La Maison Goupil et l’Italie


Bordeaux, galerie des Beaux-Arts, du 24 octobre 2013 au 2 février 2014.

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1. Giovanni Boldini (1842-1931)
Portrait de Marthe Régnier, 1905
Huile sur toile - 231 x 120
Collection privée
Au premier plan, photogravure couleur de la Maison Goupile
Musée Goupil
Photo : Didier Rykner

Il n’est pas trop tard pour parler de cette exposition qui se terminera dans quelques jours, car son catalogue, lui, restera et apporte beaucoup d’informations sur un sujet original.
Si les historiens de l’art connaissent bien, en effet, la Maison Goupil, qui fut au long du XIXe siècle à la fois un important marchand de tableaux et un éditeur de reproductions d’œuvres par l’estampe et la photographie, ses rapports avec l’Italie n’ont jamais fait l’objet à notre connaissance d’une étude spécifique.

Le catalogue ne propose malheureusement que des fiches d’œuvres réduites aux caractéristiques techniques et à l’historique. Mais son véritable apport tient aux essais qui étudient en détail le sujet. Ils rappellent que la Maison Goupil, qui fut créée en 1829, eut immédiatement un développement international, ouvrant rapidement des magasins à Londres et à New York, puis ensuite des bureaux à peu près partout en Europe. L’activité restait pourtant essentiellement à Paris qui exportait ensuite les tableaux et les estampes. Si aucun bureau ne fut ouvert en Italie, de nombreux artistes de ce pays firent vendre et reproduire leurs œuvres par cette entreprise, essentiellement après les années 1870. Certains sont bien connus en France, comme Giuseppe de Nittis et Giovanni Boldini (ill. 1), d’autres restent beaucoup plus confidentiels, tels Alceste Campriani, Vittorio Corcos, Domenico Morelli ou Federico Rossano... Environ 100 peintres italiens furent en affaire avec Goupil et plus de mille œuvres sont concernées.


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2. Giovanni Boldini (1842-1931)
Promenade solitaire
Huile sur toile - 55,8 x 34,9 cm
Collection privée
Photo : Didier Rykner
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3. Giuseppe De Nittis (1846-1884)
Le Pont de Westminster et la Maison du Parlement
Huile sur toile - 110 x 195 cm
Collection privée
Photo : Didier Rykner

Certains tableaux n’étaient que reproduits par Goupil, d’autres étaient vendus, beaucoup étaient à la fois vendus et reproduits. L’exposition montre en réalité bien plus de tableaux que d’estampes ou de photographies. On peut y voir des œuvres jamais exposées en France, qui proviennent souvent de collections particulières, comme Le Printemps ou Promenade solitaire de Giovanni Boldini (ill. 2), même si l’un des chefs-d’œuvre est Le Pont de Westminster et la Maison du Parlement de Giuseppe De Nittis (ill. 3) qui fut montré à Paris en 2010 dans la rétrospective de cet artiste organisée par le Petit Palais. L’accord d’exclusivité que De Nittis passa avec la Maison Goupil est reproduit dans le catalogue car il permet de comprendre sur quoi celle-ci basait son succès. Elle s’engageait à acquérir la production entière d’un artiste à un prix convenu avec lui à l’avance, puis lui reversait un pourcentage sur le prix de vente, tout en achetant également les droits de reproduction. Un système de paiement régulier permettait au peintre d’être assuré d’une rente le temps que durait le contrat.


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4. Edoardo Tofano (1838-1920)
Seuls !
Huile sur toile - 130 x 78 cm
Collection privée
Photo : Didier Rykner
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5. Edoardo Tofano (1838-1920)
Enfin... seuls !
Plusieurs reproductions de la Maison Goupil
Bordeaux, Musée Goupil
Photo : Didier Rykner

Les droits de reproduction autorisaient à éditer les œuvres dans toutes les techniques et toutes les dimensions. L’une des sections les plus intéressantes de l’exposition est celle consacrée à Seuls, un tableau d’Eduardo Tofano (ill. 4) représentant un jeune couple à peine marié restant seul enlacé après le départ des invités. Un tableau répondant parfaitement au goût de la bourgeoisie et qui a tous les aspects d’une image d’Épinal. Le tableau, présenté au Salon parisien de 1878, connut immédiatement une grande notoriété, dont la Maison Goupil profita pour le décliner en un grand nombre d’estampes et de photographies, en différentes tailles, en couleur et en noir et blanc et en changea le titre qui devint Enfin... Seuls (ill. 5).


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6. Alberto Pasini (1826-1899)
Porte de la mosquée de Yeni
Djami à Constantinople
, 1870
Huile sur toile - 163 x 116 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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7. Federico Rossano (1835-1912)
Marché aux bestiaux aux environs de Naples, 1873
Huile sur toile - 80 x 153 cm
Collection privée
Photo : Didier Rykner

Parmi les artistes méconnus que l’exposition permet de découvrir, on retiendra ici notamment Alberto Pasini, auteur de scènes et de paysages orientalistes (ill. 6) qui a dû beaucoup regarder Gérôme, mais aussi Federico Rossano, auteur d’œuvres plus naturalistes qui rappellent Millet (Fenaison) ou les peintres français de l’école de Barbizon (Marché aux bestiaux aux environs de Naples - ill. 7). Alceste Campriani relève également de ce mouvement réaliste qui doit sans doute beaucoup à l’exemple de Courbet (ill. 8).


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8. Alceste Campriani (1848-1933)
Les Oiseleurs
Huile sur toile - 77 x 99 cm
Collection privée
Photo : Didier Rykner

Que nous devions, pour décrire ces peintres, nous référer en permanence à l’art français montre que ceux-ci restent encore insuffisamment connus pour eux-mêmes. Devant les siècles précédents, l’Italie du XIXe fait pâle figure, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’a pas engendré des artistes dignes d’intérêt. Cette exposition, qui permet de découvrir une autre facette de la Maison Goupil, nous présente également une école de peinture encore largement ignorée. Ce n’est pas la moindre de ses qualités.

Commissaire : Paolo Serafini.


Sous la direction de Paolo Serafini, La Maison Goupil et l’Italie. Le succès des peintres italiens à Paris au temps de l’impressionnisme, Silvana Editoriale, 2013, 256 p., 25 €. ISBN : 9782902067497.
Acheter le catalogue sur La Tribune de l’Art


Informations pratiques : Galerie des Beaux-Arts, Place du Colonel Raynal, 33000 Bordeaux. Tél : +33 (0)5 56 96 51 60. Ouvert tous les jours de 11 h à 18 h sauf le mardi. Tarifs : 5 € (réduit : 3 €).


Didier Rykner, dimanche 26 janvier 2014





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