Le Musée Fabre préempte un tableau de Vincent


JPEG - 129.7 ko
François-André Vincent (1746-1816)
Renaud et Armide, 1787
Huile sur toile - 103 x 131 cm
Montpellier, Musée Fabre (préemption 27/6/14)
Photo : Mathias, Ribeyre Baron

27/6/14 - Acquisitions - Montpellier, Musée Fabre - Le Musée Fabre de Montpellier s’est porté acquéreur aujourd’hui à l’hôtel Drouot1, par préemption et pour la somme de 148 000 € (sans les frais), d’un tableau de François-André Vincent représentant Renaud et Armide.

Cette toile, avec son pendant Arria et Poetus, appartenait à Julien-Victor Veyrenc, élève de Vincent, surtout connu pour avoir légué une partie de sa collection au Musée de Valence, notamment les dessins d’Hubert Robert. Les deux œuvres ont été vendues en deux lots et sont donc désormais séparées, Montpellier n’ayant pas acquis le second2. La première version de celui-ci, de plus grande dimension, avait été acquise par le Saint Louis Museum of Art (voir la brève du 15/2/09). Une troisième version3 a été récemment redécouverte et va entrer dans les collections françaises : elle a en effet été léguée au Musée de la Renaissance d’Écouen mais la procédure successorale, un peu complexe, n’est pas achevée. N’ayant pas vocation à être exposée au Musée de la Renaissance, elle sera déposée dans un autre musée. Remarquons néanmoins qu’elle est d’une taille un peu différente de celui qui vient de passer en vente et que sa composition est plus resserrée.

Revenons au Renaud et Armide. Une première version de ce tableau, sans doute une commande du comte d’Artois, avait été exposée au Salon de 1787 et appartient au Louvre. Mais, déposée au ministère de l’Intérieur en 1848, elle en a disparu après 1879. Une petite réplique peinte est réapparue récemment sur le marché de l’art et a été acquise en 2000 par la collection Horvitz. Il y a donc, comme pour l’Arria et Poetus, trois versions distinctes connues.
Le sujet, tiré de la Jérusalem délivré du Tasse, est décrit par Vincent lui même dans un texte imprimé avec le livret du Salon4 : « Armide, après la défaite dotale des Infidèles, s’étant enfuie, s’arrête dans un sombre vallon, et là, descendue de cheval, elle jette son casque, son bouclier, son carquois et ses flèches, et ne garde qu’un seul trait pour se donner la mort. Le moment est celui où Renaud l’arrêtant, la serrant dans ses bras et l’y retenant malgré les efforts qu’elle fait pour s’en arracher, il lui dit : "Ah ! s’il plaisait au ciel de percer le voile du paganisme étendu sur tes yeux, aucune Princesse, en Orient, n’égalerait ta fortune et ta puissance" ; et où Armide est prête à lui répondre, je suis ton escalve, et dispose à ton gré de moi, que ta volonté soit ma loi. Jérusalem délivrée, chant XX. »

Le Musée Fabre, où la rétrospective Vincent s’est terminée il y a quelques semaines à peine (voir la brève du 4/3/14), conservait déjà six toiles de l’artiste. Elle complète sa collection avec un nouveau chef-d’œuvre, poursuivant avec une volonté admirable une politique d’acquisition soutenue, rare dans les musées français.


Didier Rykner, vendredi 27 juin 2014


Notes

1Auprès de J. J. Mathias - Ribeyre Baron et Associés - E. Farrando SVV.

2Il est vrai que ces compositions ont été d’abord peintes pour des œuvres séparées. Vincent ne les a appariées que plus tard, avec ces deux répliques.

3Catalogue Cuzin n° 438 Pbis.

4Cité par Jean-Pierre Cuzin dans sa monographie sur Vincent, p. 457.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Le Lion au serpent de Barye enfin de retour dans son square

Article suivant dans Brèves : Recherche chef service patrimoine ignorant du patrimoine (mais connaissant le corse)