
Girolamo Romanino (vers 1485-1560)
Le Christ portant sa croix, 1542
Huile sur toile - 81 x 72 cm
Collection privée
Photo : D. R.
9/2/12 - Restitution - Milan, Pinacoteca di Brera - Entre mars et juin 1942, la collection de tableaux de Federico Gentili di Giuseppe, décédé en 1940, était dispersée aux enchères à Paris contre le gré de sa famille qui avait fui les persécutions nazies. Les documents relatifs à ces ventes permettent de bien connaître les tableaux ainsi spoliés, et le Louvre, notamment, fut condamné en 1999 par la justice à restituer cinq œuvres qui y étaient déposées en tant que MNR. D’autres peintures provenant de cette collection sont depuis retournées à leurs légitimes propriétaires1.
Depuis douze ans, les héritiers demandaient en vain à la Pinacothèque de Brera à Milan la restitution de deux tableaux : l’un par Bernardo Zenale, et un second, plus important, Le Christ portant sa croix par Girolamo Romanino.
Apprenant que cette dernière toile était prêtée pour une exposition au Mary Brogan Museum of Art and Science, à Tallahassee en Floride, et qu’à cette occasion aucune des formalités nécessaires pour le rendre insaisissable n’avait été remplie, l’avocate Corinne Hershkovitch, qui défend les intérêts de la famille, a contacté les autorités américaines en leur fournissant les preuves de son appartenance à la collection Gentile di Giuseppe. La agents fédéraux ont donc procédé à la saisie du tableau qui sera rendu aux héritiers.
L’œuvre avait été acquise en 1998 par la Brera alors que son historique et son ancienne appartenance à la collection Federico Gentili di Giuseppe était parfaitement établie.
Il s’agit d’un chef-d’œuvre par un peintre, originaire de Brescia, au croisement des deux écoles lombardes et vénitiennes2. Le Christ portant sa croix, dont il faut admirer l’admirable tunique, évoque sans conteste l’art de Titien, auquel l’on compare souvent, parfois abusivement, Romanino.
Il est regrettable que l’Italie, si prompte à juste titre à demander aux musées étrangers, en particulier américains, la restitution des œuvres archéologiques pillées sur son territoire, refuse systématiquement de rendre les biens spoliés aux Juifs pendant la guerre. Elle invoque une loi qui l’interdirait. Rien, pourtant, ne l’empêche de la modifier.
