La loi de Fleur Pellerin va confier la protection de Paris à Anne Hidalgo...


JPEG - 49.3 ko
Gravure de 1877 représentant les Grands Magasins du Louvre
Façades menacées selon le Canard Enchaîné du 21 octobre
Photo : Domaine public

Une actualité souvent en éclaire une autre. Alors que se débat actuellement une loi sur les « Cités Historiques » (voir ces articles) au Parlement (elle a été présentée par Flore Pellerin le 8 juillet 2015), la maire de Paris, Anne Hidalgo, illustre la manière dont serait géré le patrimoine architectural et urbain des villes anciennes si cette loi était votée. En effet, la Ville de Paris a presque toujours refusé des protections d’État pour son patrimoine. Il n’existe que deux Secteurs Sauvegardés dans la capitale : le Marais (moins l’île Saint-Louis) et la partie orientale du VIIe arrondissement, c’est-à-dire uniquement des quartiers riches en hôtels particuliers. Le 1er, les 2ème, 5ème et 6ème pourraient tout aussi bien l’être. Donc pour le reste, il y a eu autrefois les POS-Fins (les Champs-Élysées, Montmartre), puis les PLU (dont celui sur le faubourg Saint-Antoine, qui n’a jamais été adopté), puis enfin les 5 000 immeubles protégés au titre du PLU. Nous avons alors participé à leur sélection par une étude des ensembles urbains et des espaces publics qui constituent leur cadre, en 2003.

L’expérience aujourd’hui montre que ces protections n’ont aucune valeur puisque la municipalité qui les a arrêtées peut à tout moment les supprimer, en modifiant le PLU Patrimonial (Plan Local d’Urbanisme Patrimonial, PLUP), ce qui est très aisé. Or, les protections au titre des Monuments Historiques, des Secteurs Sauvegardés, des ZPPAUP1 (crées en 1983) et autres AVAP2 ne se défont pas aussi facilement. Membre de la Commission Nationale des Monuments Historiques depuis 21 ans, nous n’avons assisté à aucun « déclassement ». Modifier un Plan de Sauvegarde, suppose de longues réunions de la Commission Locale du Secteur Sauvegardé qui ne comprend pas que des élus locaux mais aussi des représentants de l’administration de la Culture et de la Direction Départementale des Territoires et encore des personnalités qualifiées. Les suppressions éventuelles de protection sont ainsi à l’abri des caprices.

Le système de protection prévu par les « Cités historiques », si la loi Pellerin est votée, les Secteurs Sauvegardés, les ZPPAUP et les AVAP, seront unifiées sous le titre de « Cités Historiques » et gérées sous la forme de PLUP, et dépendront ainsi entièrement du pourvoir municipal. Aussi les Secteurs Sauvegardés risquent-ils d’être traités comme les quartiers historiques de Paris, au bon vouloir des élus municipaux, au gré des changements de majorités politiques. Nos quartiers historiques connaîtront le pauvre sort de la rue de Rivoli, de la rue Marcadet, de la rue de la Paix, dont le Canard Enchaîné du 21 octobre 2015 a révélé qu’ils étaient menacés ou déjà dénaturés récemment. Le bâtiment du Louvre des Antiquaires, ancien Grands Magasins du Louvre (ill.), rue de Rivoli, qui date de 1854, va voir les piliers et corniches de ses façades recouvertes de coques en résine blanche. L’immeuble Art Déco de la Fondation Mathilde-et-Henri de Rothschild, rue Marcadet, construit en 1927, va se voir surélever de quatre étages. Et pourtant ces deux édifices sont théoriquement protégés par le PLU ! Quant à une devanture du 14 rue de la Paix, en marbre et cuivre, datant de 1906, elle vient juste d’être détruite et remplacée par des « panneaux blancs censés imiter la pierre ». Les « expériences » de la Ville de Paris - nous aurions pu en citer beaucoup d’autres, il suffit de lire ce site - deviendront le modèle à suivre pour l’ensemble de nos centres historiques. Triste perspective !


Pierre Pinon, jeudi 5 novembre 2015


Notes

1Zones de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager.

2Aires de Valorisation du Patrimoine.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Politique : Rembrandt Rothschild : ni innovant, ni ambitieux, seulement impraticable

Article suivant dans Politique : Réserves du Louvre : interview d’un(e) étudiant(e) en second cycle à l’École du Louvre et à Paris IV