Le massacre était programmé : la Mairie de Paris vient de faire éventrer, avec la complicité passive du ministère de la Culture qui n’a rien fait pour les protéger, les fontaines des Dauphins de la place de la République (ill. 1 et 2), les brisant intégralement à l’exception des bronzes et des clôtures en fonte qui ont été conservés et seront bientôt stockés au dépôt des œuvres d’art de la Ville de Paris [1].

1. Une des fontaines des Dauphins de la
place de la République (côté Boulevard Voltaire)
en cours de destruction (18/1/12)
Photo : Didier Rykner

2. Une des fontaines des Dauphins de la
place de la République (côté Boulevard Saint-Martin)
en cours de destruction (18/1/12)
Photo : Didier Rykner

3. Une des fontaines de la place de la République
avant sa destruction par la Mairie de Paris
Photo : Didier Rykner
Une fois de plus, après la destruction du stade Jean Bouin et de ses tribunes Art Déco, l’installation prévue sur les Serres d’Auteuil de Roland-Garros, le projet de la nouvelle Samaritaine (sur lequel il faudra que nous revenions) qui va dénaturer la rue de Rivoli et détruire des immeubles du XVIIIe siècle, le désintérêt pour les églises, Bertrand Delanoë et ses équipes viennent de démontrer leur profonde inculture et l’indifférence totale qu’ils portent au patrimoine de la ville qu’ils administrent. A propos des églises, on pourra lire sur le site Paris.fr le pitoyable plaidoyer de Danièle Pourtaud, adjointe du maire au Patrimoine, en faveur de la politique de la ville : la « situation est compliquée » et la précédente mandature mettait beaucoup moins d’argent. Rappelons à Mme Pourtaud que le maire actuel est aux affaires depuis près de onze ans...
L’argumentation est consternante. L’article ose avancer que, depuis 2001, « la rénovation de 37 édifices a été effectuée ». Et elle donne une liste où l’on trouve rien moins que quelques-unes des églises dont l’architecture ou les décors sont parmi les plus menacés de Paris comme Saint-Merry, Saint-Séverin, Saint-Joseph-des-Carmes, La Madeleine, Saint-Philippe-du-Roule, Notre-Dame-de-Lorette, Saint-Germain-de-Charonne et bien d’autres encore...
C’est l’urgence qui dicte les chantiers : des pierres tombent de la façade de Saint-Paul-Saint-Louis ? Il faut intervenir car on n’a plus le choix. Il pleut dans Saint-Philippe-du-Roule ? On installe un pis-aller avec une couverture provisoire qui va durer des années.
Combien d’églises aurait-on pu contribuer à restaurer avec le budget dépensé pour vandaliser la place de la République ?
Nous avions commencé une série sur les édifices cultuels parisiens. Sans négliger les quelques rares opérations de restauration en cours ou récemment terminées (nous parlerons bientôt de la Chapelle des Âmes du Purgatoire de l’église Sainte-Marguerite), nous poursuivrons prochainement notre parcours dans les églises « rénovées », en réalité fort menacées, de Mme Pourtaud.
