La restauration des objets mobiliers après le tremblement de terre de L’Aquila


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1. Muse ? Nuovo Museo Paludi di Celano
Centre de restauration Celano
Photo : Didier Rykner

Celano, au sud de L’Aquila, possède un étrange musée. Celui-ci fut construit il y a quelques années, après la découverte d’une nécropole de l’âge du Bronze lors de l’aménagement d’un petit lac consacré à la « pêche sportive », pour abriter les vestiges retrouvés. Mais ce bâtiment (ill. 1 et 2), doté de tout l’équipement moderne d’un musée (dont un auditorium) n’expose en réalité à peu près rien. Deux ou trois vitrines (ill. 3), quelques salles meublées de panneaux didactiques, voilà à peu près tout ce que l’on pouvait y voir. Il faudrait être Agatha Christie pour retranscrire l’atmosphère qui règne dans cet immense édifice de béton en partie enterré, isolé en rase campagne, pratiquement impossible à trouver même avec un plan, fréquenté dans la journée par des visiteurs pouvant se compter au mieux sur les doigts d’une seule main et habité le soir, lorsqu’ils viennent en mission, par les quelques élèves de l’Institut national du patrimoine (Inp) accompagnés par leurs professeurs.


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2. Muse ? Nuovo Museo Paludi di Celano
Centre de restauration Celano
Photo : Didier Rykner
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3. Vitrine contenant des restes humains provenant
de la nécropole
Celano, Muse ? Nuovo Museo Paludi di Celano
Photo : Didier Rykner

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4. Les deux élèves restauratrices de
l’Inp travaillant sur un objet
provenant de Santa Maria del Soffragio
Juillet 2011
Photo : Didier Rykner

Ce musée a pu être aménagé aisément après le tremblement de terre pour abriter les œuvres évacuées provenant de L’Aquila et des villages touchés par le séisme et servir d’ateliers de restauration. Cet été, de nombreux objets, en bon état ou en attente de restaurations y étaient encore conservés et y demeurent toujours aujourd’hui en espérant des jours meilleurs. Les élèves de l’Inp peuvent ici, sous la férule de leurs professeurs, se rendre utiles tout en poursuivant leur formation. Cet été, deux étudiantes restauratrices de sculpture y ont travaillé, supervisées par Juliette Lévy qui dirige cette filière à l’Inp (ill. 4).
Les œuvres sont de qualité diverse. Les plus belles, qui ont souvent été restaurées en premier, ne sont plus toutes ici. On trouve cependant quelques beaux tableaux comme ce Saint Barthélemy de Mattia Preti (ill. 5) qui appartient au Museo Nazionale Abruzzo de L’Aquila. Certaines statues, en carton pâte et de bonne qualité, semblent anciennes alors qu’il s’agit souvent d’une production très récente, de la seconde moitié du XXe siècle (ill. 6). Les œuvres ont été réparties dans les réserves en fonction de leurs lieux de provenance (ill. 7). Deux parties abritent notamment les objets provenant de l’église Santa Maria del Suffragio que la France contribue à restaurer (ill. 8).


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5. Mattia Preti (1613-1699)
Martyre de Saint Barthélemy
Huile sur toile - 206 x 286 cm
Conservé provisoirement à Celano, juillet 2011
L’Aquila, Museo Nazionale d’Abruzzo
Photo : Didier Rykner
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6. Sculpture en carton pâte
Fin du XXe siècle ?
Conservée provisoirement à Celano, juillet 2011
L’Aquila, Santa Maria del Suffragio
Photo : Didier Rykner

Rebaptisé « Muse ? Nuovo Museo Paludi di Celano – Centre de restauration », ce musée - tout en continuant à accueillir du public - sert donc désormais de lieu de rassemblement et de récolement d’œuvres en péril qui sont pour une partie d’entre elles restaurées sur place. Il s’agit désormais de pérenniser ce fonctionnement afin qu’à terme cet établissement puisse devenir un centre de sauvetage des œuvres d’art, et une école de formation des restaurateurs et des urgentistes du patrimoine.


