Le décor de la Ca’ Zenobio, à Venise


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Extérieurement, malgré son historique prestigieux, la Ca’ Zenobio n’est pas un édifice très impressionnant, même si sa cour intérieur, le jardin qui l’orne et le casino1 qui se trouve au fond de la parcelle (ill. 1) témoignent encore de sa gloire passée.


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1. Biblioteca del Temenza
Ca’ Zenobio
Photo : Didier Rykner
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2. Grand salon de la Ca’ Zenobio
Photo : Didier Rykner

Mais le grand salon de ce monument (ill. 2) révèle un décor qui n’a rien à envier aux plus beaux palais vénitiens (voir notre vidéo ci-dessous). Il fut réalisé par le peintre Louis Dorigny, fils de Michel Dorigny et donc petit-fils de Simon Vouet, qui fit l’essentiel de sa carrière en Italie (voir notre recension de la rétrospective de Vérone en 2003), et le stucateur Abbondio Stazio. Fort peu connu, ce dernier est pourtant un sculpteur de grand talent, dont plusieurs palais vénitiens possèdent des œuvres (nous avons notamment pu admirer celles du Palazzo Albrizzi) d’une exubérance qui n’est pas sans évoquer l’art de Giacomo Serpotta en Sicile2.



Le grand salon de la Ca’ Zenobio à Venise par latribunedelart


Si la Ca’ Zenobio est un bâtiment d’époque gothique, il fut largement remanié par l’architecte Antonio Gaspori probablement au début des années 1690. Le chantier de rénovation se termine en 1695, date à laquelle les décors ont probablement commencé à être réalisés. À cette époque, Louis Dorigny est déjà retourné à Vérone, mais il continua à travailler néanmoins à Venise jusqu’à la fin de sa vie.
Le grand salon est une merveille baroque qui surprend le visiteur après que celui-ci a monté un escalier modeste, et est passé dans un vestibule déjà décoré par trois compositions de Louis Dorigny, mais assez bas de plafond.


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3. Abbondio Stazio (1663-1757)
Décor en stuc de la Ca’ Zenobio
Photo : Didier Rykner
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4. Louis Dorigny (1654-1742)
Décor à fresque du grand salon de la Ca’ Zenobio
Photo : Didier Rykner

La pièce est sur deux registres : celui inférieur est occupé par de grandes glaces et les stucs de Stazio (ill. 3), putti et reliefs représentant des sujets mythologiques. La partie supérieure est entièrement occupée par les peintures de Louis Dorigny, figures féminines (qui semblent être les muses) et cartouches peints de scènes en grisailles entourés de stucs en trompe-l’œil. Le goût illusionniste de l’artiste apparaît dans certains détails amusants, comme à gauche de la tribune des musiciens une fausse fenêtre ouverte sur laquelle un nain est assis à califourchon (ill. 4).
La peinture centrale du plafond, également par Louis Dorigny, représente L’Aurore et le char d’Apollon (ill. 5), entourée d’une architecture feinte (corniche, colonnes quadrangulaires, grandes coquilles), de bas-reliefs feints, d’ignudi imitant également la sculpture et, aux quatre coins, de superbes natures mortes de fleurs (ill. 6).


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5. Louis Dorigny (1654-1742)
L’Aurore et le char d’Apollon
Fresque
Plafond du grand salon de la Ca’ Zenobio
Photo : Didier Rykner
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6. Louis Dorigny (1654-1742)
Décor à fresque du plafond du grand salon de la Ca’ Zenobio
Photo : Didier Rykner

Cet ensemble exceptionnel n’est pas en bon état et mériterait une soigneuse restauration. L’édifice appartient depuis le milieu du XIXe siècle à la congrégation arménienne des pères mékhitaristes3 et est aujourd’hui utilisé ponctuellement pour des réceptions, des concerts ou des expositions (dans le cadre de la biennale de Venise notamment).


Didier Rykner, lundi 4 mai 2015


Notes

1Nous avions écrit qu’il s’agissait d’une chapelle. Heureusement, un lecteur savant nous a signalé cette erreur.

2Le décor d’une chambre du Palazzo Sagredo a été remonté au Metropolitan Museum ; nous n’avons rien trouvé sur un lien éventuel entre Serpotta (1652-1732), qui ne semble pas avoir quitté la Sicile, et Abbondio Stazio.

3On l’appelle également Ca’ Zenobio degli Armeni.





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