Le choeur de l’église Notre-Dame de Calais, son retable et sa chapelle absidiale


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1. Vue générale du retable de l’église
Notre-Dame de Calais, état actuel
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Notre-Dame est la seule église ancienne de Calais. L’édifice d’origine, construit au début du XIIIe siècle, était situé à l’emplacement de l’actuel transept. Le bâtiment fut agrandi, puis les travaux se poursuivirent sous l’occupation anglaise dans la deuxième moitié du XIVe siècle et jusqu’au XVIe siècle. Il présente ainsi un caractère architectural le rapprochant des cathédrales britanniques de style Tudor. Au XVIIe siècle, une chapelle absidiale est ajoutée et un important retable baroque est élevé et sculpté en 1628 par le sculpteur flamand Adam Lottmann. Une Assomption de Gerard Seghers en décorait le centre.

Cette église fut bombardée par erreur par les alliés le 23 septembre 1944, une semaine avant la libération de la ville. Le clocher s’effondra sur le transept nord et le retable fut fortement endommagé.


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2. Partie haute du retable de l’église
Notre-Dame de Calais, état actuel
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3. Adam Lottner
Haut du retable avec un Ange et l’Espérance
Calais, Eglse Notre-Dame, retable
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Les photos parlent d’elle-même. Voici l’état en 2004 du chœur, du retable et de la chapelle absidiale de l’église Notre-Dame de Calais. Depuis 1945, la nef et le transept ont certes été restaurés, et le clocher reconstruit. Mais est-il admissible, 60 ans après le bombardement de l’édifice, qu’un monument aussi important demeure dans cet état désolant ?
Le sol est jonché de gravats. Les sculptures du retable sont en partie mutilées (ill. 1 à 3), des morceaux ou des statues entières sont conservées préventivement au Musée (ill. 5 et 6), exposées ou dans les réserves. La peinture de Seghers (ill. 7), très abîmée et longtemps roulée est actuellement en restauration1.


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4. Chapelle de la Vierge
Calais, Eglise Notre-Dame
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Une étude préalable à la restauration a été effectuée en mai 2002 et réalisée par Lionel Dubois, Architecte en Chef des Monuments Historiques. Le montant de l’opération est estimé à 5 900 000 €. En janvier 2003, cette étude a été validée en Commission Supérieure des Monuments Historiques. Depuis, l’église attend, encore et toujours, le début des travaux.

Inutile de chercher des responsables à cette situation. L’essentiel est, aujourd’hui, d’obtenir rapidement une remise en état définitive de cet ensemble, alors qu’à quelques dizaines de kilomètres Lille, capitale européenne pour 2004, s’apprête à fêter le baroque flamand et son principal représentant Rubens.


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5. Adam Lottman (1582-1662)
Saint Jean l’Evangéliste
Calais, Eglise Notre-Dame,
élément du retable
(en dépôt au Musée)
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6. Adam Lottman (1582-1662)
Saint Marc
Calais, Eglise Notre-Dame,
élément du retable
(en dépôt au Musée)
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Nous avons contacté la ville, le département, la région et le ministère de la Culture pour savoir où en était ce dossier.

Michel Langlin, adjoint au maire de Calais, chargé du Patrimoine et du Tourisme nous a assuré que le plus cher désir de tous les calaisiens et de la Municipalité était de voir l’église restaurée. Il a ajouté que la ville était prête à contribuer financièrement au chantier tout en soulignant qu’elle avait, aidée du Conseil Général du Pas-de-Calais accompagné les précédentes campagnes de restauration. Pour lui, la balle est dans le camp de la Direction Régionale des Affaires Culturelles. [Voir dans l’éditorial du 27 mars 2004 ce que valait cette déclaration]

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7. Gerard Seghers (1591-1651)
L’Assomption de la Vierge
Calais, Eglise Notre-Dame
(déposé hors de l’église)
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Brigitte Lefebvre, chargée de mission Patrimoine au Conseil Général du Pas-de-Calais nous a fait part de l’intérêt du département pour l’église Notre-Dame. Participer à sa restauration en accompagnement de l’Etat est donc possible, mais elle prend bien soin de préciser que cela ne peut être fait que dans la limite de son budget qui est de 686 000 € par an. En admettant qu’un chantier sur trois ans soit entrepris, et que le Conseil Général participe à concurrence de 25%, cela représenterait une charge de l’ordre de 500 000 € par an, soit presque 4/5ème des fonds disponible. Cela risque bien évidemment de poser problème.

Enfin, Jacques Philippon, Conservateur Régional des Monuments Historiques à la DRAC Pas-de-Calais, nous a affirmé que l’Etat était prêt à prendre en charge le chantier, dès 2005 et sur trois ans, mais que cela nécessiterait, compte-tenu des sommes en jeu, des crédits de catégorie 1, c’est-à-dire nationaux.


