Le département des peintures privé d’exposition Le Brun à Lens faute de budget !


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L’exposition Charles Le Brun au Louvre-Lens
Photo : Didier Rykner

1/7/16 - Musée - Paris et Lens, Louvre - Le 30 juin 2016, le département des Peintures du Louvre, accompagné de quelques autres conservateurs, devait se rendre à Lens pour visiter la très belle exposition Charles Le Brun qu’il organise (et dont nous parlerons bientôt sur notre site). Rien que de très normal : des conservateurs du Louvre vont voir une exposition au Louvre - car comme on l’affirme toujours, « Lens, c’est le Louvre ! »

Eh bien non ! Le petit voyage a été annulé. Car les finances manquent. Comme nous l’avons dit plusieurs fois sans être entendu et sans que l’on nous réponde sur ce point : aller à Lens coûte cher, même pour le Louvre. On imagine ce qu’il en est pour les visiteurs lambda, qui viennent de Lyon, de Toulouse, de Brest ou même de Paris. Même si le voyage avait eu lieu, seuls les agents du département des peintures (une trentaine de personnes) étaient conviés, les stagiaires ne pouvant faire partie du voyage. Et le déjeuner (alors qu’il s’agissait d’un déplacement professionnel) restait aux frais des participants !

Cela ne fait que confirmer d’une manière éclatante à quel point ce projet de réserves à Liévin est une absurdité sans pareil. Les conservateurs ne pourront plus aller dans les réserves régulièrement comme ils le font actuellement pour leur travail jusqu’à plusieurs fois par semaine, mais seulement de temps à autre, à condition qu’il y ait un budget suffisant. Le prix de ces déplacements rares et précieux diminuera nécessairement et automatiquement le nombre des autres missions, déjà réduites actuellement faute d’argent. Tout le travail scientifique du Louvre sera paralysé par cette décision ubuesque d’envoyer les œuvres du musée dans un endroit accessible seulement à grand frais et avec une grande perte de temps.

Interrogé, le Louvre nous a précisé que « le budget de fonctionnement du futur centre de conservation sera intégralement couvert par une part des intérêts du fonds de dotations du Louvre pour lui assurer des ressources stables dans le temps ». Cet argument est difficilement recevable. Le fonds de dotation, largement abondé par l’argent en provenance d’Abu Dhabi, est censé être utilisé « pour financer durablement les grandes missions d’intérêt général du musée » et est régulièrement invoqué comme la solution miracle pour toutes les dépenses nouvelles occasionnées par la politique du Louvre. Sauf que, les taux d’intérêts n’ayant jamais été aussi bas, il n’est aucunement l’assurance de « revenus stables ». Il compensera en réalité difficilement les baisses drastiques de dotation de l’État que nous prédisions déjà comme une conséquence de l’affaire d’Abu Dhabi. On remarquera aussi que ce fonds de dotation n’est même pas capable actuellement d’assurer un niveau de missions normal au Louvre alors que les réserves ne sont pas encore construites et ne génèrent aucun frais de fonctionnement.

Même en admettant que les frais de déplacements des conservateurs soient assurés, quid du temps passé pour aller à Liévin (une journée minimum est nécessaire, avec cinq heures de trajet aller-retour minimum, parfois pour voir un ou deux objets seulement !) ? Quant aux chercheurs extérieurs, étudiants et à toutes les personnes voulant visiter les réserves de Lens, il est peu probable que le fonds de dotation leur soit d’un grand secours pour payer le trajet.

La récente montée des eaux de la Seine, qui a entraîné l’évacuation d’une partie des réserves et des collections permanentes, ne change évidemment rien à l’absurdité du projet de Liévin. Contrairement à ce qu’une conservatrice a osé prétendre récemment devant des élèves de l’École du Louvre, ses collègues très largement opposés à la construction des réserves à Liévin n’ont pas changé d’avis après l’opération (plusieurs nous l’ont confirmé). Nous reviendrons bientôt sur les conditions dans lesquelles celle-ci s’est déroulée. Elle est en effet riche d’enseignements, mais certainement pas dans le sens que souhaiterait la direction du Louvre.


Didier Rykner, vendredi 1er juillet 2016





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