Le Portrait des enfants Dedreux de Géricault n’a pas été préempté par le Louvre


1. Théodore Géricault (1791-1824)
Portrait d’Alfred et Elisabeth Dedreux, vers 1818
Huile sur toile - 99,2 x 79,4 cm
Ancienne collection Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé
Vendu 9 025 000 € (avec les frais)
Photo : Christie’s Paris

24/2/09 – Musées – France – Nous y faisions allusion dans notre brève du 19/2/09, en parlant des tractations autour des œuvres de la collection Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé. Le monde des musées parlait beaucoup en coulisse, ces dernières semaines, des interventions de ce dernier auprès de Nicolas Sarkozy pour empêcher tout classement comme trésor national ce qui aurait laissé trois ans aux musées pour réunir les fonds et faire éventuellement appel au mécénat. On ne dit pas non à Pierre Bergé et, comme par hasard, aucun lot de ce qu’on a appelé avec un peu d’exagération la vente du siècle (celui-ci ne fait que commencer…) n’a été interdit de sortie temporairement du territoire. Cela n’aurait pourtant pas lésé le propriétaire puisqu’il est notoire maintenant que les trésors nationaux sont en général acquis par les musées au prix le plus élevé.

Certes, une grande partie des objets étaient entrés en France depuis moins de 50 ans, ce qui interdit naturellement de mettre en œuvre cette disposition. Mais tel n’était pas le cas du Portrait d’Alfred et d’Elisabeth Dedreux de Géricault (ill. 1), depuis toujours conservé dans notre pays. Ce tableau difficile et dérangeant est un authentique chef-d’œuvre qui, dans toute autre circonstance, aurait été classé trésor national. Le Louvre est actuellement en train d’acheter le Portrait du Comte Molé (voir brève du 1/2/09), avec bien des difficultés, et ne pouvait sans doute pas entrer en compétition avec le marché. Il aurait fallu au moins que l’Etat consente un crédit exceptionnel.
Le don par Pierre Bergé d’un tableau de Goya (voir brève du 1/10/08) dans un état quelque peu problématique, qui n’était pas discernable sur les photographies, et celui d’une belle tapisserie de Burne-Jones (voir brève du 23/2/09) justifiaient-ils la perte, probablement définitive, du Géricault ? On peut en douter. Malgré le bel achat du Chirico par Beaubourg, le temps, fort court, pendant lequel les musées français rivalisaient sur le marché de l’art avec les grands musées internationaux, semble bel et bien révolu.

2. Boite à portrait de Louis XIV, vers 1689
Miniature par Jean Petitot (1607-1691)
Monture probablement par Pierre ou
Laurent le Tessier de Montarsy
H. 7,2 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Christie’s Paris



Le département des Objets d’Art du Louvre a préempté cet après-midi, à la vente Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé, pour 400 000 € (hors frais), une boite à portrait de Louis XIV, avec une miniature de Jean Petitot (ill. 2).

P.S. (25/2/09) : cette boite à portrait est un don des Amis du Louvre

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Didier Rykner, mardi 24 février 2009



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