La paix des Pyrénées. Politique et famille


Bayonne, Musée Basque et de l’histoire de Bayonne, du 3 juin au 25 septembre 2016.

L’exposition que Bayonne consacre à la paix dite des Pyrénées, qui vit sur l’île des Faisans se rencontrer les cours espagnoles et françaises, est le fruit de la collaboration de musées de ces deux pays. Cela a des avantages, en permettant le prêt au Musée Basque de nombreux tableaux du Prado, mais aussi des inconvénients puisque, l’exposition se terminant dans moins de trois semaines, son catalogue n’a pas encore été publié.


JPEG - 207.4 ko
1. Attribué à Antoine Masson (1636-1700)
Portrait d’Henri de la Tour d’Auvergne,
maréchal de Turenne

Huile sur toile
Chartres, musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
JPEG - 179.7 ko
2. Ecole française du XVIIe siècle
Portrait d’Antoine-Antonin de Gramont,
gouverneur de Bayonne
, vers 1644
Huile sur toile
Bayonne, collection Gramont
Photo : D.R.

Nous ne pourrons donc pas approfondir ici le contexte historique, complexe et foisonnant, faute d’avoir pu lire cet ouvrage à paraître, et nous nous contenterons de signaler l’intérêt de l’exposition, qui présente nombre d’œuvres notables et parfois peu connues. L’événement donna en effet lieu à de très nombreuses représentations. Une des pièces de la Tenture du Roi, exécutée d’après un carton de Charles Le Brun, et qui fut de nombreuses fois reproduite en tableaux et en gravures, montre la réunion entre les parties. Du côté de Philippe IV, on note la présence de Velázquez qui réalisa le décor, tandis que Le Brun était en charge de celui réalisé pour Louis XIV.
Les différents protagonistes de ce mariage hautement politique sont représentés dans de nombreux portraits. Louis XIV bien sûr, dont on voit un beau portrait en armure, à l’âge de 17 ans (cinq ans avant le mariage), par l’atelier de Pierre Mignard, le Grand Condé, objet d’une exposition dont nous reparlerons, à Chantilly, Henri de la Tour d’Auvergne (ill. 1), maréchal de Turenne, ou encore le maréchal de Gramont, gouverneur de Bayonne (ill. 2).


JPEG - 159.6 ko
3. Rodrigo de Villandrando (1588-1622)
Portrait d’Elisabeth de Bourbon, reine d’Espagne,
première épouse de Philippe IV
et mère de l’Infante Marie-Thérèse, vers 1620

Huile sur toile
Madrid, Musée du Prado
Photo : Didier Rykner

Du côté espagnol, les prêts du Prado permettent de montrer notamment Elisabeth de Bourbon, mère de l’infante Marie-Thérèse mais aussi sœur de Louis XIII (tout cela reste une histoire de famille), par Rodrigo de Villandrando (ill. 3). Celle-ci, bien sûr, n’assista pas au mariage puisqu’elle était morte en 1644. Un tableau de l’atelier de Velázquez montre Marie-Anne d’Autriche, qui lui succéda comme épouse de Philippe IV. Le Louvre a pour sa part prêté le petit portrait de Marie-Thérèse dont l’attribution a beaucoup fluctué ces dernières années. Il semble désormais qu’un consensus se dégage sur le constat qu’il s’agit bien d’un tableau d’atelier, le visage pouvant être en partie de la main du maître lui-même. On remarquera, ici comme ailleurs, que seuls les tableaux du Louvre sont « protégés » par une mise à distance qui ne protège rien et ne sert qu’à gêner le visiteur.


JPEG - 182.9 ko
4. Jean Nocret (1615-1672)
Louis XIV jeune en armure, 1655
Huile sur toile
Madrid, musée du Prado
Photo : D.R.
JPEG - 143.5 ko
5. Attribué autrefois à Pierre Mignard
et aujourd’hui à Charles Beaubrun (1604-1692)
Marie-Thérèse d’Autriche, reine de France,
et son fils le Grand Dauphin
, vers 1664
Huile sur toile
Madrid, musée du Prado
Photo : Didier Rykner

