Le mobilier XVIIIe de l’église de Crasville, dans la Manche


C’est hélas un constat que l’on peut faire régulièrement : non seulement les guides, qu’ils soient verts ou bleus, sont d’une pauvreté affligeante dès qu’il s’agit de décrire un édifice religieux, mais cette pauvreté va en s’aggravant, leur épaisseur diminuant au fil des rééditions et les illustrations gagnant du terrain aux dépends des informations. Même en Italie, l’extraordinaire guide rouge du Touring Club, extraordinairement riche, n’est plus édité sauf peut-être pour les grandes villes.


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1. Église Sainte-Colombe
Crasville, Manche
Photo : Didier Rykner
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2. Église Sainte-Colombe
Nef unique
Crasville, Manche
Photo : Didier Rykner

Les églises françaises recèlent souvent des trésors que l’on ne va pas voir faute de savoir qu’ils existent. C’est pour cette raison que nous avons créé la base de données Stella à laquelle nous avons donné, depuis quelques semaines, une nouvelle impulsion (plus de 500 objets nouveaux ont été entrés, et beaucoup plus de photos encore ont été ajoutées, et nous continuons désormais à le faire tous les jours). Cette rubrique Itinéraires, réservée comme la base de données, aux abonnés, permettra également de publier le mobilier de certaines églises et inciter ainsi nos lecteurs à les visiter.


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3. François-Nicolas Mauperin (?-1806)
Adoration des Mages, 1772
Huile sur toile - 256 x 160 cm
Crasville, église Sainte-Colombe
Photo : Didier Rykner
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4. Chœur de l’église Sainte-Colombe
Photo : Didier Rykner

L’église Sainte-Colombe de Crasville (ill. 1 et 2), dans le Cotentin, non loin de Valognes et de Saint-Vaast-la-Hougue, n’est pas très spectaculaire même si sa construction remonte au XIIe siècle (elle fut semble-t-il largement reconstruite au XVIIe). On ne s’attend donc pas à y trouver un aussi riche mobilier, d’une telle qualité même s’il s’agit d’une production en grande partie locale. La récente exposition du Musée de Normandie à Caen Beauté divine ! Tableaux des églises bas-normandes 16e-20e siècles (voir la recension) montrait le tableau du maître-autel (ill. 3), seule œuvre de cet ensemble réalisée par un maître parisien, peu connu mais membre de l’Académie de Saint-Luc : François-Nicolas Mauperin. Comme l’explique dans le catalogue Emmanuel Luis, l’artiste exposa régulièrement au Salon entre 1774 et 1801. Il fut à la fois portraitiste et auteur de nombreuses peintures religieuses pour des églises de province, un peu dans toute la France, notamment en Picardie. La peinture de Crasville porte la date de 1772.
Les deux sculptures de ce même maître-autel, en terre cuite polychrome, sont d’un autre sculpteur, anonyme, tandis que celle-de l’autel secondaire de droite, une Vierge à l’enfant en pierre polychrome (la polychromie semble moderne) date du XIVe siècle.


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Guillaume Godefroy (actif vers 1770)
Maître-autel
Crasville, église Sainte-Colombe
Photo : Didier Rykner
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6. Guillaume Godefroy (actif vers 1770)
Retable sculpté
Crasville, église Sainte-Colombe
Photo : Didier Rykner

Mais la partie la plus originale du mobilier est due à une commande que le curé de Crasville entre 1750 et 1777, Georges-Richard Le Gallois, passa au maître-huchier, menuisier et sculpteur Guillaume Godefroy, originaire de la ville proche de Morsalines. L’ensemble possède ainsi une belle unité. Il se compose de deux confessionnaux qui se trouvent au début de la nef, de la chaire à prêcher1, des deux autels latéraux, peints avec un décor ravissant de feuillages, de fleurs et d’oiseaux (ill. 5), qui portent chacun une sculpture - Sainte Catherine d’Alexandrie à gauche et la Vierge à l’enfant du XIVe à droite, d’une poutre de gloire avec son Christ (une disposition très fréquente dans les églises de la région - ill. 2), mais surtout de l’ensemble du chœur abondamment sculpté (ill. 6), composé du maître-autel, du tabernacle (ill. 7) et de boiseries, .


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7. Guillaume Godefroy (actif vers 1770)
Tabernacle
Crasville, église Sainte-Colombe
Photo : Didier Rykner
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8. Guillaume Godefroy (actif vers 1770)
Instruments de musique
Crasville, église Sainte-Colombe
Photo : Didier Rykner

Les deux portes menant à la sacristie derrière le chœur sont également fort belles et les panneaux en retour ornés de reliefs d’esprit rococo représentant des instruments de musique (ill. 8). Il faut ajouter à cet ensemble le beau lutrin (ill. 9) et l’ensemble du décor latéral en bois sculpté et peint à la manière d’un faux marbre (ill. 10), orné à droite d’une console. Nous n’avons pu entrer dans la sacristie qui conserve également un chasublier et deux armoires aux vases sacrés de cet artiste.


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9. Guillaume Godefroy (actif vers 1770)
Lutrin
Crasville, église Sainte-Colombe
Photo : Didier Rykner
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Guillaume Godefroy (actif vers 1770)
Boiseries du chœur
Crasville, église Sainte-Colombe
Photo : Didier Rykner

On ne sait rien de Guillaume Godefroy, sinon qu’il réalisa (on en trouve mention dans la base Palissy) la chaire à prêcher de l’église de Barfleur, la statue de Sainte-Colombe de l’église de Chef-du-Pont et le chasublier de l’église de Morsalines. Il semble n’avoir eu qu’une production locale, toutes ces œuvres se trouvant dans la même partie de la Manche. Il convient cependant de rester prudent, l’artiste n’ayant semble-t-il fait l’objet d’aucune étude approfondie.


Didier Rykner, mardi 16 août 2016


Notes

1On trouvera l’intégralité des reproductions du mobilier dans la base Stella.





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