistes scandinaves auraient délaissé notre pays après deux décennies d’influence française. L’auteur s’attache à démonter pièce par pièce cette histoire qui satisfaisait jusqu’ici à la fois la vision égocentriste d’une France formatrice et source d’écoles nationales étrangères irriguées par le retour des artistes chez eux, et en même temps un certain nationalisme scandinave avec l’idée, grâce à ce même retour, d’une « libération » de l’attraction du pôle parisien au profit de la constitution d’un « romantisme national ». Derrière cette historiographie se cache aussi une inévitable partialité quant à la nature même de l’art scandinave :…

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