La Flandre et la mer. De Pieter l’Ancien à Jan Brueghel de Velours


Cassel, Musée de Flandre, du 4 avril au 19 juillet 2015.

JPEG - 433.1 ko
1. Attribué à Pieter Brueghel l’ancien (1525-1569) ?
Bataille navale dans le golfe de Naples
Huile sur panneau - 41 x 70 cm
Rome, Galleria Doria Pamphili
Photo : Galleria Doria Pamphili

Qui dit marine nordique pense immédiatement à la peinture hollandaise. En choisissant - fidèle en cela à sa vocation - de montrer les marines flamandes, le Musée de Cassel se penche sur un aspect peut-être un peu moins étudié de l’art flamand. Notons cependant qu’il clôt le parcours sur une section consacrée aux peintres néerlandais sans que ce changement de point de vue - on ne peut réellement parler d’une évolution chronologique, les deux écoles produisant des marines tout au long du XVIIe siècle - soit vraiment nécessaire. Cela affaiblit un peu la démonstration qui reste néanmoins convaincante, d’autant que les prêts importants ne manquent pas : la collection Doria-Pamphili s’est en effet séparée, exceptionnellement, d’un de ses chefs-d’œuvre, Bataille navale dans le golfe de Naples attribuée à Pieter Brueghel l’Ancien (ill. 1). Remarquons toutefois que l’essai consacré à cet artiste1, explique qu’il n’est pas de la main du maître mais renvoie à une composition de sa main. Sa récente restauration révèle, quoi qu’il en soit, une œuvre d’excellente qualité.

JPEG - 128 ko
2. Jan van Kessel l’ancien (1626-1679)
Le Triomphe d’Amphitrite
Huile sur cuivre - 14 x 19 cm
Quimper, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN-GP

Plusieurs estampes d’après Brueghel complètent cette section, ainsi que deux panneaux attribués à Henri met de Bles provenant de Naples et de Padoue. La première salle, qui introduit le sujet, montre à côté de vues de ports gravées, dessinées et peintes (Anvers et le Vlaams Hoofd en 1600, par Hendrick van Balent et Abel Grimmer), deux petits cuivres de Jan van Kessel. Ceux-ci représentent des poissons dans, ou au bord de la mer. On remarquera particulièrement celui du Musée de Quimper (ill. 2) dans lequel un gros esturgeon émerge de l’eau, au milieu d’autres espèces marines, alors qu’au fond se déroule le triomphe d’Amphitrite, qui donne son nom au tableau.

Un des aspects les plus intéressants de l’exposition est la part faite à un artiste qui a récemment défrayé l’actualité des médias grand public, sans que cela ait un grand rapport avec l’histoire de l’art. Nous voulons parler du peintre mis à l’honneur par Claude Guéant : Andries van Eertvelt. Nous avouerons qu’avant ce cocasse épisode politico-artistique, nous ne le connaissions pas. C’est un tort, et il mériterait d’être remis au premier plan en raison de ses qualités intrinsèques. Les tableaux présentés sont en effet très beaux, notamment Le Combat naval de Lépante de Gand (ill. 3), ou celui de même sujet conservé au Musée du Mont-de-Piété à Bergues, qui lui est seulement attribué.


JPEG - 324.9 ko
3. Andries van Eertvelt (1590-1652)
Combat naval de Lépante, 1623
Huile sur toile - 176 x 315 cm
Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten
Photo : Koninklijk Museum voor Schone Kunsten

JPEG - 66.1 ko
4. Hendrik van Minderhout (1632-1696)
Vue d’un port du Levant, 1670
Huile sur toile - 149,8 x 241,3 cm
Saint-Omer, Musée de l’Hôtel Sandelin
Photo : Musée de l’Hôtel Sandelin

Batailles, tempêtes, les scènes mouvementées sont nombreuses dans les marines flamandes. D’Andries van Eertfelt encore, une Tempête en mer provenant du musée des Beaux-Arts d’Anvers, est remarquable, tandis que, parmi les artistes mieux connus figure Bonaventure Peeters le Vieux dont l’exposition montre de nombreux tableaux. Signalons aussi le prêt par Lille d’une toile de bonne facture du cercle de Paul Bril, Le Naufrage de Jonas.
L’avant-dernière section - celle avant la peinture néerlandaise - est consacrée aux vues de ports classicisantes, dont un Paul Bril prêté par la Galleria Borghese, un Jan Peeters du Prado, et une œuvre d’un artiste peu connu, Hendrick van Minderhout, Vue d’un port du Levant (ill. 4). La présence d’un Claude Lorrain (Le Port de mer à la grosse tour, Grenoble), pour plaisante qu’elle soit, ne s’imposait pas dans ce contexte, ses liens avec la peinture flamande nous paraissant tout de même un peu ténus.
On peut regretter, à ce propos, que le catalogue, bien illustré, soit privé de notices qui permettraient de mieux dérouler le propos. Les essais qui précèdent chaque section, pour pertinents qu’ils soient, apportent souvent des renseignements insuffisants sur les œuvres exposées et sur ce qui a motivé leur choix.

Ne concluons pas, cependant, sur une note négative. On doit admirer le travail du Musée de Flandre qui parvient, avec des moyens réduits, à produire régulièrement de belles expositions et à s’assurer des prêts prestigieux.

Commissariat : Sandrine Vézilier-Dussart et Cécile Laffon.

Collectif, La Flandre et la mer, Snoeck, 2015, 176 p., 28 €. ISBN : 9789461612182.


Informations pratiques : Musée de Flandre, 26 Grand Place, 59670 Cassel. Tél : 03 59 73 45 60. Ouvert du mardi au vendredi de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 18 h, le samedi et le dimanche de 10 h à 18 h. Tarif : 5 € (réduit : 3 €).
Site du Musée de Flandre.

Acheter le catalogue


Didier Rykner, lundi 29 juin 2015


Notes

1Manfred Sellink, « Les Vaisseaux de mer de Pieter Bruehgel l’Ancien. Un aspect moins connu de son œuvre », p. 54-59 du catalogue.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Expositions : Adolfo Wildt le dernier symboliste

Article suivant dans Expositions : De Giotto à Caravage. Les passions de Roberto Longhi