Le Génie dans l’art. Anthologie des écrits esthétiques et critiques de Gabriel Séailles


Auteurs : Gabriel Séailles, et collectif sous la direction de Sarah Linford et Michela Passini

Il y a longtemps que la figure de Gabriel Séailles (1852-1922) est tombée dans un oubli assez complet. Depuis les années 30 du XXe siècle, aucun de ses nombreux ouvrages n’a été réédité1, aucune étude quelque peu exclusive ne lui a été consacrée. Dignité universitaire, publications nombreuses et renommées, engagement social et politique de premier plan, il fut pourtant un personnage important du champ intellectuel entre 1880 et 1920, et fait partie de ceux pour lesquels la notion d’intellectuel fut créée. Il s’engagea avec Zola pour soutenir Dreyfus dès le début de 1898, l’année où il fut, malgré la concurrence de Bergson, nommé à la chaire d’Histoire de la philosophie de la Sorbonne. Il y était maître de conférences depuis 1886. Normalien, agrégé de philosophie en 1875, il avait migré de lycée en lycée, provinciaux puis parisiens, avant de soutenir, en 1883, sa thèse intitulée Essai sur le génie dans l’art. Ses recherches, durant ces années préparatoires, n’avaient pas seulement servi à la rédaction de l’opus universitaire, mais aussi à publier de nombreux articles d’esthétique, le plus souvent dans la Revue philosophique. Les années qui suivirent furent surtout marquées par des monographies dont les plus importantes, présentées comme « biographies psychologiques », sont consacrées à Léonard de Vinci, Ernest Renan et Eugène Carrière. C’est après l’engagement dreyfusard que les questions sociales et politiques devinrent dominantes dans ses publications, même s’il faut évoquer en 1905 son importante étude sur le néo-criticisme en général, à travers la figure particulière de Charles Renouvier. Parmi ces faits et travaux, seule son Histoire de la philosophie, ouvrage à finalité scolaire paru en 1887 avec son maître et ami Paul Janet, valait jusqu’ici à Séailles de réapparaître çà et là, sur les étals des bouquinistes.

La publication d’une anthologie de ses écrits esthétiques et critiques vient heureusement raviver sa figure, tout au moins dans son activité de philosophe de l’art, qui est l’essentiel. Ces textes sont réunis par Sarah Linford et Michela Passini sous le titre Le Génie dans l’art et les éditions Kimé ont le mérite d’avoir permis cette entreprise. L’anthologie s’ouvre avec la belle oraison prononcée par Victor Basch pour son ami en 1922. Les deux hommes étaient devenus proches lors de l’affaire Dreyfus et avaient contribué, au même moment, à la fondation de la Ligue des Droits de l’homme. Basch, qui avait consacré sa thèse à une lecture critique de l’esthétique kantienne2, était fort bien placé pour évoquer la figure intellectuelle et morale de son ami. Lui confier la préface de cette anthologie est une heureuse idée. L’ouvrage fait ensuite apparaître Séailles sous six aspects : le philosophe, l’historien d’art, le biographe, le critique, l’humaniste et le mécène. Chacune de ces six sections propose quelques pages significatives d’une œuvre de Séailles, introduites par un ou une spécialiste de la question qui cherche moins, le plus…

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