Le maire de Tours invoque le caractère monument historique... pour un aménagement handicapé


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Entrée du Musée des Beaux-Arts de Tours
Photo : Didier Rykner

6/9/16 - Patrimoine - Tours, Musée des Beaux-Arts - L’accès des personnes handicapées aux monuments historiques est un réel souci. Il faut, dans la mesure du possible, permettre à chacun de les visiter, sans que cela conduise à les vandaliser, ce qui est loin d’être simple. Mais la mésaventure arrivée à un octogénaire tourangeau permet d’éclairer un peu mieux le scandale que constitue la construction prévue d’une nouvelle aile destinée à abriter la collection Cligman.

Ce visiteur est en effet tombé en descendant les marches de l’entrée principale, se faisant une entorse très douloureuse, longue à guérir à son âge. Sa fille a écrit au maire de Tours, Serge Babary, pour lui expliquer que la chute était due à des marches brisées non signalées et à l’absence de rampe. Nous ne discuterons pas ici de la possibilité ou non d’équiper cette entrée d’une rampe, qui pourrait être légère et intégrée correctement pour ne pas nuire à l’harmonie de la façade, ou d’une autre solution plus respectueuse du bâtiment qui pourrait être trouvée (entrée différente en cas de difficulté à monter des marches par exemple, ou aide personnalisée aux personnes handicapées).

Ce qui est en revanche très intéressant, dans cette affaire, ce sont les arguments du maire qui se réfugiait il y a un peu plus d’un an derrière la protection monument historique de l’ancien archevêché pour expliquer, en gros, que beaucoup avait déjà été fait et qu’il était difficile d’aller plus loin. L’argument final était celui-ci : « Mais nous sommes forcés de prendre en compte certaines difficultés d’application imposées par les contraintes du bâti, accentuées par les protections aux Monuments Historiques. » Vous avez donc bien lu : pour mettre en place des aménagements légers d’accessibilité, le maire se réfugie derrière le caractère de monument historique, alors qu’il est prêt à saccager ce même monument (ainsi que le jardin, lui aussi protégé) en laissant construire une énorme verrue qui viendra se greffer sur la façade, uniquement pour accueillir la collection très surestimée de Léon Cligman.
On peut, évidemment, rapprocher cette attitude de celle d’Architectes des Bâtiments de France qui empêchent un particulier de changer la moindre chose sur leur façade ou sur leur toit sous prétexte du code du Patrimoine et sont prêts pourtant à tout céder dès qu’un enjeu politique est dans la balance.

Nous encourageons d’ailleurs toute personne se trouvant dans le périmètre du secteur sauvegardé de Tours qui aurait eu affaire à l’architecte des bâtiments de France pour des points mineurs, à nous envoyer les consignes qu’il leur a imposées. On découvrira certainement des exemples très intéressants de ce deux poids, deux mesures.


Didier Rykner, mardi 6 septembre 2016





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