Le Portrait de Madame Brunet par Manet acquis par le Getty


Edouard Manet (1832-1883)
Portrait de Madame Brunet, 1860-1863
Huile sur toile - 132 x 99 cm
Los Angeles, The J. Paul Getty Museum
Photo : The J. Paul Getty Museum

2/12/11 - Acquisition - Los Angeles, J. Paul Getty Museum - Il est encore possible d’acquérir un Manet, le Getty Museum vient de le prouver en annonçant l’achat du Portrait de Madame Brunet ou Jeune Dame en 1860 (ill.) qui appartenait à un collectionneur privé.
Le tableau fit un temps partie de la fameuse collection de Joan Whitney Payson, qui possédait en outre les Iris de Van Gogh (1889) eux aussi exposés au Getty, depuis une vingtaine d’années maintenant. Figurant probablement l’épouse du sculpteur Eugène Brunet, l’œuvre sera exposée à partir du 13 décembre au musée où elle rejoindra La Rue Mosnier aux drapeaux peinte par l’artiste en 1878. Réalisée en 1860-1863, elle permet d’évoquer la première période de Manet, au cours de laquelle il peignit le Déjeuner sur l’herbe.
La jeune femme ne semble pas fixer le spectateur, mais une chimère ou le fil d’une pensée. Le visage empreint d’une douceur mélancolique, elle semblait sur le point d’enfiler son gant avant d’interrompre son geste. Le noir de sa tenue annonce le très beau portrait de Berthe Morisot au bouquet de violettes que le peintre réalisera en 1872 ; mais alors que le visage de Berthe est modelé par une lumière latérale, celui de Madame Brunet est brutalement révélé par un éclairage homogène, à peine nuancé par une tache d’ombre sur la joue droite. Manet opte pour une peinture franche, des contours nets et des contrastes de lumière assez durs, sans effets de dégradés, et poste son personnage devant un paysage sans vraiment l’y intégrer.
Il semble s’inspirer des compositions de Velázquez, par exemple le portrait du cardinal-infant Fernand d’Autriche ou celui de Philippe IV, présentant des figures en pied, devant un paysage, avec un arbre au second plan. Il faut signaler que Manet a coupé le bas de son tableau en 1867, le transformant en portrait de trois-quarts.
Après celui-ci, il réalisa plusieurs séries de portraits féminins, diversifiant les formules, d’abord les « dames sur canapé », puis l’éblouissante série de portraits au pastel entre 1879 et 1882. Quant à Madame Brunet, le journaliste, critique d’art et ami du peintre qu’était Théodore Duret raconta qu’elle fondit en larmes lorsqu’elle découvrit son portrait…


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, vendredi 2 décembre 2011



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