Le coeur d’Anne de Bretagne exposé à Blois


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1. Écrin du coeur d’anne de Bretagne
Or repoussé, guilloché, émaillé,
filigranes et fils tressé
écrin : 15,42 x 13,27 x 6,4 cm
couronne : 3,53 x 10,84 x 5,5 cm
Nantes ; Musée Dobrée
Photo : Musée Dobrée

25/3/14 - Exposition - Blois, château - « En ce petit vaisseau de fin or, pur et monde1 / Repose un plus grand cœur que oncques dame eut au monde ; / Anne fut le nom d’elle, en France deux fois reine, / Duchesse des Bretons, royale et souveraine. ». Ces vers gravés dans le coeur d’Anne de Bretagne, ou plus précisément inscrits sur l’écrin qui le renfermait (ill. 1) et qui est présenté jusqu’au 6 avril au château de Blois où elle vécut une quinzaine d’années et mourut il y a de cela 500 ans, le 9 janvier 1514. 2014 sera donc une année consacrée à la souveraine, les différents événements organisés à cette occasion sont recensés sur un site internet. L’exposition rejoindra ensuite le château des ducs de Bretagne du 8 avril au 18 mai 2014.
En tant que reine de France, Anne de Bretagne fut enterrée à Saint-Denis ; son corps du moins, tandis que son coeur repose, selon sa volonté, auprès de ses sujets bretons, en l’église des Carmes de Nantes où se trouve le tombeau de ses parents. À sa mort, on fit donc faire cet écrin, constitué de deux coques en tôle d’or presque pur, repoussé et guilloché. Chaque face est dotée d’une inscription en relief, émaillée de vert. On a cité la première, la seconde n’est pas moins élogieuse et annonce déjà le genre du « tombeau poétique » (ou recueil de poèmes en l’honneur d’un défunt) qui se développera à la Renaissance : « Ce cœur fut si très haut que de la terre aux cieux / Sa vertu libérale accroissait mieux et mieux ; / Mais Dieu en a repris sa portion meilleure, / Et cette part terrestre en grand deuil nous demeure ». À l’intérieur, d’autres vers sont peints à l’or sur une couche d’émail blanc2.
L’écrin est surmonté d’une couronne dont les fleurons font alterner neuf lys avec neuf trèfles, délicatement ornés de filigranes et de granules . Sur le bandeau, une autre inscription en relief est cette fois-ci émaillée de rouge : « Cœur de vertus orné, Dignement couronné ».

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2. Atelier du Maître des entrées parisiennes
Mise en bière du corps de la reine
Miniature des Commémoration et avertissements
de Pierre Choque, 1514
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : BnF

Si cet objet fut probablement réalisé à Blois, on ne connaît pas son auteur. Jacques Santrot3 en attribue le modèle à Jean Perréal qui moula le visage de la reine sur son lit de mort et fut chargé de préparer son effigie funéraire. Quant aux orfèvres qui le confectionnèrent, il faut probablement y voir deux mains différentes, la couronne étant plus raffinée que l’écrin ; Pierre-Gilles Girault4 suggère les noms de deux orfèvres de Blois, ceux qui furent chargés de confectionner une couronne et des bijoux pour l’effigie de la reine et qui sont signalés dans les comptes établis par Guillaume de Beaune : Pierre Mangot (orfèvre du roi Louis XII puis de François Ier) et Goffroy Jacquet.
Cet écrin - dont un fac-similé réalisé en 1991 est conservé au Musée d’histoire de Nantes - est assez exceptionnel, par sa matière - les cercueils de cœur du roi René, de Richard Coeur de Lion, de Philippe le Bon ou de Charles VIII sont en argent, en plomb ou en étain - par ses inscriptions également - en général elles sont plus laconiques et servent avant tout à identifier le défunt - et par son emplacement - il n’a pas été déposé dans un monument ou un tombeau spécialement prévu à cet effet, alors que les cérémonies organisées pour son arrivée eurent une ampleur tout-à-fait exceptionnelle.

Le château de Blois évoque le faste de ces cérémonies organisées à l’occasion de la mort de la reine par la présentation, autour de l’écrin du cœur, de divers ouvrages, manuscrits et documents.
Le déroulement des obsèques est notamment connu par le récit qu’en fit Pierre Choque, héraut et « roi d’armes » d’Anne de Bretagne, sobrement intitulé Commémoration et avertissement de la mort de très chrétienne, très haute, très puissante et très excellente princesse, ma très redoutée et souveraine dame, madame Anne, deux fois reine de France, duchesse de Bretagne. Choque suivit chaque étape des obsèques, à Blois, à Saint-Denis, à Nantes, et sa description fut diffusée par une quarantaine de manuscrits, enluminés par l’atelier du « Maître des entrées parisiennes » (ill. 2). Le Château de Blois en présente trois exemplaires, ainsi que le seul manuscrit enluminé d’un second récit, Le Trépas de l’hermine regrettée, illustré par l’enlumineur parisien Jean Pichore (actif entre 1500 et 1520).
Des documents comptables dévoilent un autre aspect de ces funérailles. Ainsi Guillaume de Beaune, trésorier général de la reine, dressa les dépenses pour les obsèques qui se déroulèrent de Blois à Saint-Denis : la longueur du rouleau manuscrit - sept mètres de long - est révélateur de l’ampleur et du faste des funérailles de la reine. Quant à Jean Guichart, « miseur » de la ville de Nantes, il détaille plus précisément les comptes pour les funérailles du cœur.
À ces différents documents s’ajoute un moulage d’après le buste du gisant d’Anne de Bretagne à Saint-Denis, qui montre les traits de la reine sur son lit de mort. Ce visage fut probablement réalisé d’après le masque mortuaire exécuté par Perréal. L’exposition déploie en outre, un ensemble de panneaux didactiques qui retrace la vie de celle qui fut « en France deux fois reine, / Duchesse des Bretons, royale et souveraine. »

Commissaires : Pierre-Gilles Girault, Elisabeth Latrémolière, Bertrand Guillet, Pierre Chotard


Pierre-Gille Girault, Les Funérailles d’Anne de Bretagne, reine de France. L’Hermine regrettée, Gourcuff, Gradenigo, 80 p., 14 €.


Informations pratiques : « Le cœur d’une reine, les funérailles d’Anne de Bretagne » , du 15 mars au 6 avril, au Château royal de Blois. Ouvert tous les jours de 9h à 12h30 et de 13h30 à 17h30,
et à partir du 1er avril de 9h à 18h30. Tél : 02 54 90 33 33

English version


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mardi 25 mars 2014


Notes

1Pierre-Gilles Girault rappelle dans le catalogue de l’exposition que « le terme "monde" signifie ici "pure", mot qui n’existe plus en français moderne que par son contraire "immonde" ».

2« Ô cœur chaste et pudique, ô juste bénin cœur, Cœur magnanime et franc, de tout vice vainqueur » et de l’autre côté : « O cœur digne entre tous de couronne céleste, / Or est ton clair esprit, hors de peine et moleste. »

3Cité par Pierre-Gilles Girault dans le catalogue de l’exposition

4Catalogue de l’exposition p. 85.




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