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8. Adam Lottman (1582-1662)
Tête d’ange
Calais, Eglise Notre-Dame, élément du retable
(récemment restitué, en dépôt au Musée)
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Il est donc clair que si tous les protagonistes de cette affaire2 se disent prêts, la main sur le cœur, à s’engager dans la restauration de l’église, le montant global de l’opération ne pourra pas être réuni à moins d’une aide spéciale du ministère de la Culture. Celui-ci, par la voix de François Goven, sous-directeur du Patrimoine, s’est montré plutôt rassurant. L’église sera en effet, effectivement, inclue dans le « plan patrimoine » dont la mise en œuvre a été annoncée par Jean-Jacques Aillagon pour les exercices 2004-2008. Si, pour 2004, François Goven nous a dit que la priorité irait dans le Nord-Pas-de-Calais à deux opérations sur des édifices religieux de Saint-Omer et de Boulogne dont la structure est menacée, ce qui n’est pas le cas de Notre-Dame de Calais, cette dernière pourrait faire l’objet d’un chantier sur trois ans à partir de 2005. En raison des nouvelles règles sur la maîtrise d’ouvrage, c’est maintenant à la ville d’initier l’opération3.
Signalons, pour terminer, l’action courageuse de l’Association pour la Mise en Valeur du Patrimoine Architectural du Calaisis4, qui s’est donnée notamment comme objectif de faire aboutir la renaissance de l’église. On doit à leur actif plusieurs réalisations telles que la production d’un CD-Rom5 (dont sont issues une grande partie des photos que nous publions ici-même) sur le monument, l’ouverture de celui-ci pendant une semaine au mois d’août et l’organisation d’expositions et de concerts. Elle est également à l’origine du don très récent par un habitant de Calais d’une tête d’ange (ill. 8) provenant du retable et qui avait dû être dérobée après le bombardement. Cette tête est exposée au Musée, en attendant, espérons-le, de rejoindre rapidement le retable restauré.

Rien ne semble plus s’opposer aux débuts des travaux en 2005. Nous suivrons ce chantier attentivement et espérons que les bonnes intentions affichées aboutiront enfin.

Galerie de photos complémentaires :

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9. Eglise Notre-Dame de Calais
Détail de la balustrade à droite du retable
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10. Adam Lottman (1582-1662)
Détail du haut d’une colonne du retable
Eglise Notre-Dame de Calais
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11. Adam Lottman (1582-1662)
Ange au sommet du retable
Eglise Notre-Dame de Calais
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12. Adam Lottman
Charlemagne (retable)
Eglise Notre-Dame de Calais
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13. Adam Lottman
Vierge (retable)
Eglise Notre-Dame de Calais
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14. Adam Lottman
La Manne (retable)
Eglise Notre-Dame de Calais
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15. France XVIIIe
Ange musicien (buffet d’orgue)
Eglise Notre-Dame de Calais
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16. France XVIIIe
David (buffet d’orgue)
Eglise Notre-Dame de Calais
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17. France XVIIIe
Sainte Cécile (buffet d’orgue)
Eglise Notre-Dame de Calais
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18. Ecole flamande XVIIe siècle
Décapitation de saint Jacques
Eglise Notre-Dame de Calais
(en dépôt au Musée)
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19. Pieter Van Mol (1599-1650)
Descente de croix
Eglise Notre-Dame de Calais
(en dépôt au Musée)
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20. Constant Dutilleux (1807-1865)
d’après Gaspard de Crayer
Mise au linceul
Eglise Notre-Dame de Calais
(en dépôt au Musée)
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Didier Rykner, mercredi 4 février 2004


P.-S.

P. S. du 27 mars 2004 : Les informations qui nous ont été données par la Mairie de Calais étaient fausses. L’église n’est nullement prioritaire pour la ville. Voir à ce sujet notre éditorial.

P. S. du 18 décembre 2006 : Grâce à une participation de l’Etat plus importante que prévue à l’origine, l’église pourra enfin être restaurée à partir de 2008 (voir brève du 18/12/06).


Notes

1Sur ce tableau et sa difficile restauration, on pourra consulter : Jean-Pierre Blin, « La retouche sur palette graphique : un outil d’aide à la décision en matière de restauration. L’exemple de l’Assomption de Gérard Seghers à Notre-Dame de Calais  » in Informatique & conservation-restauration du patrimoine culturel, 8e journée d’études de la SFIIC, Chalon-sur Saône, 23-24 octobre 1997 (cette référence nous a été aimablement communiquée par Jacques Foucart).
Une partie du reste du mobilier (grilles du XVIIIe et du XIXe siècle notamment) est conservé dans l’église, le reste est déposé au musée (tableaux - ill. 17, 18, 19 -, Mise au tombeau en pierre du XVIe siècle, ...) ou dans l’église Notre-Dame provisoire (éléments sculptés du buffet d’orgue, ill. 14, 15 et 16, ...).

2Le Conseil Régional ne finance que les travaux sur le patrimoine non protégé et sur les communes de moins de 2000 habitants.

3Ces règles (que nous avons dénoncées par ailleurs) semblent mal connues, puisque la ville de Calais attendait que la DRAC lance l’opération, quand l’initiative doit maintenant lui revenir. Chacun aurait pu camper longtemps, en toute bonne foi, sur sa position sans que le dossier n’avance. Il semble que notre enquête aura permis de le débloquer.

4L’association est domiciliée au Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle, 25 rue Richelieu 62100 Calais. La cotisation est de 10 € (les dons supérieurs à 10 € donnent droit au titre de membre bienfaiteur). L’association est déclarée d’utilité publique et donne droit à des déductions fiscales.

5On peut se procurer ce DVD-Rom, conçu par Philippe Lemir, membre de l’Association, auprès de celle-ci pour la somme de 11,10 €.





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