Le Mexique au Louvre. Chefs-d’œuvre de la Nouvelle Espagne, XVIIe et XVIIIe siècles


Paris, Musée du Louvre, du 7 mars au 3 juin 2013.

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1. Sebastián López de Arteaga (1610-1652)
La Stigmatisation de saint François, 1650
Huile sur toile - 241,5 x 166 cm
Mexico, Musée de la Basilique de Guadalupe
Photo : Alberto Rios Legorreta

Parmi les actions positives d’Henri Loyrette à la tête du Louvre, on trouve indiscutablement sa volonté d’étendre les collections de peinture et de sculpture à des territoires jusqu’ici peu explorés par le Louvre. Ce fut, notamment, le cas avec la peinture américaine, c’est aujourd’hui celui de l’art mexicain, sans oublier récemment la très belle découverte des œuvres du sculpteur ukrainien Pinsel.

Mais la peinture mexicaine est-elle de qualité « Louvre » ? Malgré l’intérêt que présente le baroque colonial d’Amérique Centrale et d’Amérique du Sud, on rencontre souvent des œuvres pleines de charmes mais un peu trop naïves et frustes pour mériter les cimaises des grands musées des beaux-arts. Même ceux du Texas que nous avons visités récemment (le Texas ayant longtemps fait partie de la Nouvelle Espagne, avec le Mexique, jusqu’à son indépendance) n’ont en général pas d’œuvres majeures.
C’est pour cela que la découverte des quelques peintures réunies dans les salles du Louvre constitue incontestablement une heureuse surprise. Peu d’œuvres, mais de qualité, certaines pouvant même être qualifiées de chefs-d’œuvre.

Les premiers peintres, actifs au XVIIe siècle, étaient souvent originaires d’Espagne où ils s’étaient formés. C’est ainsi que l’on voit ici une Stigmatisation de saint François par Sebastián López de Arteaga (ill. 1), né et formé à Séville, qui s’inspire ici, il est vrai, d’une gravure de Rubens. Dès le XVIe siècle, beaucoup d’ateliers travaillèrent en Espagne pour l’exportation. Les peintres flamands trouvèrent aussi, avec la Nouvelle Espagne, un débouché presque inépuisable : l’excellent essai de Jonathan Brown dans le catalogue explique qu’entre 1623 et 1648, pas moins de 6000 œuvres furent envoyées d’Anvers en Amérique, en passant par Séville. Beaucoup étaient des tableaux sans grand intérêt, mais quelques peintres plus importants, tel Martin de Vos, exportèrent également des œuvres dont on retrouve quelques exemples aujourd’hui au Mexique.


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2. Cristóbal de Villalpando (vers 1649-1714)
La Lactation de saint Dominique, 1685-1695
Huile sur toile - 361 x 481 cm
Mexico, église de Saint-Dominique
Photo : D. R.

Mais l’exposition s’intéresse surtout aux peintres actifs au Mexique. Et le premier artiste original et de réelle envergure, si l’on en croit le catalogue mais aussi ce que l’on voit au Louvre, est bien Cristóbal de Villalpando. Lui aussi fut influencé par Rubens qu’il devait connaître par la gravure, mais son art est profondément original. Il aime les compositions complexes aux personnages innombrables, et aux couleurs saturées. Ses plus grandes toiles, comme celles de la cathédrale de Mexico, ont des tailles gigantesques, jusqu’à plus de neuf mètres de large. Le catalogue en reproduit plusieurs qui n’ont, bien sûr, pas pu faire le déplacement. On admirera par exemple la splendide Apparition de saint Michel.
Au Louvre on peut voir de lui trois tableaux, dont la très belle Lactation de saint Dominique (ill. 2), à l’iconographie complexe et non totalement élucidée, mais aussi un cuivre, Le déluge, prouvant que l’artiste pouvait également travailler dans un petit format.


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3. José Juárez (1617-vers 1662)
L’Apparition de la Vierge et de l’Enfant à saint François
Huile sur toile - 264 x 286 cm
Mexico, Museo Nacional de Arte
Photo : Wikimedia Commons

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4. Mexique (ou Espagne ?), XVIIe siècle
San Felipe de Jesus
Bois polychrome
Mexico, cathédrale
Photo : Musée du Louvre

Sans doute en raison de leur éloignement des principaux centres de la peinture occidentale, les peintures mexicaines, quelles que soient leurs qualités, paraissent souvent un peu retardataires. Villalpando, né vers 1649 et mort en 1714, travaille dans une manière qui en Europe pourrait passer pour exécutées au début du XVIIe siècle. C’est un peu moins le cas (en tout cas si l’on en croit la peinture ici exposée) de José Juárez qui se montre fortement inspiré par Zurbarán (ill. 3), mais au XVIIIe siècle ce constat se confirme avec notamment Miguel Cabrera (Vierge de l’Assomption, collection particulière), que l’on pourrait croire peinte un siècle plus tôt.
Un autre chef-d’œuvre de l’exposition est une sculpture, la seule ici exposée, celle d’un saint mexicain, Felipe de Jesús (ill. 4), anonyme mais digne des meilleurs sculpteurs espagnols comme Juan Martínez Montañés ou Pedro de Mena. Il n’est d’ailleurs pas tout à fait exclus que cette œuvre, conservée dans la cathédrale de Mexico, provienne d’Espagne.

Avec pour objectif de montrer que les peintres mexicains pouvaient se confronter aux espagnols, l’exposition est accrochée au sein même de la section ibérique, ce qui a malheureusement obligé d’enlever quelques peintures des collections permanentes, ce qui est un peu dommage. On peut regretter également un catalogue inégal, les notices des tableaux étant un peu succinctes et surtout privées de bibliographie et d’historique.
Ce n’est pas le cas, en revanche, du très utile inventaire des peintures mexicaines dans les collections publiques françaises rédigé par Guillaume Kientz pour lequel plusieurs œuvres bénéficient d’une notice complète. C’est peu dire que ces peintures sont méconnues, à l’exception peut-être des deux Cristóbal de Villalpando conservés à Paris dans l’église Notre-Dame-de-la-Gare. Ils avaient en effet fait l’objet ici même de deux brèves, l’une pour signaler leur vol, l’autre, fort heureusement, pour se réjouir qu’ils aient été retrouvés.
Un autre artiste représenté dans l’exposition du Louvre a des œuvres dans les musées français, Juan Rodriguez Juárez. On pourra voir de lui, au Musée Goya de Castres un Christ portant sa Croix, et on ne pourra pas voir de lui au Musée Granet d’Aix-en-Provence une Immaculée Conception, conservée dans un garde-meuble comme la plupart des œuvres antérieures au XIXe siècle de ce musée.

Commissaires : Jonathan Browne et Guillaume Kientz.

Collectif, Le Mexique au Louvre. Chefs-d’œuvre de la Nouvelle Espagne, XVIIe et XVIIIe siècles, El Viso, 2013, 136 p., 19 €. ISBN : 9786077612667.


Informations pratiques : Paris, Musée du Louvre. Tél : + 33 (0)1 30 20 53 17. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h à 18 h, nocturnes le mercredi et le vendredi jusqu’à 22 h. Tarif : accès avec le billet d’entrée au musée : 11 €.

Site du Louvre.

English Version


Didier Rykner, mardi 7 mai 2013





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