La Tribune de l’Art s’acharne-t-elle sur Anne Hidalgo ?


Il arrive de temps en temps, et encore récemment la semaine dernière, d’entendre dire que La Tribune de l’Art devrait moins parler d’Hidalgo, que cela tournait à l’« acharnement ».
Mais nous rêvons de moins parler d’Anne Hidalgo. De ne plus en parler du tout même. S’il y a acharnement, c’est d’abord celui de la maire de Paris contre la ville qu’elle dirige. Nous faisons du journalisme d’investigation, et du journalisme engagé. Notre sujet est l’histoire de l’art et le patrimoine. Qui plus est, nous vivons à Paris, nous travaillons à Paris, nous aimons Paris ! Il est donc naturel que nous défendions ce que nous voyons tous les jours et qui est, par ailleurs, une des villes du monde les plus chargées d’histoire et d’art.

Ce n’est pas nous qui proposons, quotidiennement ou presque, un projet qui va défigurer plus ou moins la capitale. Comment pourrions-nous passer sous silence les attaques incessantes contre Paris, qui aboutiront si rien ne s’y oppose à la destruction de la ville telle que nous la connaissons ? Comment se taire quand personne ne dit rien, notamment le ministère de la Culture pourtant en charge – pour combien de temps encore ? – de la protection du patrimoine ?
Il suffit de lire La Tribune de l’Art pour constater que nos indignations reposent sur une réalité. Nous aimerions qu’on nous dise quels articles seraient injustes envers la mairie de Paris, ou quand cela tournerait à un acharnement sans fondement !

Nous pourrions, d’ailleurs, publier encore davantage d’articles mais le nombre d’inepties de cette mairie est encore plus grand que notre capacité d’écriture, et il y a aussi tellement d’autres sujets (que nous traitons aussi). Pour donner une idée de la guerre menée contre Paris, nous listons ici certains des dossiers en cours, dont beaucoup datent de 2015. On verra où est l’acharnement.

C’est ainsi que ces derniers jours, trois informations dont nous n’avons pas parlé démontrent qu’il n’y a pas de répit dans les offensives d’Hidalgo contre Paris :

- le 22/9/15, dans Le Monde, on apprend qu’Hidalgo a remis au président François Hollande une note confidentielle où elle réclame, entre autres, que le plan de sauvegarde du Marais ne relève plus de l’État mais de la mairie. On imagine ce qu’elle ferait dans le Marais si on lui laissait faire ce qu’elle voulait.

- le 24/9/15, Le Figaro annonce qu’elle va « honorer les victimes des attentats de janvier ». Initiative louable. Mais que propose-t-elle notamment ? De planter 17 oliviers place de la République. Sans même souligner la stupidité qu’il peut y avoir à vouloir planter des oliviers qui vont rapidement crever sous le climat parisien, on se demande bien où elle va les installer. À la place d’arbres existants ? En plus des arbres existants ?
Sur la place de la République, Anne Hidalgo est une récidiviste, elle l’a vandalisée, avant de la transformer en un espace festif mais profondément laid, détruisant complètement la composition du XIXe siècle, et laissant depuis janvier la statue de la République (à peu près le seul élément ancien subsistant sur la place) couverte de tags et de graffitis.

- le 24/9/15 toujours, on apprend via le site Culturebox de France Télévision que sur les 126 orgues appartenant à la ville de Paris, seuls 14 sont « jugés en bon état », et que le budget dans ce domaine est seulement de 250 000 euros… Comme les églises dans lesquelles elles se trouvent, les orgues parisiennes sont donc en grand danger, sans que la Mairie de Paris y consacre les moyens nécessaires (et de très loin).

Parmi les scandales innombrables dus à la municipalité, nous pouvons citer (de manière hélas non exhaustive) ceux qui sont nés en 2015 et contre lesquels il va falloir se battre dans les années à venir.

- le budget participatif dont plusieurs projets menacent directement le patrimoine,
- les prochains travaux d’aménagement de plusieurs places parisiennes auxquelles la mairie veut faire subir le même sort que la République (sans compter les autres places, celle des Victoires et la place Vendôme incluses dans le buget participatif),
- les travaux sur la gare du Nord,
- les travaux à venir sur l’hôpital Lariboisière, juste à côté de la gare du Nord donc, sur lesquels nous n’avons pas pu avoir encore de détails, mais dont l’annonce semble menaçante.

Sans oublier tous les combats en cours :

- le massacre des Serres d’Auteuil pour agrandir Roland-Garros,
- l’état désastreux des églises parisiennes,
- la construction des tours dans Paris intra-muros, notamment la Tour Triangle,
- la gestion désastreuse de l’envahissement des cadenas sur les ponts parisiens,
- la déshérence du petit patrimoine parisien,

Ou ceux dont on ne parle plus mais qui reviendront peut-être un jour, comme la construction d’immeubles au milieu de l’avenue Foch

En terminant sur des combats définitivement perdus :

- la destruction de la piscine Molitor,
- la destruction de l’ilot ancien de la Samaritaine,

ou du combat gagné contre la politique de destruction de la ville (nous n’en voyons hélas qu’un) : la sauvegarde de la Halle Freyssinet (que la mairie ose désormais s’attribuer).

Et tout cela en un an et demi (certains dossiers ont commencé antérieurement, mais Hidalgo était déjà première adjointe au maire, chargée de l’urbanisme) : on peut imaginer ce que sera Paris en fin de mandat, dans quatre ans et demi. Dénoncer haut et fort cette politique effroyable est un devoir. Et nous avons bien l’intention de continuer.


Didier Rykner, vendredi 25 septembre 2015





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