Le Musée Savoisien acquiert le diptyque de Charlotte de Savoie


23/8/17 - Acquisition - Chambéry, Musée Savoisien - Après une pirogue carolingienne découverte dans le lac du Bourget, c’est un diptyque du XVe siècle qui rejoint les collections du Musée Savoisien1. Il a été acheté par le Conseil départemental à Sam Fogg, antiquaire à Londres, pour un montant de 420 000 euros, avec l’aide du Conseil régional et du Ministère de la Culture. Notons tout de même que l’œuvre était passée sur le marché de l’art parisien, dans une vente de Cornette de Saint Cyr, le 25 octobre 2013, au cours de laquelle elle avait été adjugée 193 033 euros.


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1. Artiste savoyard du XVe siècle
Diptyque de Charlotte de Savoie
La Nativité, 1472
Huile sur panneau - 42 x 33 cm
Chambéry, Musée Savoisien
Photo : Musée Savoisien / Sam Fogg
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2. Artiste savoyard du XVe siècle
Diptyque de Charlotte de Savoie
L’Adoration des Mages, 1472
Huile sur panneau - 42 x 33 cm
Chambéry, Musée Savoisien
Photo : Musée Savoisien / Sam Fogg
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Dans des cadres en ogive, les deux panneaux (ill. 1 et 2) illustrent respectivement la Nativité et l’Adoration des mages. L’intérêt principal de ce diptyque est la représentation de Charlotte de Savoie dans la première scène, agenouillée auprès de la Vierge et de l’Enfant. Elle est coiffée d’un hennin et richement vêtue d’une robe de brocart rouge et or, ornée d’un motif de grenade bleue et bordée d’hermine, tandis que le tissu qui couvre le prie-Dieu est ponctué de fleurs de lys. Les armoiries de la reine sont en outre visibles au revers de chaque panneau (ill. 3). Les deux scènes sont conçues en parallèle, selon une composition identique ou presque : à droite, l’étable abrite la sainte Famille, à gauche les visiteurs sont placés devant un paysage. Ce choix est assez étonnant, car il en résulte un certain déséquilibre et il aurait sans doute mieux valu concevoir des compositions symétriques.

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3. Diptyque de Charlotte de Savoie
Revers
Chambéry, Musée Savoisien
Photo : Musée Savoisien / Sam Fogg
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Bien que sensiblement identiques, les deux peintures révèlent quelques différences – le traitement de l’Enfant Jésus et de saint Joseph, les paysages, les fenêtres de l’étable également... - et il n’est pas impossible qu’elles aient été réalisées par deux artistes distincts bien qu’appartenant au même atelier.
On connaît très peu de portraits de Charlotte de Savoie : l’un figure dans le manuscrit de la Vie et office de sainte Radegonde, l’autre est un dessin d’après un original perdu, conservé dans le Recueil d’Arras. Par ailleurs, peu d’objets lui ayant appartenu sont aujourd’hui répertoriés, sinon des livres.
Sans doute ce petit diptyque, œuvre de dévotion privée, fut-il réalisé en 1472 pour la naissance du dauphin François2, comme le suggèrent à la fois le thème de la Nativité et la présence de François d’Assise ; vêtu en cordelier, les stigmates visibles dans sa paume gauche, le saint pose une main droite protectrice sur le voile de la reine. Celle-ci, qui avait déjà perdu plusieurs enfants, souhaita probablement confier son nouveau-né à la Vierge et à l’Enfant.

On ne sait rien sur le contexte de réalisation de cette œuvre : a-t-elle été commandée par Charlotte de Savoie elle-même ou bien lui fut-elle offerte ? Après son mariage avec le futur Louis XI, elle quitta Chambéry, puis résida essentiellement au château d’Amboise. Le style et plusieurs détails iconographiques laissent pourtant penser que les peintures sont bien de la main d’un artiste savoyard, témoignant de ces multiples courants venus du Haut-Rhin, des Flandres, d’Italie et de France qui ont traversé la Savoie. Charles Sterling3 le rappelle dans un article où il décrit ce diptyque. Frédéric Elsig4, quant à lui, y voit plus précisément l’influence du courant rhénan filtré par le foyer lyonnais et le rapproche des peintures murales, certes plus tardives, de la collégiale de Saint-Julien de Tournon.
Quoi qu’il en soit, il a bien appartenu à Charlotte de Savoie et semble correspondre à une peinture signalée dans l’inventaire après décès de la reine dressé en 1483. Il a par la suite probablement été conservé par la fille de Charlotte, Anne de Beaujeu, au château de Bourbon-l’Archambault.

Cette acquisition répond à l’ambition qu’a le musée de devenir un lieu de référence pour l’histoire de la Savoie. Ses collections en effet sont essentiellement archéologiques et ethnographiques, et il s’agit de constituer un ensemble cohérent témoignant de la formation et de l’apogée des anciens États de Savoie . Fermé jusqu’en 2019 pour une vaste campagne de rénovation, le musée continue donc d’enrichir ses fonds – nous reviendrons sur les acquisitions de ces dernières années - et a par ailleurs entrepris de numériser les quelque 70 000 œuvres qu’il conserve.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 23 août 2017


Notes

1Nous remercions Monsieur Sébastien Gosselin pour les documents qu’il nous a envoyés.

2Charlotte eut deux fils prénommés François, le premier est né et mort le même jour en 1453, le deuxième est né en 1472 et mort en 1473.

3Charles Sterling, « Carnet Savoyard », Revue du Louvre, n° 5-6, Paris, 1978, pp. 333-337.

4« Les courants d’influence dans la peinture savoyarde du XVe siècle », dans Entre l’Empire à la mer.
Traditions locales et échanges artistiques (Moyen Age-Renaissance)
, éd. M. Natale et S. Romano,
Rome, Viella, 2007, pp. 215-246.





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