La Résurrection du Christ de Nicolas Loir (Le Neubourg, église)


Cette peinture inédite avait été choisie pour l’exposition Bossuet, Miroir du Grand Siècle, qui se tient au Musée portant le nom du prélat, à Meaux, du 3 avril au 1er août 2004. Le tableau n’ayant pu être restauré n’a pu finalement être présenté. Son commissaire scientifique, Sylvain Kerspern (D’histoire et d’@rt) en avait cependant rédigé la notice, qu’il nous a aimablement autorisé à publier sur La Tribune de l’Art.

JPEG - 67.5 ko
Nicolas Loir (1623-1679)
La Résurrection du Christ
Huile sur toile - 290 x 168 cm
Le Neubourg, Eglise
Photo : D. R.
Voir l'image dans sa page

Cette peinture inédite avait été choisie pour l’exposition Bossuet, Miroir du Grand Siècle, qui se tient au Musée portant le nom du prélat, à Meaux, du 3 avril au 1er août 2004. Le tableau n’ayant pu être restauré n’a pu finalement être présenté. Son commissaire scientifique, Sylvain Kerspern (D’histoire et d’@rt) en avait cependant rédigé la notice, qu’il nous a aimablement autorisé à publier sur La Tribune de l’Art.

La résurrection du Christ est le thème triomphal chrétien par excellence. Il affirme la victoire du Christ sur la mort, « ou plutôt le péché que la mort » pour reprendre la rectification faite par Bossuet à propos de la résurrection de Lazare (citée pour le tableau de Senelle sur le sujet présenté à l’exposition). C’est le moment du relèvement après les abaissements successifs de l’incarnation, instant au cours duquel le corps et l’âme ne se séparent pas mais se préparent à retourner vers Dieu (ce qui aura lieu lors de l’ascension).
Les artistes, conformément aux indications du Concile de Trente, lui donnent volontiers l’aspect d’une gloire lumineuse éblouissant les soldats, en renversant certains, en plongeant d’autres dans la torpeur. L’assimilation du Christ comme lumière, comme soleil, est un lieu commun des textes de Bossuet, qui fait partie du bagage humaniste réunissant les écrits des Pères de l’Église et la pensée néo-platonicienne.

Cette peinture ornant un autel latéral de l’église du Neubourg peut être attribuée sans difficulté à Nicolas Loir. Plus encore, peut-être, que la scène principale, c’est le détail des Saintes Femmes, leur typologie joufflue aux gros yeux noirs qui emporte la conviction. Comme Bourdon dont il fut l’élève, son installation en France après le voyage d’Italie le conduit à modérer l’usage qu’il y avait contracté des demies-teintes, pour donner plus de franchise aux tons, comme ici dans les aplats couvrant les drapés sculpturaux. Cette pétrification du style, manifeste ici dans les vêtements et les chairs, doit provenir de l’admiration qu’il partageait avec son maître pour Poussin, qu’il a fréquenté lors de son séjour à Rome en 1647-1649 et qui dût lui enseigner l’amour des antiques.

Loir inscrit l’élévation du Christ suivant une oblique marquée par les nuées, la dalle du tombeau effrayant certains gardiens, son envol faisant basculer celui debout. À ses côtés, un ange paraît déjà l’accueillir dans les cieux, les bras croisés en signe de déférence. Au loin, apparaissent les Saintes Femmes qui découvriront le tombeau vide un peu plus tard et pourront témoigner de la résurrection tant de l’âme que du corps.
Le Christ tient dans sa main une bannière dont la hampe rappelle sa croix. Bossuet a fréquemment et longuement évoqué l’instrument de son martyre. Dans l’oraison funèbre d’Anne de Gonzague de Clèves, il suggère l’importance à ses yeux de la Croix :

« Ne demandez plus ce qui a uni en Jésus-Christ le ciel et la terre, et la croix avec les grandeurs ; Dieu a tant aimé le monde » (Oraison funèbre d’Anne de Gonzague de Clèves, 9 août 1685).

Cette interprétation de la croix se trouvait déjà dans le panégyrique de saint Paul, presque trente ans plus tôt, et justifiée :

« Le Fils de Dieu s’était incarné, afin de porter sa parole en deux endroits différents : il devait parler à la terre, et il devait encore parler au ciel. Il devait parler à la terre par ses divines prédications ; mais il avait aussi à parler au ciel par l’effusion de son sang, qui devait fléchir sa rigueur en expiant les péchés du monde. » (Panégyrique de saint Paul, 30 juin 1657)

Nicolas Loir, peintre de l’Académie, décorateur des chantiers royaux, exploite évidemment les possibilités que le sujet porte en matière d’expression des passions. Son tableau, inédit, reflète néanmoins une spiritualité, un caractère dévot qu’exprime la présence angélique, qui fait qu’effectivement, le triomphe sur la mort et sur le péché paraît adressé à la terre mais aussi au ciel. C’est en ce sens expiatoire, et loin des conceptions plus optimistes des Jésuites, par exemple, que la résurrection apparaît, aux yeux de Bossuet, comme un mystère digne d’être célébré.


Sylvain Kerspern, jeudi 1er avril 2004





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Essais : Navez et Schnetz. A propos de quelques acquisitions récentes

Article suivant dans Essais : Retour sur l’exposition Bossuet, et sur quelques unes de ses attributions