La métamorphose du Musée des Beaux-Arts d’Orléans


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1. Première salle du parcours du deuxième étage
(peintures nordiques du XVIe siècle)
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

En 2015, nous ne donnions pas cher du Musée des Beaux-Arts d’Orléans. Après une brillante période sous la direction d’Eric Moinet (qui avait notamment redécouvert, restauré et mis en valeur de nombreuses œuvres), puis la succession trop brève d’Annick Notter qui avait poursuivi sa politique, le musée s’était enfoncé depuis 2006 dans une longue éclipse. Après les grandes expositions déjà planifiées (Michel Corneille, les dessins du XIXe siècle du musée et Henri de Triqueti), celles-ci se firent très rares, à l’exception de celle organisée en collaboration avec Tours et Richelieu, sur le château de Richelieu (voir l’article). Des acquisitions rares et souvent anecdotiques (voir la brève du 8/11/10), à l’exception du don d’une peinture de Jean-Baptiste Perronneau et du legs d’un pastel de Maurice Quentin de La Tour (voir la brève du 4/3/11). Et, plus grave encore, la mise en réserves d’une grande partie des collections dont des œuvres majeures (nous y reviendrons). Il s’agissait d’ailleurs de casser tout ce qui avait été fait du temps d’Eric Moinet : le remarquable catalogue de l’exposition « Les Maîtres retrouvés » (voir notre article) a été impitoyablement pilonné, et est désormais introuvable !


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2. Anonyme
Étude de tête de moine franciscain
Huile sur papier marouflé sur toile
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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3. Orazio Samacchini (1532-1577)
Adoration des bergers, vers 1570
Huile sur toile
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

Après deux ans passés sans directeur, alors que la Ville semblait s’en désintéresser (voir notre article), est arrivée la divine surprise : le recrutement par le nouveau maire, Olivier Carré, d’Olivia Voisin comme directrice des musées d’Orléans (voir la brève du 11/9/15). Nous avions déjà pu apprécier son action remarquable au Musée de Picardie à Amiens alors qu’elle n’était que conservatrice. Nous nous attendions donc au meilleur, et nous n’avons pas été déçu. En moins d’un an, avec le plein soutien de la municipalité, elle a réussi une transformation incroyable. Elle n’était pas encore en poste qu’elle faisait déjà acheter un tableau romantique (voir la brève du 16/11/15) ; depuis, les acquisitions n’ont pas cessé, et ne se sont pas cantonné, loin de là, à cette période dont elle est spécialiste. Sept panneaux peints pour Richelieu, un tableau d’Henri Decaisne, plusieurs œuvres de Boutet de Monvel dont un très grand format qui sera installé dans l’entrée du musée, un pastel de Jean-Baptiste Perronneau, préempté à Drouot, et qui sera bientôt suivi des deux autres qui l’accompagnaient dans la même famille… D’autres acquisitions et dons sont en cours dont nous parlerons prochainement.


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4. Salle avec des tableaux, sculptures et objets d’art du XVIIe siècle
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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5. Salle de grands formats du XVIIe siècle (second étage)
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

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6. Lombardie ou Émilie (?), milieu du XVIIe (?)
Sainte Madeleine pénitente et deux anges
Huile sur toile
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

Mais la métamorphose la plus remarquable est celle qu’entame le musée lui même. Un étage entier, le deuxième (XVIe au XVIIe siècle), vient d’être entièrement rénové : les cimaises ont été repeintes, un système très bien fait de cartels développés et très documentés a été mis en place et, surtout, l’accrochage a été entièrement revu (il est désormais chronologique) et densifié. Un musée doit montrer ses collections : comment avait-on pu cacher au public autant d’œuvres importantes ? Nous ne pouvons en faire la liste, il y en a des dizaines. On se contentera d’en signaler quelques-unes comme, dans la première salle (ill. 1), un émail limousin, le triptyque de l’Annonciation et plusieurs petites sculptures en ivoire. Dans la deuxième, on peut voir un tableau énigmatique (ill. 2) dont la date et l’école restent très disputés (du XVIe italien au XVIIIe français, en passant par le XVIIe flamand !) et une œuvre qui vient d’être restaurée et attribuée au maniériste italien Orazio Samacchini (ill. 3). Si des chefs-d’œuvre comme ceux d’Annibale Carracci ou de Corregio étaient toujours sur les murs, comment expliquer que dans une pièce suivante (ill. 4), qui évoque un cabinet de curiosité, une grande partie des objets exposés sortent des réserves ?

