La municipalité d’Aix-en-Provence se réjouit bruyamment du dépôt, pour quinze ans, au Musée Granet, de 300 tableaux et dessins appartenant à la Fondation Jean et Suzanne Planque et naguère promise au Musée de Lausanne. En réalité, cette nouvelle constitue le coup de grâce porté à ce musée et à son fonds permanent, déjà bien malmenés (voir notre article).
Nous ne connaissons pas cette collection dont on nous dit qu’elle contient de très nombreux chefs-d’œuvre de la fin du XIXe et du XXe siècles, parmi lesquels plusieurs Cézanne, des Degas (ill.), Monet, Bonnard, Picasso, Klee, Dubuffet… Celle-ci n’est pas en cause en tant que telle, et quand bien même ses qualités seraient exceptionnelles, une telle opération ne serait pas justifiée.
S’il s’était agi d’une donation, il n’y aurait rien eu à dire. Nous nous serions réjoui d’une telle libéralité quitte à dénoncer ensuite, une nouvelle fois, la manière dont le musée traite sa collection permanente de sculptures et tableaux anciens. Mais il s’agit d’un dépôt, temporaire, de longue durée qu’il va bien falloir exposer quelque part. Ce sera, à terme, dans la chapelle des Pénitents blancs, lorsqu’elle aura bénéficié des restaurations nécessaires pour lui permettre de présenter des œuvres d’art.
Or il faut savoir que cet édifice était présenté par la ville comme devant, à terme, agrandir le musée de manière à lui procurer un espace d’exposition permettant, peut-être (tout ceci était au conditionnel), de remettre en place la collection permanente. Aucune échéance n’avait été fixée.
Désormais, si cette chapelle est affectée à la présentation de la collection Planque, on peut être certain que le musée n’est pas près de retrouver ses œuvres, puisque le conservateur et le maire ont décidé de transformer celui-ci en salle d’expositions dont on nous serine sans arrêt les bienfaits et la manière dont elles attirent un public toujours plus nombreux. On organise même une étude pour faire le bilan des retombées de l’exposition Picasso-Cézanne, dont tous les spécialistes se sont accordés à dire qu’elle était extrêmement médiocre1. Les journalistes étaient ainsi invités le jeudi 23 septembre 2010 à venir prendre connaissance des résultats de cette étude ! On ne parle que chiffres d’entrée (371 936 visiteurs, on admirera la précision) et gros sous, d’art assez peu. L‘exposition serait ainsi bénéficiaire de 917 780 €2 et l’on va même jusqu’à mettre en avant un chiffre de 63 millions de retombées économiques3. Bref, Cézanne et Picasso sont réduits à devenir des produits marketings qui lavent plus blancs. Dans la foulée, la même opération de communication au rouleau compresseur continue pour Alechinsky, qui « a franchi ce mardi 31 août le cap des 50 000 visiteurs », selon un nouveau communiqué de presse4 « Outre l’intérêt suscité localement, cette exposition, imaginée par son commissaire Daniel Abadie, a attiré un grand nombre d’étrangers. Ils représentent le tiers des 50 000 entrées enregistrées tout au long de l’été. Les Anglais arrivent en tête devant les Italiens, les Allemands et les Belges à égalité avec les Américains, particulièrement présents au mois de juillet. » peut-on y lire également. On ne saura jamais rien en revanche des visiteurs qui viennent en vain à Aix-en-Provence pour voir la collection permanente du musée.
Cette exposition, tout le monde l’attendait. La preuve : les people se déplacent. On apprend ainsi que : « Les acteurs Michael Lonsdale, Sophie Marceau, Christophe Lambert ou le couturier Christian Lacroix, entre autres, ont également visité l’exposition durant l’été. » Venez voir Alechinsky, avec un peu de chance vous croiserez Alain Delon ! Comment lutter contre tant de niaiserie satisfaite ? A Aix-en-Provence, les expositions temporaires (la présentation de la collection Planque ne sera rien d’autre) ont tué le fonds permanent. Que fait le Service des Musées de France5 ?

