
1. Jacques-Ange Gabriel (1698-1782)
Hôtel de la Marine (ancien Garde-meuble)
Avant restauration (photo : décembre 1985)
Paris, Place de la Concorde
Photo : Bernardo Achirica (licence Creative Commons)
Construit entre 1757 et 1774, l’Hôtel de la Marine (ancien Garde-meuble de la Couronne) est un des monuments historiques les plus importants de la capitale, non seulement par sa façade de Jacques-Ange Gabriel, mais également par ses décors intérieurs et par le mobilier [1] qu’il conserve. Alors que son avenir est menacé (voir notre second article), une restauration remarquable est en cours d’achèvement, financée par un mécénat dit « de compétence » de Bouygues. L’entreprise apporte les fonds nécessaires et assure le suivi et l’organisation du chantier (pour un montant global de 6,3 millions d’euros), le tout restant sous le contrôle du ministère de la Culture. Le maître d’œuvre est l’architecte en chef des monuments historiques Etienne Poncelet, appuyé par un comité scientifique composé notamment de Jacques Thuillier et Bruno Foucart. Cette restauration s’est montrée respectueuse de l’existant et a redonné aux pièces concernées leur lustre d’origine.

2. Hôtel de la Marine (ancien Garde-meuble)
Galerie Dorée (après restauration)
Photo : D. Rykner (février 2009)

3. Hôtel de la Marine (ancien Garde-meuble)
Salon des Amiraux (après restauration)
Photo : D. Rykner (février 2009)
Notons qu’il s’agit du premier mécénat de compétence consacré au XIXe siècle. La détestation de ce siècle n’est pas uniquement de l’histoire ancienne : plutôt que d’admirer la splendeur de ces décors conçus sous Louis-Philippe et réalisés sous Napoléon III, le site Wikipédia (qui n’est pas, il est vrai, une référence pour l’histoire de l’art) écrit qu’ils ont été « profondément dénaturés par les transformations effectuées sous le Second Empire » (page consultée le 22/2/09) !

4. Hôtel de la Marine (ancien Garde-meuble)
Salon d’Honneur (en cours de restauration)
Photo : D. Rykner (février 2009)
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5. Hôtel de la Marine (ancien Garde-meuble)
Plafond du Salon d’Honneur (détail, après restauration)
Photo : D. Rykner (février 2009)
La restauration concernait la façade, deux des pièces donnant sur celle-ci (le Salon des Amiraux et le Salon d’Honneur) ainsi que les galeries qui les jouxtent (Galerie Dorée et Galerie dite des Tapisseries).
La façade (ill. 1), fortement inspirée de celle de Perrault au Louvre, constitue un exemple précoce d’utilisation du fer dans une architecture. Le bâtiment a été fragilisé, notamment par le creusement du métro au début du XXe siècle et par sa construction sur un terrain proche de la Seine. Les tirants métalliques ont joué et des pierres se détachaient. Pour conserver ces éléments, indissociables de la construction même s’ils sont invisibles, il a fallu injecter sous faible pression, dans le mortier de chaux les entourant, une solution de silicate d’éthyle. Ce produit, utilisé jusqu’ici pour consolider les sculptures, permet d’éviter la corrosion du métal.

6. Hôtel de la Marine (ancien Garde-meuble)
Plafond de la Galerie des Tapisseries
Restauration de l’effet de loupe du faux bois
Photo : D. Rykner (février 2009)
Les restaurations de la façade [2] , de la Galerie Dorée (ill. 2) et du Salon des Amiraux (ill. 3) sont aujourd’hui terminées, celle du Salon d’Honneur est en voie d’achèvement (ill. 4 et 5). La Galerie des Tapisseries présente un intéressant plafond avec un décor en faux bois exotique de Cuba dont les vernis étaient en partie effacés. L’effet de loupe est restitué (de manière réversible) avec des couches de glacis permettant de refaire les veines au pinceau et de retrouver l’effet en trompe-l’œil voulu à l’origine (ill. 6).
Les autres pièces historiques, abritant des boiseries et un mobilier en grande partie d’origine, ne sont pour l’instant pas concernées par le chantier. Cela s’avérerait cependant judicieux. Un seul exemple : le Cabinet Doré du XVIIIe siècle, transformé en cuisine bien que la majeure partie de son décor soit toujours conservé. La menace la plus grave n’est pourtant pas une absence de restauration mais bel et bien la vente de l’Hôtel de la Marine ou sa location à un opérateur privé (voir notre article).