La salle des grands tableaux italiens et français du XVIIe (ill. 5) permet, à côté d’œuvres célèbres telles que le Christ mort de Lubin Baugin ou le Saint Sébastien d’Antonio de Bellis, de découvrir des toiles qui n’étaient plus montrées depuis longtemps : une Vierge à l’enfant avec saint Jean-Baptiste et deux anges désormais rendue à l’atelier de Carlo Maratta, un anonyme bolonais, Sainte Cécile et les anges et une très belle Sainte Madeleine pénitente et deux anges probablement lombarde (ill. 6).


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7. Salle des nordiques du XVIIe siècle
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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8. Pierre Dupuis (1610-1682)
Fruits sur un socle de pierre dans un paysage, vers 1650-1660
Huile sur toile
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

Du côté des flamands, une grande Allégorie de l’Amour de Thomas Willeboirts, dit Bosschaert, un élève de Gerard Seghers (peintre dont un très beau tableau est également présenté), était en réserve, tout comme, pour rester dans la peinture nordique, La Déploration du Christ de Bertholet Flemal (ill. 7). Ne pas montrer ce tableau splendide d’un artiste rare dans les musées français, qui a fait la couverture de la récente monographie de Pierre-Yves Kairis chez Arthena, était tout simplement incompréhensible1. Plusieurs paysages hollandais restaient invisibles, et parmi les peintures françaises, croira-t-on que ce n’est qu’aujourd’hui qu’on peut voir à nouveau un paysage de Francisque Millet, une magnifique Nature morte de Pierre Dupuis (ill. 8), un Saint Jacques de Jean-Baptiste de Champaigne (ill. 9) ou un Saint Jérôme de Michel Corneille le jeune ?


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9. Jean-Baptiste de Champaigne (1631-1681)
Saint Jacques le Majeur
Huile sur toile
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

Si seul le deuxième étage a été refait - un hommage bien mérité à Eric Moinet lui est rendu via le titre de ce nouvel accrochage (Le Grand Siècle retrouvé) - le premier suivra bientôt (les travaux auront lieu en 2017 pour une réouverture en septembre prochain), puis l’année suivante le niveau 0 (le XIXe siècle) et enfin le sous-sol pour la fin du XIXe et le XXe siècle. En attendant, d’autres œuvres ont déjà été sorties des réserves et la grande salle du premier étage a été en partie raccrochée. Celle-ci était restée telle quelle ou presque depuis l’exposition Richelieu ! Le chef-d’œuvre de Jacques Blanchard (ill. 10), un grand Philippe de Champaigne, d’autres grands tableaux encore du XVIIe siècle, partis en réserve, sont à nouveau présentés sur les cimaises. Un peu plus loin, un Oudry, un Jean-Baptiste Marie Pierre (ill. 11), des grisailles de Piat-Joseph Sauvage sont de retour d’exil. Quant au portrait de Jean-Baptiste Perronneau (voir plus haut) offert en 2006 par Melle Denise Fossard, il est exposé pour la première fois !


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10. Jacques Blanchard (1600-1638)
Le Pape Nicolas V dans le caveau de
saint François d’Assise
, vers 1630-1638
Huile sur toile
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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11. Jean-Baptiste Marie Pierre (1714-1789)
Pollux implorant Zeux de conférer
l’immortalité à Castor
, 1765
Huile sur toile
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

On en redemande, et on en aura plus, beaucoup plus, dans les années à venir. Un beau programme d’expositions se prépare également, dont la première importante (2017) consistera en une rétrospective Perronneau dont la commissaire sera Dominique d’Arnoult, auteur de la monographie parue l’année dernière chez Arthena. Nous n’avons pas fini de parler du Musée des Beaux-Arts d’Orléans.


Didier Rykner, dimanche 9 octobre 2016


Notes

1Nous pouvons déjà annoncer que Pierre-Yves Kairis sera notre invité en décembre dans La Semaine de l’Art, notre émission radio que nous allons bientôt reprendre. Ce sera l’occasion de parler de ce très bon catalogue raisonné.





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