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7. Réserves de peintures, juillet 2011
Celano, Muse ? Nuovo Museo Paludi di Celano
Photo : Didier Rykner
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8. Réserves d’œuvres provenant de
Santa Maria del Suffragio, juillet 2011
Celano, Muse ? Nuovo Museo Paludi di Celano
Photo : Didier Rykner

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9. Cour intérieure du Castello Piccolomini de Celano
Photo : Didier Rykner

Dès que cela a été possible, des expositions d’œuvres du Musée de L’Aquila ou provenant d’églises de la région ont été organisées. Nous avons pu voir deux d’entre elles présentées au Castello Piccolomini de Celano (ill. 9), un château élevé à partir de la fin du XIVe siècle, dont la construction s’est poursuivie au XVe et qui domine la ville. La visite de Celano montre à quel point les séismes rythment l’histoire de cette partie de l’Italie. Une grande partie des habitations est moderne, la cité ayant été ravagée par un tremblement de terre en 1915 qui fit plus de 600 victimes. Le château lui même fut en grande partie détruit mais remarquablement reconstruit avec les matériaux d’origine. Si un panneau ne présentait pas des photographies d’époque, il serait impossible de le soupçonner. Le terremoto de 2009 n’a causé que relativement peu de dégâts. Au pied du Castello cependant, la façade intérieure d’une église s’est effondrée et les vestiges des stucs qui, semble-t-il, étaient récupérables, gisent depuis plus de deux ans sous une bâche en plein air, soumis à la chaleur et au gel, probablement définitivement perdus.


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12. Abruzzes, seconde moitié du XIIe siècle
Vierge à l’enfant en majesté
Bois polychrome
L’Aquila, Museo Nazionale d’Abruzzo
Photo : Didier Rykner
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13. Abruzzes, seconde moitié du XIIe siècle
Vierge à l’enfant en majesté, détail
Bois polychrome
L’Aquila, Museo Nazionale d’Abruzzo
Photo : Didier Rykner

La première exposition montrait des Vierges à l’enfant médiévales, sculptées en bois, ou peintes sur panneau, habituellement conservées au Museo Nazionale d’Abruzzo, situé dans le Fort Espagnol de L’Aquila, celui qui doit être restauré avec l’aide de l’Espagne (voir cet autre article). Certaines sont plus naïves que d’autres, mais toutes possédant un véritable charme. L’une des œuvres les plus exceptionnelles était une Vierge à l’enfant en majesté de la seconde moitié du XIIe siècle. Selon Juliette Lévy, il est en effet rarissime de rencontrer une œuvre si précoce conservant encore sa polychromie d’origine, par ailleurs particulièrement subtile (ill. 12 et 13).


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14. Sculpteur de la fin du XVIe siècle
Saint Paul
Bois polychrome et doré
Celano, Museo d’Arte Sacra
Photo : Didier Rykner
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15. Andrea Delitio (1420-1495)
Tête de Vierge (fragment)
Huile sur panneau
Celano, Museo d’Arte Sacra
Photo : Didier Rykner

La seconde exposition, intitulée Manifatture d’eccellenza in Abruzzo dal Medioevo al Barocco, proposait un choix d’œuvres provenant du Musée de L’Aquila, mais aussi d’églises de la région. On y voyait notamment une belle série de quatre saints en bois peint, de la fin du XVIe siècle (ill. 14) ainsi qu’une délicieuse tête de Vierge (ill. 15), unique fragment subsistant d’un grand retable autrefois conservé dans l’église Santa Maria delle Grazie d’Avezzano, détruit lors du tremblement de terre de 1915. Nouvelle preuve du lourd tribut que le patrimoine artistique de cette région paye régulièrement aux secousses sismiques.


Didier Rykner, mardi 18 octobre 2011





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