Le Delaware Art Museum vend des œuvres pour rembourser ses dettes


31/3/14 - Deaccessioning - Delaware Art Museum - Même les musées américains, qui pratiquent pourtant le deaccessioning, c’est-à-dire la vente d’œuvres d’art de leurs collections (une chose heureusement impossible en France) ont une règle d’or : l’argent récolté à cette occasion doit être réutilisé pour de nouvelles acquisitions.

Cette règle - déjà enfreinte récemment par le Maier Museum of Art du Randolph College de Lynchburg, en Virginie, qui a cédé le tableau de George Bellows à la National Gallery de Londres (voir la brève du 10/2/14) - va être violée cette fois par le Delaware Art Museum.
Son conseil d’administration vient en effet de voter la vente de quatre œuvres (on ne sait pas encore lesquelles) dont le produit, estimé à 30 millions de dollars, sera utilisé pour rembourser ses dettes (19,8 millions) et recréer un fond de dotation. Selon le musée, celui-ci n’avait que deux solutions : fermer ses portes ou vendre ces œuvres. Ce qu’il oublie de préciser, comme le rappellent plusieurs journaux américains, c’est que cette dette est due à des travaux d’agrandissement disproportionnés et insuffisamment financés menés en 2005...

Le Delaware Art Museum possède notamment de riches collections d’art américain du XIXe siècle et de préraphaélites anglais. Aucune œuvre donnée ou léguée au musée ne devrait être vendue, ce qui ne rend pas la chose beaucoup moins scandaleuse.
L’Association of Art Museum Directors, qui regroupe les 240 directeurs des grands musées américains a indiqué qu’elle « croit fermement qu’il y a des alternatives viables à cette décision et que vendre des œuvres de la collection n’est pas nécessaire pour que le musée puisse poursuivre ses activités1 ». Elle ajoute « Bien plus, traiter les œuvres d’art de la collection d’un musée comme un actif financier ce n’est pas seulement nuisible au musée qui le décide, mais affecte aussi durablement tous les autres.2 ».
Si le musée persiste dans cette voie, il est probable qu’il sera condamné par l’association, ses autres membres devant cesser toute collaboration et tous prêts avec lui. Le Maier Museum of Art avait ainsi été sanctionné après la vente du Bellows.

English version


Didier Rykner, lundi 31 mars 2014


Notes

1« The AAMD firmly believes that there are viable alternatives to this course of action and that deaccessioning works from the collection is not necessary to sustain the Museum’s operations. »

2« Furthermore, treating works of art from a museum’s collection as financial assets not only damages the museum taking such an action, but also adversely affects the field as a whole ».





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