Déjà fortement amputé par les bombardements de la seconde guerre mondiale, le patrimoine tourangeau risque fort de perdre l’un de ses atouts d’ici à quelques semaines, si rien n’est fait pour empêcher cette démolition. Du reste, il est fort probable que la marche des pelleteuses, ne sera en rien stoppée : le 10 octobre dernier, la ville a accordé un permis de démolir.
La bâtisse visée par les promoteurs, ou par l’appétit "d’ogre" d’un directeur de collège on ne sait (?), se trouve sur la rive droite de la Loire, dans le quartier historique de Saint-Symphorien, a deux pas du Pont de Pierre et des pavillons d’Octrois. Soyons pour le moins concret, ce n’est pas un chef-d’oeuvre, simplement un petit ensemble très harmonieux qui s’accordait très bien dans ce paysage idyllique des bords de Loire, à quelques centaines de mètres de la soierie le Manach, puissante manufacture qui a marqué l’économie tourangelle depuis plus de cinq siècles. Il s’agit en fait d’un beau bâtiment en pierre de taille, du tout début du XIXe, de forme rectangulaire, situé dans l’enceinte même du collège Lycée privé Sant-Grégoire. Edifié en tuffeau, peut-être à des fins manufacturières, il comporte trois étages et offre en façade une superbe corniche "décochée". Depuis une dizaine d’année, il semble que ce bâtiment était en totale déshérence. Mal entretenu, peu ou pas utilisé par l’administration du lycée, le simple fait qu’il n’ait jamais était inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques a lentement mais sûrement accéléré sa dégradation à un point tel, qu’elle ne finisse par devenir irréversible. Etais-ce l’ambition de départ ? On peut se dire alors que l’objectif a été durablement atteint. Dernièrement, un avis de péril a été pris après que plusieurs pierres se sont décrochées de la façade pour retomber dans la cour du parking, ce qui n’a pas manqué de retarder la procédure en cours. Avant d’envisager une démolition, même partielle, il fallait mettre un terme à cet avis, chose à laquelle l’architecte des bâtiments de France s’est résolu non sans avoir hésité, obligeant le propriétaire à intégrer les belles pierres du fronton et de la corniche dans la future construction...d’un porche ! Un compromis bancal qui ne semble satisfaire personne. Du reste, on sait ce qu’il advient de ces recommandations, car la plupart du temps pour ne pas dire souvent, elles ne sont jamais respectées. D’ailleurs au dire de plusieurs spécialistes, les pierres semblent trop abîmées pour pouvoir être décemment réemployées dans une construction moderne.
Le 10 octobre dernier et après avoir tergiversé pendant un an, la ville a pourtant accordé le fameux permis de démolir. Sans doute y avait t’il mieux à faire surtout dans un périmètre aussi touristique, alors que les pavillons d’octrois qui date sensiblement de la même époque (vers 1765), ont fait l’objet d’une heureuse réhabilitation il y a quelques années à l’initiative de la mairie qui avait fort opportunément repris une proposition de campagne de Renaud Donnedieu de Vabres. Interrogée par le quotidien local la Nouvelle République, le maire adjoint, Sylvie Roux en charge de l’urbanisme, a déclaré "que notre première idée était de ne pas autoriser la démolition". On se demande bien alors ce qui a pu conduire à ce revirement soudain hormis le soit disant risque de péril imminent qui ne doit pas être aussi imminent que cela puisque le parking qui l’entoure reste ouvert a la circulation ! Quoiqu’il en soit, l’intérêt architectural de cet ensemble ne fait pas le moindre doute. Pour preuve, et depuis plusieurs semaines, une pétition circule à l’initiative de la société archéologique. Toujours selon la Nouvelle République, elle aurait déjà recueilli plus de 200 signatures. La Société Archéologique, qui ne s’engage jamais à la légère, propose en effet que le bâtiment soit réhabilité pour qu’il puisse accueillir en son sein un musée de la soie. Initiative louable quand on sait que Tours devint, bien avant Lyon et sur l’initiative de Louis XI, la capitale de la soierie française au XVe siècle. Cela vaudra toujours mieux que cette extension de parking voulue par quelques "technocrates" du collège Saint-Grégoire ! Car rien, a priori, ne devrait remplacer le bâtiment ainsi rasé. Pourtant, malgré les intempéries qui ont durement éprouvé la façade, il semble encore "sauvable" car la toiture n’a pas trop souffert de ses 20 ans d’abandon.
A ce sujet, le silence du ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres par ailleurs élu et premier opposant municipal est à tout point assourdissant. Faut t-il rappeler qu’il s’était toujours engagé par le passé, à défendre le patrimoine de la ville ? Le voilà désormais en position d’appliquer à la lettre ses fameuses promesses de campagne. En classant le bâtiment de l’impasse Losserand prenant ainsi de vitesse une municipalité pour qui la sauvegarde du patrimoine ne semble plus digne d’intérêt ? C’est en tous cas, la seule chose qui pourrait encore le sauver...


