
1. Atelier de Pierre-Charles Duvivier, d’après
Hubert-François Bourguignon dit Gravelot et Louis Tessier
Tapis de la Savonnerie, 1753/1757
Laine et lin - 953 x 891 cm
Versailles, Musée national du Château
Dépôt du Mobilier National
Photo : RMN
Sous titrée « Quatre siècles de création », la présentation temporaire des récents dépôts du Mobilier National au château de Versailles mérite des commentaires touchant à plusieurs questions bien différentes et qui vont au delà des classiques recensions d’exposition1.
La première a trait à l’active politique de dépôts dans les musées menée par le Mobilier National depuis quelques années. Celle-ci accompagne ce qu’il faut bien appeler le réveil de cette institution, belle assoupie qui, sous l’action de Bernard Schotter et d’Arnaud Brejon de Lavergnée, fait aujourd’hui feu de tout bois et est devenue l’un des acteurs les plus dynamiques de la scène muséale française.
Ouverture de la Galerie des Gobelins, expositions de son fonds dans et hors les murs, publication des collections, restaurations, inventaires et redécouvertes (notamment des cartons de tapisseries), dépôts... On ne peut qu’admirer ce travail qui permet de mettre en valeur des œuvres longtemps méconnues et qui n’étaient souvent réservées qu’à quelques rares privilégiés.
L’exposition de Versailles constitue un nouvel exemple de cette inlassable activité : en trois ans, avec la participation active de Jean-Jacques Aillagon, ce sont ainsi pas moins de 120 objets qui ont gagné (ou regagné pour certains d’entre eux) le domaine de Versailles. Une large sélection y est donc présentée, dans des conditions que nous approfondirons un peu plus loin.

2. Luigi Valadier (1726-1785)
Vase des collections de Madame du Barry
Marbre blanc, porphyre, bronze doré -
H. 58 cm, D. 37 cm
Versailles, Musée national du Château
Dépôt du Mobilier National
Photo : RMN
Parmi ces dépôts, nous retiendrons notamment celui d’un grand tapis de la Savonnerie (ill. 1), probablement tissé pour la Dauphine en 1757 et dans un très grand état de fraîcheur (qui pose, d’ailleurs, la question de son exposition permanente). Si, à la différence de ce tapis, de nombreux meubles étaient conservés à Versailles avant la Révolution et y font ainsi logiquement leur retour, certains sont également de provenance royale mais furent commandés pour d’autres demeures. Marly, par exemple, avec un important pied de table pour un des vestibules du château, récemment identifié au ministère de la Défense, ou une commode livrée pour le second cabinet des entresols de Mesdames. Trois fauteuils pour le service de Marie-Antoinette proviennent des Tuileries, d’autres meubles de Fontainebleau, de Saint-Cloud ou de Bellevue...
On remarquera encore une paire de très beaux vases en marbre, porphyre et bronze doré de Luigi Valadier (ill. 2), livrés à Madame du Barry en 1773, provenant du pavillon de musique de Louveciennes et longtemps déposés à la Préfecture des Yvelines ainsi qu’une encoignure naguère au ministère de l’Intérieur et déposée en février dernier (ill. 3), attribuée à Bernard Van Risen Burgh par Jean-Jacques Gautier, une identification récemment confirmée par la découverte de deux estampilles B.V.R.B. Pas moins de neuf pendules (ill. 4) dont l’une est censée provenir des collections de Marie-Antoinette et une autre fut livrée pour Madame Royale à Versailles en 1778, ont également été prêtées. Il est impossible ici d’être exhaustif tant la moisson se révèle abondante. On ne peut que se réjouir que ce véritable enrichissement du musée ait pu se faire sans bourse délier, le dépôt de ces objets qui se trouvaient dans des ministères ou dans les réserves du Mobilier National - donc invisibles ou presque par le public - constituant presque des acquisitions.

3. Bernard Van Risen Burgh (1696-1766)
Encoignure
Chêne, bois de rose, amarante, bois de violette -
89 x 60 x 45 cm
Versailles, Musée national du Château
Dépôt du Mobilier National
Photo : RMN
Avant de dire un mot de l’exposition elle-même, il est nécessaire de saluer la qualité du catalogue. Il s’agit en soi d’un bel objet, même si le choix du papier, qui rend un peu terne les illustrations, aurait gagné à être plus classique.
Mais l’essentiel de ce qui doit faire un catalogue réussi est là : des essais bien documentés éclairant des thèmes en lien avec le propos de l’exposition, de vraies notices... On aurait juste aimé un index, et que les dates des dépôts soient systématiquement précisées.

5. Attribué à Charles Cressent (1685-1768)
Bureau plat
Exposé dans la galerie des Glaces sur une photographie de tapis
de la Savonnerie et devant une reproduction partielle
du tableau de William Orpen, La signature du traité de paix
Photo : Didier Rykner

6. Jacques Garcia parlant aux journalistes
lors de la présentation presse de l’exposition
Photo : Didier Rykner
Il faut donc, pour terminer, évoquer la présentation de l’exposition. Et là, les choses se gâtent.
Depuis quelque temps, Versailles semble en partie géré par quelqu’un dont la légitimité n’est pas évidente. Décorateur, il se pique d’être scénographe d’exposition, avec souvent bien peu de bonheur. C’est ici le cas, hélas. Comment peut-on imaginer présenter des meubles dans des vitrines ? Mal éclairées, qui plus est. La présentation de ces magnifiques dépôts est tout simplement médiocre, quand elle n’est pas ridicule comme celle, dans la galerie des Glaces, du bureau plat ayant servi à la signature du traité de Versailles (ill. 5). Pourtant, la France possède nombre d’excellents scénographes2, mais Versailles ne semble pas les connaître. Pourquoi certains conservateurs se sont-ils entichés de Jacques Garcia (car c’est de lui qu’il s’agit) ? Il ne se contente pas de mettre en scène des expositions. Il fait ce qu’il sait faire, c’est-à-dire qu’il décore. On l’a vu récemment pour le Grand Couvert où il crée des meubles de son cru que le visiteur pourrait croire là de toute éternité, sans s’apercevoir qu’il s’agit de faux. Mais il va plus loin : il prend la parole lors des inaugurations pour expliquer le pourquoi du comment (ill. 6), il négocie certains dépôts pour Versailles avec le Louvre (sic), il est interviewé dans le catalogue pour expliquer sa vision de la muséographie et rappeler opportunément qu’il travaille « à titre bénévole, faut-il le préciser ? », un bénévolat qui lui permet sans aucun doute de trouver de riches clients impressionnés par son statut informel de « directeur artistique ». Il profite de cet entretien (mené par Franck Ferrand), pour préciser qu’il préfère « dans l’intérêt du public, un décor où tout serait faux mais qui sonnerait vrai [qu’un] décor où tout est vrai, mais qui sonne faux ». On comprend qu’à Versailles il se sente comme chez lui.
Sous la direction de Jean-Jacques Gautier et Bertrand Rondot, Le château de Versailles raconte le Mobilier national. Quatre siècles de création, 2011, Skira-Flammarion, 280 p., 45 €. ISBN : 978-2-0812-6711-4.
Informations pratiques : Château de Versailles, RP 834 78008 Versailles Cedex. Tél : +33 (0)1 30 83 78 00. Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 9 h à 18 h 30 (dernière admission à 18 h) jusqu’au 31 octobre, et de 9 h à 17 h 30 (dernière admission à 17 h) à partir du 1er novembre. Tarifs : 15 €, château + exposition (réduit : 13 €).

