La Russie romantique. Chefs-d’œuvre de la galerie nationale Tretiakov Moscou


Paris, Musée de la Vie Romantique, du 28 septembre 2010 au 16 janvier 2011.

1. Aleksander Orlowski (1777-1832)
Cosaques du fleuve Don, vers 1810
Huile sur panneau - 69,3 x 58 cm
Moscou, Galerie Tretiakov
Photo : Galerie Tretiakov/A. Charooukhov

Le Musée de la Vie Romantique aime sortir des sentiers battus. Il nous propose cette fois une fort instructive exposition sur les artistes romantiques russes, un sujet encore peu connu en France. Toutes les œuvres proviennent de la galerie Tretiakov, le musée moscovite dédié à l’école nationale.

On regrettera un peu que la peinture d’histoire ne soit que faiblement représentée, à l’exception d’une esquisse de Karl Brioullov pour Le Dernier Jour de Pompéi, grand tableau et véritable morceau de bravoure qui fut exposé à Paris en 1834 (ceux qui ont pu visiter à Rome Maestà di Roma en 2003 avaient pu le voir exceptionnellement déplacé à la Galleria d’Arte Moderna).
Seuls deux lavis du même peintre, représentant des turcs et réalisés lors de son voyage en Asie Mineur, et un tableau d’Aleksander Orlowski, Cosaques du fleuve Don (ill. 1) peuvent être encore rapprochés de ce genre. Ils sont surtout très proches des scènes peintes par Horace Vernet.
Souvent formés en France ou par des artistes français, ayant beaucoup voyagé, en Allemagne notamment, les peintres russes montrent ce qu’ils doivent à l’art de ces deux pays, même s’ils possèdent leur propre originalité. On pourrait ainsi invoquer l’exemple des paysagistes germaniques, Friedrich en premier lieu, dans des œuvres comme La Traversée du Dniepr par Nikolaï Gogol (ill. 2), d’Anton Ivanovitch Ivanov ou La Tempête (ill. 3) de Maxime Nikiforovitch Vorobiev mais ce serait sans doute fort réducteur, tant ces toiles traduisent un sentiment encore différent et indéfinissable.


2. Anton Ivanovitch Ivanov (1818-1863)
La traversée du Dniepr par Nikolaï Gogol, 1845
Huile sur toile - 61 x 91,3 cm
Moscou, Galerie Tretiakov
Photo : Galerie Tretiakov/A. Charooukhov

3. Maxime Nikiforovitch Vorobiev (1787-1855)
La Tempête. Le Chêne foudroyé, 1845
Huile sur toile - 100,5 x 131 cm
Moscou, Galerie Tretiakov
Photo : Galerie Tretiakov/A. Charooukhov


On pourrait aussi souligner l’influence française sur les portraits, soit pour évoquer Delacroix et Géricault (Karl Brioullov, Nestor Vassiliévitch Koukolnik, écrivain, ou Oreste Kiprenski, Vassili Andreiëvitch Joukovski, poète) soit pour noter les ressemblances avec Gros, Gérard, ou même Ingres (Oreste Kiprenski, La Princesse Sofia Stepanovna Chtcherbatov) mais cela risquerait d’occulter leur véritable originalité. L’une d’entre elles est la technique du portrait à l’aquarelle, dont ces peintres semblent se faire une spécialité. De Karl Brioullov encore, on admirera ainsi les très beaux Cavaliers (ill. 4).
Quelques sculptures complètent cette exposition, dont on retiendra le très bel Ange agenouillé devant une urne funéraire d’Ivan Petrovitch Martos, réplique réduite d’un tombeau moscovite (ill. 5). L’un des plus importants statuaires « russes » du XIXe siècle, prolongeant ainsi la tradition entamée par Falconet au siècle précédent, n’est autre qu’un français, Louis-Marie Guichard, auteur d’un buste de l’Empereur Alexandre Ier.


4. Karl Pavlovitch Brioullov (1799-1852)
Cavaliers, 1849
Aquarelle - 69,1 x 51,2 cm
Moscou, Galerie Tretiakov
Photo : Galerie Tretiakov/A. Charooukhov

5. Ivan Petrovitch Martos (1754-1835)
Un ange agenouillé devant une urne funéraire
Bronze - 36 x 34,4 x 24 cm
Moscou, Galerie Tretiakov
Photo : Galerie Tretiakov/A. Charooukhov


Très bien édité comme c’est souvent le cas pour Paris-Musées, le catalogue est néanmoins assez faible. Si l’on peut mettre sur le compte d’un budget insuffisant l’absence de photographies dans les essais portant sur l’art romantique russe, ce qui rend leur lecture difficile puisque les œuvres dont ils parlent sont souvent inconnues du public français, il faut signaler aussi l’inégalité des notices, souvent purement descriptives, parfois franchement indigentes1. Une insuffisance regrettable qui empêche cette belle exposition d’être une pleine et complète réussite mais qui ne doit pas empêcher de la visiter.

Collectif, La Russie romantique. Chefs-d’œuvre de la galerie nationale Tretiakov Moscou, 2010, Paris-Musées, 208 p., 30 €. ISBN : 9782759601455


Informations pratiques : Paris, Musée de la Vie Romantique, Hôtel Renan-Scheffer, 16, rue Chaptal, 75006 Paris. Tél : 01 55 31 95 67. Ouvert tous les jours, de 10 h à 18 h, sauf les lundi et jours fériés. Collections permanentes : entrée libre. Exposition : 7 € (tarif réduit : 5 €).

English version


Didier Rykner, samedi 9 octobre 2010


Notes

1. Quelques exemples : notice 2 on lit « Le portrait illustre le traitement romantique du sujet. Les plis majestueux de la draperie soulignent la dimension conventionnelle du peintre à l’époque romantique. » ; notice 6 : « L’esquisse Le dernier jour de Pompéï tire son sujet de l’Antiquité romaine […] Cette esquisse est un travail préparatoire destiné à une large composition […] Sa recherche d’angles de vue inattendus, son travail sur les variantes des différents mouvements rapprochent Brioullov du mouvement romantique. ; notice 55 : « [Cette œuvre] peut être dite classique par sa forme et par la diversité des objets choisis ».



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