
1. William Bouguereau
La Bohémienne, 1890
Etats-Unis, collection privée
(naguère à Minneapolis, Institute of Arts)
30/4/04 – Acquisition... et vente – Minneapolis, Institute of Arts – Le Minneapolis Institute of Arts avait acquis en 1974 pour 3500 $ l’une des plus significatives images de Bouguereau (1825-1905), la Bohémienne (ill. 1) [1], une jeune musicienne triste devant les quais de Paris. La cote de l’artiste était alors au plus bas.
En décembre dernier, les Trustees du musée ont choisi de vendre cette toile, gardée dans les réserves depuis dix ans, dans le but d’acheter un tableau jugé beaucoup plus important par le conservateur Patrick Noon [2], Battledore (ill. 2) [3] peint en 1868 par l’artiste préraphaélite Albert Moore (1841-1893). Cette représentation d’une jeune grecque s’apprêtant au jeu du volant est pourtant une vision de l’Antiquité tout aussi compassée et surannée que la représentation d’une mendiante par Bouguereau. Patrick Noon a ajouté que les tableaux victoriens étaient rares aux Etats-Unis [4] et que l’Institute of Arts possédait une autre toile de Bouguereau, plus remarquable, la Tentation.

2. Albert Moore
Battledore, 1868
Collection privée
En cours d’achat par le
Minneapolis, Institute of Arts
Cette initiative a cependant suscité de nombreuses protestations, notamment dans la presse locale, certains critiques pensant au contraire que les deux tableaux se complétaient. Fred Ross qui défend l’art académique français [5] a déclaré qu’il s’agissait d’une décision désastreuse et préjudiciable aux collections américaines. Il a tenté de faire annuler la vente, de lancer une souscription pour acquérir le Moore sans se désaisir de la Bohémienne [6], et fait observer ironiquement que le musée possédait aussi cinq Monet et n’avait pas pour autant l’intention de se défaire de l’un d’eux.
Passée en vente chez Christie’s à New York le 22 avril dernier, la toile a été acquise par un collectionneur américain et obtenu moins que l’estimation basse [7], preuve s’il en est que les acheteurs ne sont jamais très enclins à enchérir sur une œuvre qu’un musée ne juge plus digne de ses collections.
