Les interrogations sur l’emplacement du Musée de l’Histoire de France [1] devraient cesser définitivement dimanche. Le président de la République, en déplacement à Lascaux, devrait en effet annoncer son installation dans les bâtiments appartenant aux Archives Nationales (ill. 1), situés entre la rue des Francs-Bourgeois, la rue des Archives, la rue des Quatre Fils et la rue Vieille du Temple.
Nous laisserons Nicolas Sarkozy révéler le programme détaillé. On peut cependant en dessiner les grandes lignes à partir de ce qui est connu de l’avenir des Archives.
On sait en effet que celles-ci seront bientôt dispersées sur trois sites : à Paris demeureront les archives antérieures à 1789, celles postérieures à cette date s’installeront à Pierrefitte-sur-Seine dans un édifice en cours de construction, à l’exception des archives contemporaines qui resteront à Fontainebleau. Ce grand projet va ainsi libérer de nombreux espaces de stockage, notamment au rez-de-chaussée des grands dépôts Napoléon III qui longent les rues des Quatre Fils et des Archives (ill. 2) et dans différents autres bâtiments. Aux espaces nouveaux gagnés sur les magasins s’ajoutent notamment l’Hôtel de Soubise (ill. 1), déjà le siège d’un musée de l’Histoire de France et riche de nombreux décors, ainsi que l’Hôtel de Rohan-Strasbourg (ill. 3) qui pour l’instant est entièrement fermé au public.
Ce devrait être dans tous ces espaces que pourront s’installer les salles d’exposition. On sait déjà que des collections permanentes retraceront les grandes lignes de l’histoire de France et que des expositions temporaires seront organisées.
On ne voit que des avantages à cette décision. L’accessibilité de cet ensemble historique n’avait cessé de se rétrécir comme peau de chagrin au fil des années. Il n’est plus possible en effet aujourd’hui d’accéder aux jardins intérieurs, ni à la cour de l’Hôtel de Rohan-Strasbourg (ill. 4) et encore moins à celle qui abrite les Chevaux de soleil (ill. 5), ce chef-d’œuvre de la sculpture française dû à Robert Le Lorrain et qui se trouve dans une cour adjacente. Il n’a jamais été possible dans notre souvenir de voir la cour de Guise qui se trouve entre l’Hôtel de Soubise et les bâtiments du XIXe siècle. Il faut souhaiter - le contraire serait incompréhensible - que le public puisse à nouveau découvrir librement tous ces lieux.

5. Robert Le Lorrain
Les chevaux du Soleil
Cour des écuries et des remises de l’Hôtel de Rohan-Strasbourg
Archives nationales
Photo : Alexandra Ellwood

6. Hôtels donnant sur la rue des Francs-Bourgeois
et appartenant aux Archives Nationales
De gauche à droite : Hôtel d’Assy, Hôtel de Breteuil,
Hôtel de Fontenay et l’Hôtel de Jaucourt
Photo : Didier Rykner
Autre conséquence probable : quatre hôtels particuliers du XVIIIe siècle bordant la rue des Francs-Bourgeois [2] (ill. 6) sur lesquels Bercy lorgnait déjà pour les vendre devraient ainsi - du moins on l’espère - être sauvés de l’encan.
Enfin, ce projet devrait sans doute faciliter l’installation au rez-de-chaussée de l’Hôtel de Rohan-Strasbourg des décors de l’ancienne Chancellerie d’Orléans, en caisse depuis presque un siècle [3].
L’idée d’installer ce Musée de l’Histoire de France dans l’Hôtel de la Marine fait ainsi long-feu. Il n’est d’ailleurs pas du tout certain qu’il s’agissait d’une bonne solution car elle aurait sans doute contribué à dénaturer ce monument, beaucoup plus contraignant et moins pratique pour l’aménagement d’un tel programme que les différents bâtiments des Archives. Fontainebleau, également envisagé, était certainement trop difficile d’accès à partir de la capitale, l’Hôtel des Invalides ne laissait pas suffisamment de place et Vincennes était une très mauvaise solution car il aurait fallu construire un nouveau bâtiment, engendrant des coûts trop importants et risquant de dénaturer ce monument historique. La construction du musée sur l’Ile Seguin, dont il était aussi question, aurait été beaucoup trop chère et sans lien avec l’Histoire.
Nous applaudissons donc sans réserve à cette décision qui minimisera le coût de l’opération tout en donnant une affectation pérenne à un ensemble monumental de premier plan [4]. Deux bonnes nouvelles concernant le patrimoine en l’espace de deux jours, après le plan musées révélé hier par Frédéric Mitterrand (voir l’article) : en ces temps si difficiles pour la culture, la chose n’est pas si fréquente.




