Il y a un peu plus de deux ans, nous publiions un article consacré au Musée Calvet où nous soulignions les progrès que cet établissement, qui revenait de loin après une fermeture de plusieurs années, avait fait vers une ouverture complète de ses espaces d’exposition. Il y a quelques semaines, de nouvelles salles consacrées aux œuvres du XXe siècle ont été inaugurées après des travaux, permettant d’ouvrir ainsi un lieu qui n’était plus accessible à la visite depuis longtemps.
La muséographie en est à la fois simple et raffinée grâce à une couleur de mur qui met particulièrement bien en valeur la collection (ill. 1). Celle-ci commence au tournant du siècle, avec un tableau de Georges Desvallières datant de 1903, La mère de l’artiste, qui n’est pas sans rappeler, par le sujet mais aussi par la pose de profil assis, le célèbre tableau de Whistler du Musée d’Orsay. Deux belles sculptures se trouvent aussi au début du parcours, un Buste de Paul en jeune romain, bronze de Camille Claudel et un profil en marbre, très inspiré de la Renaissance italienne, du sculpteur marseillais Paul Gonzales (ill. 2). On peut voir plusieurs tableaux de Chaïm Soutine, une toile de Pierre Bonnard, Jour d’hiver, déposée par Orsay, des artistes locaux, moins connus mais représentés par des œuvres de belle qualité (Marius Roux-Renard, Louis-Agricol Montagné…) [1].

3. Musée Calvet
Nouvelles salles d’art moderne
Tableaux d’Albert Gleizes
(à gauche : Composition blanche, 1945 ;
à droite : La mère et l’enfant, 1920)
Photo : Didier Rykner
Le visiteur appréciera particulièrement un remarquable ensemble de tableaux d’Albert Gleizes (ill. 3 et 4), réuni grâce à un don de son épouse (celui visible à droite sur l’illustration 3, a été acquis en 1985 par la Fondation Calvet). D’autres œuvres plus tardives sortent du champ chronologique de La Tribune de l’Art (Gérard Fromanger, Joe Drowning…).

4. Albert Gleizes (1881-1953)
Maternité, 1934
Huile sur toile
Avignon, Musée Calvet
Photo : Didier Rykner

5. Charles-Louis Müller (1815-1892)
Etude pour L’Appel des derniers
condamnés sous la Terreur, 1850
Huile sur toile
Avignon, Musée Calvet
Photo : Didier Rykner

6. Melchior Doze (1827-1913)
La charité de sainte Elisabeth de Hongrie
Huile sur toile
Avignon, Musée Calvet
Phot : Musée Calvet
Cette nouvelle présentation a permis de regrouper dans ces salles des tableaux autrefois conservés au premier étage. Par un système de vases communicants, des toiles du XIXe siècle qui n’avaient pas été montrées depuis très longtemps ont ainsi pu sortir des réserves, être restaurées, et réaccrochées. Parmi ces œuvres à découvrir, signalons une belle tête d’étude de Charles-Louis Muller, préparatoire à son fameux tableau de L’Appel des derniers condamnés sous la Terreur (ill. 5) ; un très joli Melchior Doze, peintre essentiellement religieux, natif d’Uzès et ayant beaucoup travaillé à Nîmes (ill. 6) ; une Vue des thermes de Cluny attribuée à Louis Daguerre, accrochée à côté d’un tableau d’Auguste de Forbin, déposé par le Musée de Rennes en 2008 ; un tableau à l’iconographie rare : Le rêve de Cendrillon par Eugène Le Poittevin ou encore un nu académique de Paul Baudry.
La prochaine étape de la reconquête des espaces d’exposition est actuellement en cours : il s’agit de restaurer trois pièces de l’Hôtel de Villeneuve Martignan [2] ayant conservé leur décor de boiseries du XVIIIe siècle dû au sculpteur Pierre Bondon, Le Grand Salon (ill. 7) ou Salon de compagnie, le salon de Musique (ill. 8) et la bibliothèque. Elles abriteront la collection égyptienne du musée et leur réouverture est prévue en juin de l’année prochaine.

7. Pierre Bondon (1716-1782)
Boiseries du Grand Salon
Avignon, Hôtel de Villeneuve Martignan
(Musée Calvet)
Photo : Didier Rykner

8. Pierre Bondon (1716-1782)
Boiseries du Salon de Musique
Avignon, Hôtel de Villeneuve Martignan
(Musée Calvet)
Photo : Didier Rykner
Tous ces travaux, les nouvelles salles modernes, la restauration des pièces conservant un décor ancien et leur aménagement muséographique, bénéficient d’un budget total d’un million d’euros, financé par la ville d’Avignon et la Fondation Calvet. La prochaine étape, qui n’est pas encore financée, consistera à aménager les salles d’expositions temporaires. Puis, espérons-le, d’agrandir les espaces dédiés aux collections permanentes par la réhabilitation et l’ouverture de l’Hôtel Montlaur qui jouxte le musée (ill. 9) et qui lui appartient déjà.
Signalons enfin, outre la restauration de la grille d’entrée du musée, dit « portail Biret » du nom de son auteur Noël Biret, qui l’a forgée en 1888 (ill. 10), les nouveaux aménagements du Musée Lapidaire, annexe du Musée Calvet qui se trouve dans l’ancienne église des Jésuites (ill. 11). Les collections égyptiennes y sont actuellement présentées, avant d’être rapatriées dans les salons XVIIIe, ce qui permettra de mieux présenter la collection médiévale.
Les chapelles latérales ont été remodelées avec l’installation d’un fonds rouge (ill. 12). Celui-ci met les sculptures mieux en valeur, mais il a le défaut, en réduisant l’espace, de fausser légèrement la vision de l’architecture de l’église. Il est envisagé par ailleurs d’exposer dans l’église, après restauration, certains tableaux de grand format qui ne peuvent être présentés à l’intérieur du musée.

11. Façade de l’ancienne église des Jésuites
Musée lapidaire, annexe du Musée Calvet
Photo : Didier Rykner
Le musée Calvet poursuit donc, lentement mais sûrement, les travaux et les restaurations qui lui permettront à terme de montrer de manière très complète ses collection permanentes et d’organiser les grandes expositions dont il rêve. Si l’objectif d’une réouverture complète en 2011, qui était celui avoué il y a deux ans, ne sera pas tenu [3], la volonté dont témoigne l’équipe en charge du musée de privilégier le cœur de leur métier plutôt que les événements éphémères mérite toutes les louanges à l’heure où d’autres établissements (dont un n’est pas loin d’Avignon) choisissent une voie complètement inverse.





