
1. Domenico Zampieri dit Domenichino (1581-1641)
Pietà, 1603-1604
Huile sur cuivre - 52,4 x 39,1 cm
New York, Metropolitan Museum
Photo : Christie’s Londres
24/6/08 – Acquisition – New York, Metropolitan Museum of Art – Le 5 juillet 2007 à Londres, Christie’s présentait une petite Pietà de Dominiquin sur cuivre [1] (ill. 1) comme la vedette de sa vente estivale de maîtres anciens en la reproduisant en couverture du catalogue. Elle fut adjugée 3 044 000 £. Les autorités anglaises ont ensuite tenté de la conserver et de trouver un musée susceptible de l’acquérir, en vain [2]. Le certificat d’exportation a été délivré en mai 2008, et le tableau vient d’entrer dans les collections du Metropolitan Museum.
La composition est basée sur un retable de grand format d’Annibale Carracci conservé au Musée du Louvre (ill. 2), commandé en 1602, par le cardinal Odoardo Farnèse pour la chapelle Mattei à San Francesco a Ripa [3]. Cette année là, le jeune Dominico Zampieri arrivait de Bologne pour aider Annibale aux fresques du palais Farnèse. Il chercha à s’imposer comme le plus talentueux de ses élèves et réalisa plusieurs copies d’après des compositions de son maître (L’Adoration des Bergers à Edimbourg, La Vierge du Silence au Louvre, Suzanne et les vieillards de la Galerie Doria-Pamphili). Longtemps attribuée à Annibale, la Pietà a été en fait exécutée par Dominiquin lorsqu’il travaillait dans l’atelier de son maître, vers 1603. Sous son pinceau, la monumentale et austère pala se transforme en un tableau de dévotion lumineux et virtuose, comme le support en cuivre le permet. Le remplacement de saint François par Joseph d’Arimathie constitue la principale variante entre les deux œuvres, outre les formats très différents. Elle refléterait une première conception d’Annibale pour son retable, comme pourrait en témoigner le dessin du musée Jewish de Vevey, où figure le personnage biblique et non François (la radiographie du tableau du Louvre de 1994 n’a cependant relevé aucun repentir et n’a pas confirmé cette hypothèse). Le premier propriétaire de cette œuvre n’est pas connu. Au XVIIIe siècle ; elle était inventoriée dans l’importante collection de Georges Aufrère à Chelsea. Par le mariage de sa fille, elle passe à la famille des barons, puis comtes de Yarborough jusqu’à la vente de 2007 [4].

2. Annibale Carracci (1560-1609)
Pietà avec saint François et
Marie-Madeleine, vers 1602-1607
Huile sur toile - 277 x 186 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN

3. Ludovico Carracci (1555-1619)
La Vierge à l’enfant avec des saints, 1607
Huile sur cuivre - 29,8 x 25 cm
New York, Metropolitan Museum of Art
Photo : Metropolitan Museum
Le Met possédait depuis 1976 un autre petit cuivre de Dominiquin, un Moïse et le buisson ardent, très différent puisque caractéristique de l’apport de l’artiste à l’invention du paysage classique. Des brèves précédentes (3/2/06 et 9/3/08) avaient déjà montré l’intérêt pour la collection de peintures baroques italiennes. Contrairement aux grands établissements européens, ce musée possède peu de peintures bolonaises du XVIIe siècle. Lorsque la collection s’est développée entre 1900 et 1960, l’intérêt pour cette école était au plus bas, jugée trop académique pour le goût moderne. Depuis, Denis Mahon et d’autres chercheurs l’ont réhabilitée et le Met tente de combler cette lacune par des achats comme ceux de La Lamentation de Ludovico Carracci en 2000, ou de La Dernière Communion de sainte Marie L’Egyptienne de Marcantonio Franceschini en 1996. En 2007, il a reçu, par donation de la famille Fisch, une petite Madone de Ludovico Carracci [5] (ill. 3).
