Le musée belge de la Famenne acquiert une sculpture du maître de Waha


JPEG - 141.2 ko
Maître de Waha
(première moitié du XVIe siècle)
Saint Corneille (?)
Bois - 70 cm
Marche-en-Famenne, Musée de la Famenne
Photo : Musée de la Famenne
Voir l'image dans sa page

6/6/17 - Acquisition - Marche-en-Famenne, Musée de la Famenne - Artiste anonyme, le Maître du calvaire de Waha doit son nom à un groupe sculpté conservé dans l’église Saint-Étienne de la ville de Waha, en Wallonie. À partir de cette œuvre, un corpus de statues religieuses en bois aux caractéristiques stylistiques similaires a pu être constitué. Elles sont ainsi plus de trente à être attribuées à cet artiste du gothique tardif, actif dans la première moitié du XVIe siècle à Marche-en-Famenne et dans ses environs. C’est autour de cette ville que l’on trouve en effet les sculptures qui lui sont attribuées, Waha se trouvant à quelques kilomètres.

L’une d’entre elles vient d’être acquise par le Musée de la Famenne, auprès d’un antiquaire de Bruges. Elle représenterait saint Corneille de Civitavecchia. On retrouve les différentes caractéristiques des sculptures attribuées au Maître de Waha : un corps élancé, animé par une jambe qui avance, des épaules tombantes, de grandes mains peu modelées, un visage expressif et asymétrique marqué par un long nez, la tête penchée sur le côté. Les personnages de l’artiste ont tous un aspect - faussement ? - naïf, presque caricatural, et des expressions très variées. Saint Corneille se distingue néanmoins par son sourire particulièrement marqué, la bouche entrouverte.
Une exposition consacrée en 2000 au maître avait permis de mettre en valeur ce corpus d’œuvres1

Saint Corneille fut le vingt-et-unième pape, il mourut vers 253. Il s’opposa au schisme provoqué par l’antipape Novatien désireux d’exclure de l’Église les chrétiens qui n’avaient pas eu le courage d’affronter le martyre et qui avaient renié leur foi. Si on implorait son intercession contre le mal des ardents, on l’invoquait aussi pour la protection du bétail à corne et c’est pour cette raison qu’il est le plus souvent représenté une corne dans la main ou accompagné d’un taureau.
Or, il est ici doté d’une gerbe de blé à ses pieds. On aurait pu y voir un lien avec l’ergotisme (ou mal des ardents), mais le lien entre le seigle et cette maladie fut découvert plus tard. Le directeur du musée, Monsieur Thibault Cassart, justifie l’identification de ce personnage à Corneille en signalant que dès le XIIe siècle, les pèlerins qui se rendaient dans les abbayes patronnées par le saint à Kornelimünster (Aix-la-Chapelle) et à Ninove (Belgique), offraient du blé dans l’espoir de guérir des convulsions dont ils souffraient. Monsieur Cassart poursuit en ajoutant que saint Corneille était fêté le 14 ou le 16 septembre - c’est à dire au moment où se terminent les moissons – et qu’à Raalte, aux Pays-Bas, il est l’objet depuis le XIe siècle d’une procession consistant en un dépôt des plus belles gerbes sur son autel.

Une autre sculpture de saint Corneille réalisée au XVIe siècle le représente ainsi, une gerbe de blé à ses pieds. Elle est d’ailleurs très similaire à celle que vient d’acquérir le Musée de la Famenne. Cette œuvre est due au maître du calvaire de Lesve, un artiste lui aussi anonyme qui, comme le signale le professeur Michel Lefftz, a influencé le Maître de Waha. Les œuvres qui sont attribuées à ce deuxième sculpteur sont réparties autour de Dinant, cité mosane. Il s’est très probablement formé dans un atelier brabançon ou dans un atelier mosan influencé par le style brabançon.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mardi 6 juin 2017


Notes

1« Le maître du calvaire de Waha » exposition organisée par le Musée des Francs et de la Famenne de Marche-en-Famenne du 1er juin au 31 août 2000.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Belle réussite du Festival de l’histoire de l’art

Article suivant dans Brèves : Publication d’un livre sur Quentin Varin par le Musée des Beaux-Arts de Rennes