13/1/01 - Musée - Isola Bella, Palazzo Borromeo - Le 27 juin 2008, après plusieurs années de travaux de restauration, le palais Borromée de l’Isola Bella, sur le Lac Majeur, a pu être rouvert au public, et une partie de l’importante collection de tableaux (environ 3000) de la famille est présentée dans la Galleria dei Quadri.
C’est à partir de 1652 que le prince Vitaliano VI (1620-1690) décide de moderniser et agrandir le vieux château familial ; les travaux sont confiés à divers maîtres d’œuvre avant l’architecte Andrea Biffi (1645-1686), qui fera le voyage de Rome pour montrer ses projets au Bernin, et en prendre quelques conseils. La galerie des tapisseries (qui abrite une exceptionnelle tenture flamande du XVIe siècle) reliant le bâtiment aux terrasses artificielles fut ainsi achevée dès 1674, tandis que la Galerie de l’alcôve, la Salle du Trône, la Salle de la Reine, sont édifiées de 1679 à 1684. Les travaux de construction sont définitivement achevés en 1958 par le salon en rotonde, à la pointe de l’île, toujours selon les plans de Biffi.

2. Daniele Crespi (1598-1630)
Portrait d’un gentilhomme
Isola Bella, Palazzo Borromeo
Photo : Amministrazione Borromeo
C’est à l’occasion de la visite de Charles et Diana de Galles en 1984 que les princes Borromée décidèrent de « remettre en ordre »1 le palais de l’Isola Bella, et notamment d’y reconstituer la Galleria dei Quadri (ill.1). Il a été décidé de la réinstaller dans l’état d’avant guerre (c’est-à-dire celui que connurent Edouard VIII et Wallis Simpson lors d’une visite incognito en 1938, mais la Duchesse ne décrit pas le palais dans Les Mémoires de la Duchesse de Windsor, publiés en 1956). Cette galerie présente donc une partie de la collection familiale, le reste étant réparti dans les appartements privés ou les autres résidences de la famille. Le choix des tableaux reflète l’état des connaissances, ou plutôt du « connaisseurship » de l’entre deux guerres : à côté de tableaux encore aujourd’hui très importants (Boltraffio, Crespi, ill.2, Bergognone par exemple), on trouve des œuvres qui à l’époque passaient pour des originaux (de Corrège, Luini, Gaudenzio) et que l’on tient aujourd’hui pour d’honorables copies ou œuvres d’atelier2.
On remarque également des copies d’œuvres célèbres spécifiquement commandées par la famille au’ pittor di casa’ Paolo Cazzaniga, qui séjourna à Modène entre 1678 et 1681 pour copier les chefs-d’œuvre du Corrège des collections de la famille d’Este. Comme à la célèbre galerie Doria de Rome, les murs sont entièrement couverts de tableaux, richement présentés dans des cadres de bois sculpté et doré, le plafond étant décoré de stucs polychromes, le tout formant un ensemble d’une luxuriance soulignée par les récentes restaurations. Il est important de souligner, outre la beauté et l’importance de certains tableaux, qu’il s’agit de la seule galerie privée ouverte au public hors de Rome, et probablement l’une des rares encore existantes en Italie du Nord.

3. Camillo Procaccini (1555-1629)
Le martyre de sainte Agnès
Isola Bella, Palazzo Borromeo
Photo : Amministrazione Borromeo

4. Luigi Scaramuccia (1616-1680)
Vierge adorant l’Enfant
Isola Bella, Palazzo Borromeo
Photo : Amministrazione Borromeo

5. Francesco Bassano (1549-1592)
Le Christ chassant les marchands du Temple
Isola Bella, Palazzo Borromeo
Photo : Amministrazione Borromeo
D’origine toscane, les Borromée s’installent en Lombardie au XIVe siècle, et deviennent rapidement une des plus importantes familles de cette région, surtout au XVIIe et XVIIIe siècles ; les collections sont donc essentiellement constituées d’œuvres d’artistes lombards, ou d’Italie du Nord (ill.3, 4,5)3 (on notera dans la Galleria dei Quadri un bel ensemble de Paris Bordone). Une originalité de cette galerie est qu’elle se termine par une alcôve, que le général Berthier (1753-1815) honora de son sommeil durant l’été 1797, et depuis, cette Galleria dell’alcova, ou Galleria dei Quadri, est fréquemment appelée Galleria del Generale Berthier, par les Borromée eux-mêmes4.
En sortant du palais, le visiteur, les yeux éblouis par la virtuosité des stucs, l’éclat des pierres dures, l’or des cadres et du mobilier, aura certainement oublié que la devise familiale est « humilitas » ; il lui faudra donc se rendre sur les terrasses artificielles des jardins, où les célèbres paons blancs, très professionnels, font la roue au moindre objectif5 De là, il pourra admirer le Lac Majeur, et rendre ainsi hommage à la Nature et au Créateur, comme le faisait quotidiennement saint Charles, sans doute le plus célèbre des Borromée.

