Le château de Villers-Cotterêts est confié au Centre des Monuments Nationaux


Villers-Cotterêts, château royal de la Renaissance situé en Picardie, était à l’abandon depuis de nombreuses années, après être devenu au XIXe siècle un dépôt de mendicité et au XXe siècle une maison de retraite. Cette situation inquiétait tous les amoureux du patrimoine sans que l’État ni le ministère de la Culture ne semblent prêts à faire quoi que ce soit pour sauver un des joyaux de notre architecture, dont l’origine remonte à François Ier.


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1. Corps central du château de Villers-Cotterêts
(logis royal, avec au centre, au premier étage, la chapelle)
Photo : Didier Rykner
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5. Décors sculptés de la chapelle
du château de Villers-Cotterêts
Photo : Didier Rykner
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Alors candidat, Emmanuel Macron s’était engagé à rouvrir Villers-Cotterêts, et il l’avait annoncé dans un tweet.


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6. Décors sculptés de la chapelle du château de Villers-Cotterêts
Photo Didier Rykner
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Entre temps, France Domaines, le service chargé de vendre les biens immobiliers de l’État, qui avait depuis changé de nom pour s’appeler désormais la Direction de l’immobilier, avait entrepris de trouver un repreneur pour le château. Nous avions visité celui-ci en août 2017 en compagnie de la représentante de cette direction et d’un conservateur de la DRAC des Hauts-de-Seine. Incontestablement, les pratiques semblaient, au moins sur ce dossier, avoir un peu changé depuis l’affaire de l’hôtel de la Marine (voir nos articles) : l’ex France-Domaines était conscient de l’intérêt patrimonial du monument et voulait imposer au repreneur (qui aurait bénéficié d’un bail emphytéotique) l’ouverture au public du logis central, celui qui contient encore de nombreux décors de la Renaissance. Dans un premier temps, il était prévu un appel à idées qui devait ensuite déboucher sur un appel à projets afin de restaurer l’ensemble des bâtiments. Tout était encore possible, mais la présentation de cet appel à idées (on peut encore le voir sur ce site dédié au projet) laissait néanmoins craindre une quasi-privatisation des lieux et ressemblait davantage à une publicité à destination d’investisseurs financiers que culturels.


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4. Maître-autel sculpté de la chapelle
du château de Villers-Cotterêts
Photo : Didier Rykner
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3. Voûte sculptée de l’escalier central
du château de Villers-Cotterêts
Photo : Didier Rykner
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8. Voûte sculptée du deuxième
escalier du logis royal du
château de Villers-Cotterêts
Photo : Didier Rykner
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Nous savions par ailleurs que Philippe Bélaval, président du Centre des Monuments Nationaux, souhaitait prendre dans son giron le château de Villers-Cotterêts, ce qui de toute évidence était la bonne solution, par ailleurs conforme à la vocation de l’établissement public. Emmanuel Macron a tenu sa promesse, et a abandonné toute idée de mise en concurrence ou d’affectation au privé : le château restera propriété de l’État et ne sera pas loué en bail emphytéotique. Il a été confié officiellement depuis jeudi dernier au Centre des Monuments Nationaux, afin de l’ouvrir au public et d’y installer notamment la cité de la Francophonie, conformément à l’engagement du Président de la République.


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7. Vue axonométrique du château de Villers-Cotterêts
tirée du dépliant de présentation réalisé par la Direction
Immobilière de l’État pour attirer des investisseurs
E. Daurel/Agence Aisne Tourisme
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8. Sculptures de chevaux sur les écuries, dans les communs
du château de Villers-Cotterêts
Photo : Didier Rykner
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Si le logis royal, au centre du château (ill. 1), est incontestablement la portion du monument la plus belle, avec des décors remarquables dans la chapelle (ill. 2 à 4) et les escaliers (ill. 5 et 6), tout le bâtiment est intéressant (ill. 7), malgré son état de dégradation avancé. Le projet vise donc à faire visiter d’abord ce pavillon central qui était encore récemment ouvert ponctuellement pour des visites guidées organisées par la mairie. En raison de son état qui le rendait dangereux, le château avait été entièrement fermé au public. Nous avions pu néanmoins le parcourir largement grâce à l’obligeance de la Direction de l’Immobilier de l’État et avec le concours de la DRAC qui suit le dossier depuis le début, ce qui nous permet aujourd’hui de publier de nombreuses photos.

Le CMN devra trouver des ressources pour financer une restauration que l’ancien France Domaines estimait à 130 millions d’euros. Il n’est pas exclu d’y installer des activités, comme un complexe hôtelier de luxe, qui pourrait assurer une partie du financement que l’État devrait d’ailleurs pouvoir largement compléter. Si l’on trouve 400 millions d’euros d’un claquement de doigt pour financer un passe culture à notre avis bien inutile, 130 millions, ce n’est finalement pas grand-chose, surtout réparti sur plusieurs années et si on le rapporte au budget total du ministère de la Culture.


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9. Cour du Jeu de Paume du château de Villers-Cotterêts
Photo : Didier Rykner
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10. Aile des anciens appartements royaux du
château de Villers-Cotterêts
Photo : Didier Rykner
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Les ailes entourant la cour de part et d’autre du corps central, ainsi que les parties datant du XIXe siècle, ne conservent comme nous l’avons dit presque plus aucun décor d’origine et peuvent donc être utilisé avec une certaine liberté. On se permettra de proposer une idée : la plupart des musées français conservent des tableaux de grand format, du XVIIe au XIXe siècle, que le changement de goût et le manque de place ont fini par reléguer dans les réserves, souvent roulés et en mauvais état. Pourquoi, pour compléter la visite du corps central, ne lancerait-on pas un projet de musée des grands formats, qui avait été envisagé il y a quelques années par la région Basse-Normandie près de Rouen et qui n’a finalement jamais vu le jour ?


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11. Le château de Villers-Cotterêts vu des anciens jardins
Photo : Didier Rykner
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12. Les deux ailes des communs du château de
Villers-Cotterêts vues du balcon de la chapelle
Photo : Didier Rykner
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Quoi qu’il en soit, pour une fois qu’une nouvelle concernant le patrimoine va dans le bon sens, nous ne bouderons pas notre plaisir. L’état de Villers-Cotterêts, château royal de François Ier et Henri II, était une honte pour la France. Sa restauration sera une des réalisations marquantes du quinquennat d’Emmanuel Macron.


Didier Rykner, mardi 20 mars 2018





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