Le Musée de Montmartre est sauvé


1. Musée de Montmartre
Photo : Didier Rykner

27/6/11– Musée – Paris, Musée de Montmartre – Menacé de fermeture en 2009, le musée de Montmartre (ill. 1) voit son horizon s’éclaircir. Sa situation financière assez catastrophique avait poussé la Mairie de Paris, propriétaire des murs, à encourager une dissolution volontaire de la Société d’Histoire et d’Archéologie du Vieux Montmartre, qui gérait le musée, et à envisager (en toute illégalité) la dispersion des collections entre le Musée Carnavalet, la Médiathèque musicale et la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (voir l’article). C’était sans compter sur la mobilisation des habitants et des amoureux de Paris.
Une solution a donc été trouvée, fort heureusement, et en juillet 2010, un appel à projets a été lancé pour la rénovation et la restauration des bâtiments ainsi que pour l’aménagement d’un équipement intérieur à vocation culturelle et muséale. Trois candidats ont répondu : la Pinacothèque de Paris, Vinci Concessions et Klébler Rossillon. C’est ce dernier qui a été officiellement choisi le 17 mai dernier ; son projet, présenté ce matin à la presse, était celui qui préservait le mieux les lieux - le patrimoine architectural des XVIIe et XVIIIe siècles, les collections, l’atmosphère aussi - tout en les mettant en valeur.

Gestionnaire et animateur de plusieurs sites patrimoniaux en France, tels que les châteaux de Castelnaud et de Langeais, Kléber Rossillon a créé sa société en 1985, spécialisée dans la sauvegarde du patrimoine : elle s’occupe de la conduite de travaux pour les monuments historiques, les musées et les sites naturels, assurant la restauration et les aménagements extérieurs et intérieurs, la restauration et l’entretien des jardins, la mise en place de politiques culturelles également, sans oublier l’incontournable marketing1
Un bail emphytéotique administratif2 de 53 ans a été signé, justifié par l’ampleur des travaux envisagés qui dureront jusqu’en 20143 ; la Société du Vieux Montmartre, consent donc à un dépôt de ses collections pour une durée équivalente. En contrepartie, un investissement de 12,5 millions d’euros (hors taxes) par la société devrait rendre au musée sa verve d’antan, tandis qu’une redevance annuelle de 15 000 euros sera versée à la Ville de Paris.
L’intégration, dans ce projet, de l’hôtel Demarne (ill. 2), voisin de l’hôtel Rosimond (voir le plan du site, ill. 3), permettra à la fois de sauver ce bel édifice du XVIIIe siècle, qui était en très mauvais état, et de donner plus de place aux collections riches de quelque 6000 peintures, sculptures, photographies, estampes et objets d’art. Le premier étage de l’hôtel accueillera des expositions temporaires, la première sera consacrée à « Renoir et Montmartre ». Parallèlement, le musée proposera régulièrement des expositions dossiers sur la Butte Montmartre et le 18e arrondissement.


2. Hôtel Demarne
Photo : Didier Rykner


3. Plan du site du Musée de Montmartre
et de l’Hôtel Demarne

Une nouvelle muséographie mettra l’accent sur l’histoire de Montmartre, la vie quotidienne, la vie nocturne et les artistes de la Butte. Le premier étage du bâtiment donnant sur la rue Cortot sera restructuré afin de donner plus de place aux collections qui se déploieront dans quatorze salles. La surface d’exposition actuelle de 280 m2 sera doublée, des œuvres importantes seront sorties des réserves, notamment les plaques originales du théâtre d’ombres du Chat Noir, un reportage photographique sur Montmartre commandé en 1886, des affiches, la Place Pigalle en 1910 de Maurice Utrillo, tandis qu’un thème sera mis en valeur : Montmartre et le cinéma, et une place particulière sera faite à la chanson française (beaucoup de documents sont conservés sur ce sujet).
Un soin particulier sera donné à l’aménagement des jardins d’après les toiles de Renoir, prestigieux locataire des lieux, tout comme Valadon et Utrillo. Cependant, le projet d’installer une balançoire en référence au célèbre tableau de l’artiste ne semble pas indispensable, de même qu’un futur salon de thé inspiré du Moulin de la Galette peut être risqué. Espérons que la sobriété sera de mise.
Enfin une librairie-boutique, une salle pédagogique et une salle de projection compléteront l’ensemble, le but étant de multiplier par cinq la fréquentation, et de la faire passer ainsi de 40 000 à 200 000 visiteurs par an. L’association du Vieux Montmartre, quant à elle, gardera ses bureaux au sein du musée et ses bénévoles participeront au rayonnement de l’institution.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 27 juin 2011


Notes

1. Kléber Rossillon est par ailleurs président de la Fédération Patrimoine-Environnement, déclarée d’utilité publique, qui regroupe les associations loi 1901 consacrées à la défense du patrimoine. Cette fédération fait partie du G8, nom donné à la réunion des huit associations de sauvegarde du patrimoine reconnue d’utilité publique.

2. Le bail emphytéotique administratif est un type de bail de longue durée destiné à permettre à une collectivité territoriale propriétaire d’un bien immobilier de le louer à un tiers qui pourra y construire un ouvrage et l’utiliser pendant la durée de ce bail, compris entre 12 et 99 ans, sans devoir assumer le coût financier du terrain.

3. Le musée ne sera cependant fermé au public que pendant les quatre mois précédant sa réouverture.



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