
Robert-Joseph Auguste (1723-1805)
Paire de terrines, service de George III, 1778-1780
Argent - L. 50 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Sotheby’s
22/12/11 - Acquisition - Paris, Musée du Louvre - Le Louvre vient d’acquérir par l’intermédiaire de Sotheby’s1 une paire de terrines couvertes, avec leur doublure et leur présentoir. Réalisées en argent par Robert-Joseph Auguste en 1778-1780, elles font partie d’un service destiné à Georges III, électeur de Hanovre et roi d’Angleterre. Auguste confia à Claude Aubry et Langlois la confection des couverts et à Antoine Boullier les salières, tandis que Peter Bunsen complétera l’ensemble les années suivantes. Déposé au château de Leineschloss, ce service fut emporté en Autriche lorsque les relations avec la Prusse se détériorèrent, puis finalement vendu dans les années 1920 ; une partie fut alors acquise par la famille de Rothschild et l’autre par Louis Cartier. Les deux terrines se trouvaient dans le lot Cartier mis en vente en 1979 et passèrent alors dans la collection d’Alexandre Reza, gemmologue et joaillier, où elles restèrent jusqu’à ce jour. Les œuvres ayant appartenu aux Rothschild se trouvent désormais à Waddesdon Manor et au Louvre qui possède déjà trente-cinq pièces du service de Georges III2, notamment des assiettes, des plats, des huiliers, moutardiers, chandeliers, pots à oille, rafraichissoirs …
L’ensemble forme un tout cohérent et harmonieux ; les trois pots à oille par exemple sont très proches des deux terrines : tous les cinq sont dotés d’anses formées d’un couple de putti enlacés, qui viennent assouplir le vocabulaire néoclassique du décor. Tous ont un plateau orné de cannelures et bordé d’un tore de lauriers ; au centre, une terrasse est soulignée de perles ; autant de motifs que l’on retrouve aussi sur les moutardiers et les huiliers.
Le modèle de ces deux pièces n’était pas inédit, l’orfèvre l’avait conçu pour des terrines créées en 1775 et offertes au roi de Suède ; leur décor comporte malgré tout quelques variantes par rapport à celui-ci. Il servit également pour des services de Catherine II de Russie (musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg) ou du comte de Creutz (collections royales suédoises).
Plus généralement, le motif des amours en guise d’anse est récurrent dans l’œuvre d’Auguste ; en témoigne un dessin des Arts décoratifs pour une saucière encore marquée par le goût rocaille. Le couvercle à godrons couronné de feuilles d’où émerge la prise en forme de pomme de pin se retrouve ailleurs lui aussi, dans le service dit de Moscou (1782-1783) notamment. Enfin, le plateau plat à ressaut central godronné revient souvent dans la production de l’artiste.
Robert-Joseph Auguste fut reçu maître en 1757 et nommé orfèvre ordinaire du roi en 1777 ; il travailla aussi pour toutes les cours européennes, à Stockholm, Saint-Pétersbourg, Lisbonne. Il fut logé aux galeries du Louvre en 1784, et céda son commerce à son fils Henry l’année suivante. Ce sont ses pièces d’orfèvrerie que l’on connaît le mieux3 et qui montrent l’abandon du rocaille et l’engouement pour le néoclassique. Une table sera dressée au Louvre pour mettre en valeur le service de Georges III dans les salles de mobilier XVIIIe dont la réouverture est prévue pour 2013.
