Le désastreux bilan patrimonial de Nicolas Sarkozy


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Certes, le budget consacré aux monuments historiques et aux musées en France a plutôt mieux résisté que celui de nos voisins. En Europe, en Italie, aux Pays-Bas ou en Espagne, c’est à un véritable effondrement des crédits que doivent faire face les musées ou les monuments historiques.

Mais ce point relativement positif est annulé, et bien plus, par les attaques invraisemblables contre le patrimoine que le gouvernement de Nicolas Sarkozy a pratiquées et encouragées, qui vont bien au delà encore de ce que l’on avait connu dans les années précédentes. Cette politique se rapproche dangereusement de ce que l’on avait vécu dans les années 1960 et au début des années 1970 où, au nom du progrès, on détruisait en temps de paix des quartiers entiers de nos villes et certains de nos monuments les plus importants.
L’annonce que vient de faire le Président de la République dès le début de son intervention télévisée le 29 janvier, que « tout terrain, toute maison, tout immeuble verra ses possibilités de construction augmenter de 30 % », ce qui revient à augmenter le coefficient d’occupation des sols et donc de construire plus haut, ou le coefficient d’emprise au sol, donc plus large, partout en France, sans souci de l’esthétique et de l’urbanisme de nos villes et de nos villages, n’est qu’une ultime attaque contre notre patrimoine.

On ne pourra être exhaustif, dans cet éditorial, sur les mesures scandaleuses prises sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il suffit de parcourir sur ce site les articles consacrés aux menaces patrimoniales pour constater l’étendue des dégâts. Cette mesure ne vient que s’ajouter à l’ « urbanisme de projet » de Benoist Apparu ; aux attaques contre les Architectes des Bâtiments de France qui ont abouti à la suppression des ZPPAUP1 remplacées par les AVAP2, beaucoup moins protectrices et de mise en œuvre extrêmement complexe, que Frédéric Mitterrand a pourtant osé célébrer lors de ses vœux à la presse ; la volonté de développer l’énergie éolienne sans aucune considération pour les monuments historiques, ce qui maintenant menace jusqu’au Mont-Saint-Michel ; les innombrables agressions contre des monuments qui laissent le ministère de la Culture impuissant devant les enjeux politiques qui y sont attachés (château d’Ancenis, rue des Carmes à Orléans…).

Le bilan est terrible. Hélas, rien ne laisse penser qu’il sera meilleur demain, quel que soit le résultat des élections présidentielles. La politique que mène Nicolas Sarkozy à l’égard de la France n’est en effet comparable qu’à celle que Bertrand Delanoë fait subir à Paris, souvent dans une alliance objective entre les deux hommes. Et Bertrand Delanoë, demain, sera ministre de François Hollande si celui-ci est élu.
Il est donc plus urgent que jamais de s’opposer à cette vague de vandalisme. Ce sera hélas difficile politiquement, mais il reste les îlots de résistance que sont les associations de protection du patrimoine, soit locales, soit nationales et reconnues d’utilité public, comme la Société pour la protection et le paysage de la France. Tout amoureux du patrimoine devrait adhérer au moins à une association nationale, et à une association locale afin de leur donner les moyens de s’opposer efficacement et s’il le faut d’agir en justice. Ne rien faire, c’est se rendre complice de nos dirigeants incultes.

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Didier Rykner, dimanche 29 janvier 2012


Notes

1. Zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager.

2. Aires de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine.



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