La participation du Prado permet aussi à l’exposition de montrer de nombreux portraits de peintres français envoyés en Espagne comme cadeaux diplomatiques. On peut donc admirer celui du frère du Roi, Philippe d’Orléans, par Jean Nocret, celui de Louis XIV en armure par ce même artiste (ill. 4), un beau Louis XIII par Philippe de Champaigne, ou encore celui de la Grande Mademoiselle par Charles Beaubrun. Cela est d’autant plus appréciable que, sauf erreur de notre part, ces œuvres ne sont pour la plupart jamais montrées à Madrid.
Le plus beau de ces portraits français exilés outre-pyrénées est sans doute celui de Marie-Thérèse et de son fils le Grand Dauphin (ill. 5), naguère donné à Pierre Mignard et aujourd’hui considéré comme de Charles Beaubrun. On admirera la richesse des costumes, l’élégance de la pose et la manière dont le fond combine l’architecture et le paysage.
Un autre tableau très remarquable de l’exposition appartient au fonds du Musée Basque : il s’agit d’une Allégorie de la rencontre de Louis XIV et de Marie-Thérèse sur la Bidassoa (ill. 6). Cette œuvre, et d’autres du même peintre que l’on peut voir à Bayonne, donne envie d’en savoir davantage sur ce Jean Nocret qui ne reste finalement qu’un nom peu connu et peu étudié, et dont on avait pu découvrir un autre aspect du talent au Louvre dans la peinture de plafonds (voir l’[article sur Peupler les cieux. Les plafonds parisiens au XVIIe siècle->4904).


JPEG - 300.7 ko
6. Jean Nocret (1615-1672)
Allégorie de la rencontre de Louis XIV
et de Marie-Thérèse sur la Bidassoa
, 1660-1664
Huile sur toile
Bayonne, musée basque et de l’histoire de Bayonne
Photo : Didier Rykner

Une section de l’exposition s’attache à montrer la disposition des lieux où fut signé le traité. L’île des Faisans se trouve sur la Bidassoa à la frontière française et espagnole. Curieusement - le fait est peu connu - elle est sous double souveraineté depuis 1856, chacun des deux pays l’administrant alternativement. Les vice-rois, qui se succèdent tous les six mois, sont deux officiers de marine. Tout cela reste très folklorique car l’île, très petite, n’est pas habitée, et est même interdite au public. Des gravures d’époque, et un tableau rétrospectif de Julien-Michel Gué (ill. 7) montrent l’aménagement très élaboré qui en fut fait pour la rencontre des souverains.


JPEG - 392 ko
7. Julien-Michel Gué (1789-1843)
Anne d’Autriche et Philippe IV
arrivant à l’Île des Faisans
, 1837
Huile sur toile
Versailles, musée national des châteaux
de Versailles et de Trianon

Disons un mot maintenant de la collection des ducs de Gramont d’où viennent plusieurs tableaux de l’exposition. Cet ensemble a un statut particulier puisqu’il fut déposé de manière permanente à la ville de Bayonne par la famille. Depuis, il attend d’être enfin présenté en permanence au public. Il semble que des solutions soient désormais envisagées sans que rien de concret ne soit encore annoncé. Avec la fermeture depuis de nombreuses années du Musée Bonnat (l’un des plus importants musées de province), cela faisait un passif un peu lourd pour la ville. Il semble que l’horizon s’éclaircisse. En effet, des travaux du Musée Bonnat sont désormais programmés et celui-ci devrait s’étendre sur l’école voisine. De plus, si beaucoup d’inquiétude pouvait peser sur les conditions de stockage des œuvres, la visite que nous avons pu en faire nous a montré que l’équipe de conservation a réalisé un gros travail pour les mettre à l’abri et les conditionner de façon très satisfaisante. Nous étions prêt d’écrire un article très alarmiste à ce sujet. Il ne semble plus d’actualité, mais nous serons attentif à ce que toutes ces belles promesses ne restent pas lettre morte. Une visite de la ville nous a cependant quelque peu rassuré (même si nous n’avons pas pu tout voir) : les monuments historiques nous semblent bien mis en valeur. Bayonne, avec ou sans musée Bonnat, mérite incontestablement d’être visitée. Avec le musée Bonnat, ce sera encore mieux.

Commissaires : Olivier Ribeton et Javier Portus.

Informations pratiques : Musée Basque et de l’histoire de Bayonne, 37 quai des Corsaires, 64100 Bayonne. Tél : +33 (0)5 59 59 08 98. Ouvert de 10h à 18h30 du mardi au dimanche. Tarif : 6,5 € (réduit 4 €).


Didier Rykner, jeudi 8 septembre 2016





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Expositions : Albert Besnard (1849-1934). Modernités Belle Epoque